Dans la vie, il y a parfois comme des clins d'œil du destin. La légende raconte ainsi que c'est assis sous un pommier, et après avoir vu une pomme tomber au sol, qu'Isaac Newton eut l'intuition géniale qui allait lui permettre d'élaborer sa théorie de la gravitation universelle. Plus modestement - et de manière beaucoup plus contemporaine -, c'est sur la quatre voies que Jean Palud a eu le déclic qui l'a conduit à se pencher sur la valorisation des déjections de volailles. « Je venais de doubler un camion qui exportait du lisier hors de Bretagne quand j'ai rencontré, circulant en sens inverse, un second poids lourd rempli, lui, d'engrais ». Un « chassé-croisé » routier qui heurte le bon sens paysan de cet homme toujours à l'affût d'améliorations et de solutions nouvelles. « Je me suis dit qu'il y avait là une piste à creuser ».
Aviculteur indépendant, à la tête d'un élevage de 43 000 poules pondeuses, Jean Palud, 46 ans, installé en EARL à Saint-Vougay (29) travaille en partenariat avec Guyomarc'h Nutrition Animale. Cet éleveuri est, bien évidemment, sensible à la question du lisier. « Au départ, mon exploitation comprenait 3 poulaillers. Mais avec les mises aux normes qui se profilaient, j'ai compris que j'allais bientôt manquer de surface d'épandage. En 1997, j'ai donc décidé de tout remettre à plat ».
Avec le concours financier du Crédit Mutuel de Bretagne, il réorganise son outil de travail. Les poules sont regroupées au sein d'un seul et même bâtiment équipé d'un dispositif de séchage de fientes. Finies les nuisances olfactives et les mouches. « La fiente sèche, c'est un plaisir à côté du lisier. C'est un produit facile à gérer, peu contraignant ». Mais même séchées, les fientes ne sont pas valorisables en l'état. A l'époque, Jean Palud doit faire appel aux services d'une entreprise costarmoricaine pour exporter les déjections hors de la région. Et à ces frais de transport viennent s'ajouter le coût des différentes analyses (chimiques, bactériologiques) qui incombent à l'éleveur.
Du déchet à l'engrais A la recherche depuis plusieurs années d'une solution rationnelle pour valoriser les effluents d'élevage, Jean Palud se souvient avoir vu fonctionner en Allemagne le prototype d'une ligne de granulation de fumier. L'idée est séduisante mais le Finistérien n'est pas du genre à se lancer à la légère. Il peaufine son dossier, se renseigne sur les possibles débouchés pour le produit transformé. Et sollicite un financement auprès du CMB.
En 2000, la chaîne de granulation (30 500 euros) - la première du département, la dix-septième sortie des chaînes de l'usine allemande - débarque à Saint-Vougay. Installée sous un hangar qui jouxte le bâtiment d'élevage, elle tourne près de 8 heures par jour, produisant 1,4 à 1,5 tonne quotidienne d'engrais organique.
Tout est automatisé. Les fientes, séchées directement dans le poulailler, sont acheminées ensuite vers la ligne de granulation par l'intermédiaire d'une vis sans fin. Là, les déjections sont comprimées à travers des filières. A la sortie, on obtient des granulés d'un centimètre de long et de quelques millimètres de diamètre. Totalement inodores, secs, ils sont ensuite refroidis avant d'être entreposés dans des cellules de stockage qui sont ventilées. Grâce à ce procédé simple et fiable, on passe d'un déchet - les fientes séchées - à un produit fini qui n'est autre qu'un engrais organique de type NPK, conforme à la norme NFU 42 001 et à la composition chimique parfaitement établie.
Ces granulés sont proposés sous deux types de conditionnement : en big bags d'une tonne, pour une utilisation professionnelle, ou en sacs de 20 kilos pour la vente en jardinerie, sous la marque « Startiplant ».
« Le gros de la production est commercialisé en big bags, précise Jean Palud. Le tarif est de 45 euros la tonne au départ de l'exploitation ». Celle-ci étant en zone d'excédent structurel, l'engrais produit doit être exporté hors de la région. « Je travaille avec un grossiste. Ses clients sont situés dans les plaines céréalières et dans les zones viticoles ». Sur les 400 tonnes produites par an, seules quelque 70 tonnes sont utilisées directement pour fertiliser les terres de l'EARL. « Je suis resté paysan dans l'âme. Etant aviculteur, j'avais besoin de conserver par ailleurs un contact direct avec la terre, alors j'ai gardé une vingtaine d'hectares que je cultive en céréales. Au niveau engrais, je suis quasiment auto-suffisant. J'ai bricolé une vieille remorque épandeuse qui me permet de doser exactement ce que j'apporte puisque je connais la composition précise de mon engrais en granulés. La première année, j'ai un peu tâtonné. En fait, par rapport à un engrais classique, il suffit de décaler l'apport d'une quinzaine de jours, le temps que le produit soit assimilé par le sol ». Et cela donne de très bons résultats. Cette année, sur une parcelle de l'EARL, le rendement a ainsi atteint les 100 quintaux à l'hectare.
Partager l'expérience Passionné, Jean Palud n'hésite jamais à faire partager son expérience. « Certains me demandent si je ne crains pas de voir d'autres aviculteurs se lancer sur le même créneau. Bien au contraire ! Plus la quantité d'engrais ainsi produite sera élevée, plus nous serons crédibles dans la commercialisation. La granulation des fientes sèches n'est pas la seule voie pour le traitement des déjections. C'en est une parmi d'autres mais elle donne des résultats et n'occasionne pas de nuisances. En outre, cela m'a permis de libérer une centaine d'hectares d'épandage qui servent à un autre agriculteur. Aujourd'hui, on parle souvent des problèmes auxquels l'agriculture est confrontée. Plus rarement des solutions. Pourtant, elles existent ».
Repères Jean Palud, 46 ans, installé en EARL à Saint-Vougay (29). Eleveur indépendant, travaille en partenariat avec Guyomarc'h Nutrition Animale. Deux salariés à temps plein. Financement du Crédit Mutuel de Bretagne. Quelque 43 000 poules pondeuses, une production annuelle de 13 millions d'œufs dont 10 % sont commercialisés en vente directe. Les fientes, transformées par granulation, permettent de produire 400 tonnes annuelles d'engrais organique. Près de 70 tonnes sont utilisées directement pour la fertilisation des terres de l'exploitation, le reste est commercialisé. La tonne d'engrais, conditionnée en big bag, est vendue 45 euros au départ de l'exploitation.
J-Y Nicolas / Cyberagri
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