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Suisse, rapport agricole 2003: grandes disparités dans l'agriculture
 

   [ 17/11/2003 11:42 ] Les revenus dans l'agriculture suisse sont en moyenne modestes. Cependant, les moyennes cachent de grandes disparités. Mis à part la taille et l’orientation de l’exploitation, la charge de travail est un facteur principal permettant de les expliquer, selon une étude de l’EPF. L’évolution structurelle ne s’est pas accélérée ces dernières années et, grâce à la technique, la charge de travail demeure supportable même si les exploitations sont plus grandes. Il est à relever que les paysannes et paysans suisses ont encore étendu les prestations écologiques.


   Le quatrième rapport agricole de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG) présente, comme les éditions précédentes, la situation économique, sociale et écologique de l’agriculture.  En moyenne, les revenus sont moins élevés dans l’agriculture que dans les autres secteurs de l’économie. Les revenus, en particulier les moyennes, ne disent cependant pas tout de la situation économique de l'agriculture. Il convient de prendre aussi en considération des analyses plus poussées. Le Rapport agricole présente les faits et les données à cette fin. 

Revenus toujours modestes dans l’agriculture
Sur le plan économique, l’année 2002 a de nouveau été moyenne pour l’agriculture. Le revenu du secteur a été inférieur de 1 % à la moyenne des trois années précédentes. En revanche, il a augmenté de 4,7 % par rapport à 2001. Selon les estimations pour 2003, les revenus devraient beaucoup baisser par rapport à 2002 (cf. tableau 1 et encadré ci-joints). Ce sont avant tout la baisse du prix du lait de 4 ct./kg et les pertes de rendement dues à la sécheresse de cet été qui en sont la cause.

Les revenus des exploitations de référence calculés par la FAT ont stagné en 2002 au bas niveau de l'année précédente (cf. graphique 1 ci-joint). En revanche, le revenu du secteur a fait un bond de 4,7 %. La divergence entre le revenu sectoriel et celui des exploitations de référence s'explique notamment par la réduction des valeurs d'inventaire pour le bétail bovin.

Il est souvent affirmé que les coûts ne cessent d’augmenter dans l’agriculture, ce qui contribuerait substantiellement à maintenir les revenus à un bas niveau. Certes, les coûts par exploitation se sont accrus dans la dernière décennie, mais la surface des exploitations de référence a progressé de 3 hectares durant cette période. Il est donc intéressant de savoir ce qui se passe si l’analyse tient compte de la croissance des exploitations. 

A cet effet, on a examiné l’évolution des coûts par hectare dans les exploitations référence (cf. graphique 2 ci-joint). Il en ressort que les charges réelles par hectare en moyenne des années 2000/2002 sont de 4 % inférieures à la moyenne des années 1990/1992. En ce qui concerne les charges de structure par hectare, seuls les frais de bâtiments, les frais généraux d'exploitation et les coûts des travaux exécutés par des tiers ont augmenté substantiellement. Le service des intérêts et les frais salariaux sont par contre nettement moins élevés qu’il y a dix ans. On constate également une diminution des coûts matériels en production végétale et dans la garde d'animaux.
Dans l’ensemble, l’analyse permet de constater que, si l’on tient compte de l’effet de croissance, l’évolution des coûts n’est pas le facteur le plus décisif de la stagnation des revenus.

Les moyennes relatives aux revenus recouvrent en outre de grandes disparités entre les exploitations obtenant les meilleurs et les moins bons résultats (cf. tableau 2 ci-joint). Ainsi, en moyenne des années 2000 à 2002, le revenu du travail par unité de main-d'œuvre familiale s'est élevé à quelque 5000 francs dans les exploitations du quartile inférieur et à 68'000 francs dans celles du quatrième quartile. Ce chiffre est supérieur au revenu comparable. En termes absolus, les écarts sont également importants en ce qui concerne le revenu total de la famille, qui comprend le revenu agricole (rémunérant le travail et le capital) et le revenu accessoire. Il s'élève à 48'000 francs dans le quartile inférieur contre 111'000 dans le quartile supérieur. La différence s'estompe quant à la consommation privée du ménage agricole et aux paiements directs par exploitation: la première s’élève à 53'000 francs dans le quartile inférieur et à 76'000 francs dans le quartile supérieur et les seconds à 37'000 et 50'000 francs respectivement. 

Une chose est sûre : le revenu du travail par unité de main-d'œuvre familiale n'est pas assez significatif à lui seul pour permettre une représentation réaliste de la situation économique de l’agriculture. Une famille ne peut pas vivre d’un revenu du travail de 5000 francs. Le revenu total que peut réaliser la famille décide en dernière instance si elle continue à exercer l’activité agricole ou abandonne l’exploitation. La situation deviendra à long terme critique pour les exploitations qui consomment leur capital durant une période prolongée. C’est le cas d’environ un tiers des exploitations de référence en moyenne des années 2000/2002.

