Cette productivité améliorée pourrait aider considérablement les pays en développement à combler la demande de maïs, qui devrait dépasser le blé et le riz à titre de première culture mondiale d’ici 2020, si l’on se fie au rapport d’un organisme sans but lucratif qui s’est donné pour mandat d’aider à soulager la faim et la pauvreté par le partage des applications en biotechnologie végétale.
Selon ce rapport, produit par l’ISAAA (International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications), la hausse des revenus dans les régions en développement d’Asie et d’Amérique Latine se traduit par une évolution vers une consommation accrue de viande, ce qui causera une hausse spectaculaire de la demande d’aliments à base de maïs pour les animaux.
Le mais Bt, qui est amélioré par une protéine naturelle du sol (Bacillus thuringiensis) qui protège la plante contre des insectes tels que la pyrale du maïs, peut réduire de moitié les pertes causées par les insectes ravageurs – évaluées à 9 pour cent de la récolte mondiale de maïs. Le maïs résistant aux insectes peut aussi rendre les aliments pour l’homme et pour le bétail plus sécuritaires en réduisant dramatiquement les dommages qui favorisent le développement de mycotoxines nocives dans le maïs, toujours selon ce rapport. On y lit aussi qu’une utilisation élargie du maïs Bt pourrait réduire de moitié le recours aux pesticides, soit 5,000 tonnes métriques.
"Le maïs Bt nous procure une occasion de fournir aux pays en développement des aliments pour les humains et les animaux plus sûrs et plus abordables, ce qui serait une contribution majeure pour atténuer la faim et la malnutrition qui coûtent chaque jour la vie à plus de 24 000 personnes en Asie, en Afrique et en Amérique Latine", explique Clive James, président de l’ISAAA et auteur du rapport "Global Review of Commercialized Transgenic Crops: 2002 Feature: Bt Maize".
Selon ce rapport, les gains de rendement moyens fournis par le maïs Bt comparativement aux