Charge de travail, un facteur principal de la disparité des résultats
L’Institut d’économie rurale (IER) de l’EPF de Zurich a développé en 2002, sur mandat de l’OFAG, le «Monitoring Tool Performance Schweizer Landwirtschaftsbetriebe». Cet indicateur de la performance d'une exploitation se fonde sur le rapport entre cash-flow et rendement du capital total. Les résultats ont été publiés dans le Rapport agricole 2002. Ils montraient déjà que la taille et l’orientation de l’exploitation sont importants pour le niveau de la performance. Dans le cadre d'un projet subséquent, l'IER a approfondi la question en identifiant les principaux facteurs qui déterminent les différences de performance existant à l’intérieur d’un groupe d'exploitations.

Il a défini d’abord dix groupes d'analyse (cf. graphique 3 ci-joint) et ensuite 49 facteurs déterminant la performance. Enfin, il a identifié, pour chacun des groupes d’analyse, une série de facteurs qui influent de manière significative sur la performance.

Selon l’étude de l’EPF, les écarts de performance entre les exploitations d’un groupe d’analyse s’expliquent principalement par les différences concernant la charge de travail (en francs) par rapport au chiffre d’affaires (cf. graphique 4 et 5 ci-joints). Ce constat est vrai pour tous les dix groupes. S’agissant des exploitations pratiquant la production animale, la relation entre les coûts variables et les recettes tirées de la production animale contribue aussi à la différence, mais dans une mesure moindre que la charge de travail. Il en va de même pour tous les autres facteurs, parmi lesquels les frais d'exploitation généraux ainsi que les frais de bâtiments et de machines apparaissent assez souvent comme raisons d’explication. L’analyse de l’EPF fait nettement ressortir que la charge de travail est un facteur-clé permettant d’améliorer les résultats des exploitations. Des solutions très diverses peuvent être envisagées selon le cas. La croissance peut permettre de mieux mettre à profit la ressource « travail » pour certaines exploitations. Il en va autrement pour d’autres, mais l'abandon de l'activité agricole n'est pas forcément nécessaire. Mais dans ces exploitations aussi il faudra abaisser la charge de travail, par exemple afin de dégager du temps libre en vue d’une activité accessoire.

Evolution structurelle dans l’agriculture
L’évolution des structures dans l’agriculture suscite toujours discussions et émotions. D’une part, on déplore l’abandon d’un trop grand nombre d’exploitations ; de l’autre, on critique que de petites exploitations se maintiennent en raison des paiements directs et que certaines exploitations laitières qui achètent ou louent des contingents ont des difficultés à affermer des terres.

Entre 1990 et 2000, 22'278 exploitations ont été abandonnées au total, soit 2,7 % par an (cf. tableau 3 ci-joint). Dans la moitié des cas environ, il s’agissait de mini-exploitations comptant une surface de 0 à 3 hectares. Leur nombre a chuté d'environ 60 % durant cette période. L’abandon de ces exploitations n’a toutefois libéré que 16'546 hectares, soit environ 1,5 % de la SAU. De même, les exploitations de la classe 3–20 hectares sont en net recul.
De 2000 à 2002, le nombre d’exploitations a diminué de 3'116 unités, soit de 2,2 % par an. Le taux d’évolution de structures pour les exploitations ne dépassant pas 3 hectares a reculé par rapport aux années 1990 à 2002. Il est par contre passé de 1,6 à 2,1 % pour les exploitations plus grandes.

L'introduction du commerce des contingents a accéléré l'abandon de la production laitière (cf. tableau 4 ci-joint).  Le nombre d'exploitations laitières a ainsi diminué de 1160 unités par an dans la période allant de 1990/91 à 1999/00, contre 1740 entre 1999/00 et 2002/03. Le contingent moyen par exploitation a augmenté de 1900 et 3800 kilos par an respectivement. La croissance des surfaces s'est également accélérée après la mise en place du commerce des contingents. La surface moyenne a augmenté de 1,8 hectare entre 1990/91 et 1999/00; cette même augmentation a été enregistrée en l’espace de trois ans après l'introduction du commerce des contingents.

L’examen des données concernant l’évolution structurelle de l’agriculture en général et des exploitations laitières en particulier ne permet pas d’affirmer qu’un grand nombre de petites fermes se maintiennent en raison des paiements directs ou que les exploitations laitières ne peuvent étendre leur surface.

Allégement du travail par la technique
L'analyse portant sur la pénibilité du travail dans l'agriculture a fait suite à un postulat du conseiller national André Bugnon. Le Rapport agricole en présente les résultats en détail.

L'analyse a eu pour objectif d'établir si l'évolution structurelle accélérée dans l'agriculture n'impose pas une surcharge de travail aux familles paysannes. L'analyse repose en grande partie sur les modèles de temps de travail et le budget de travail de la FAT. Des constatations supplémentaires peuvent être faites sur le travail physique dans le domaine du lait.

La statistique du volume de travail de l'OFS donne une première approximation sur l'évolution du temps de travail. Il en ressort que le temps de travail annuel des indépendants occupés à plein temps dans l'agriculture ou la sylviculture est supérieur à celui des indépendants des autres secteurs, mais qu'il a reculé ces dernières années.

L'application des modèles de la FAT confirme cette constatation (cf. graphique 6 ci-joint). Dans une exploitation de référence, la charge de travail par unité de main-d'œuvre a reculé de 1990 à 2001, en dépit de la croissance des exploitations. L'évolution structurelle se poursuivant au même rythme, on peut s'attendre à un nouvel allégement de la charge de travail jusqu'en 2010. Le travail physique pénible a reculé nettement. A cet égard, l’évaluation a porté sur les données disponibles concernant les charges physiques liées à la traite et à l’alimentation des vaches laitières, exprimées en tonnes que l'agriculteur doit déplacer pour accomplir ces tâches. Le travail physique devrait de nouveau diminuer d’ici à 2010. Si un agriculteur devait encore déplacer 811 tonnes en moyenne pour traire et alimenter les vaches en 1990, ce poids devrait tomber à 217 tonnes en 2010. La tendance constante à remplacer la stabulation entravée par la stabulation libre dans la garde de vaches laitières et une mécanisation plus poussée de l'alimentation en sont les raisons principales. Le progrès technique a fait gagner du temps et allégé de travail dans les champs et dans les étables. Notamment la garde de vaches laitières présente encore un potentiel d'économies notable. Seul un cinquième des vaches laitières est gardé aujourd'hui en stabulation libre, qui, par rapport à la stabulation entravée, offre des avantages concernant aussi bien le temps de travail que l’effort physique.

Selon les modélisations, la charge de travail n’a pas augmenté dans la dernière décennie. Dans certains cas, la situation peut toutefois être bien différente. C’est ainsi que l’agrandissement d’une exploitation se traduire par un temps de travail plus long s’il ne s’accompagne pas d’adaptations sur les plans technique et organisationnel. On peut cependant admettre d’une manière générale que les agriculteurs n’ont pas plus de travail en raison de la réforme agricole. L'évaluation des données recueillies lors des enquêtes sur la santé en 1992, 1997 et 2002 permet également cette conclusion. L’état de santé général des agriculteurs et paysannes s'est même plutôt amélioré dans l’ensemble.
Nouvelle progression des prestations écologiques

Les prestations écologiques de l’agriculture ont fortement augmenté au cours des dix dernières années. Une amélioration est aussi à relever de 2001 à 2002 .

La surface exploitée selon les règles de l’agriculture biologique a de nouveau augmenté de 8 % de 2001 à 2002. La part du bio a représenté 9,6 % de la surface agricole utile en 2002. Les surfaces de compensation écologique ont également gagné du terrain, atteignant 95'500 hectares, dont quelque 49'000 en plaine (zones des grandes cultures et des collines). En 2002, la Confédération a versé la première fois les contributions pour la qualité et la mise en réseau de ces surfaces, portant sur près de 14'000 hectares (arbres fruitiers haute-tige non compris). La participation aux programmes de garde d’animaux a également connu une progression réjouissante. Ainsi, les sorties régulières en plein air (SRPA) ont gagné 8 % et les systèmes de stabulation particulièrement respectueux des animaux (SST) 12 %. Respectivement 61 % et 30 % des unités de gros bétail ont ainsi été gardées en 2002 selon les règles SRPA et SST.

Contribution de l'agriculture suisse à la réduction des émissions de gaz à effet de serre
Les émissions de gaz à effet de serre dépassent en Suisse 50 millions de tonnes par an, dont 12 % proviennent de la production agricole. Le méthane et le gaz hilarant, liés avant tout à la production animale, constituent la majeure partie des émissions d'origine agricole.

La Suisse s’est engagée, dans le cadre du Protocole de Kyoto, à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 8 % entre 1990 et la période de 2008 à 2012. Les émissions de méthane et de gaz hilarant, qui concernent l’agriculture, ont baissé d’environ 10 % de 1990 et 2001, alors que les émissions totales enregistrées en Suisse ont pratiquement stagné au niveau de 1990 (cf. graphique 7 ci-joint). Ce résultat réjouissant dans l’agriculture est notamment dû aux mesures suivantes: bilan de fumure équilibré exigé dans le cadre des prestations écologiques requises, extension des surfaces de compensation écologique peu ou pas fertilisées et réduction des cheptels. Ces mesures ont permis de réduire la production d’engrais de ferme. Simultanément, les agriculteurs ont utilisé plus parcimonieusement les engrais de commerce azotés (- 23 %).

Source Office Fédéral de l'Agriculture


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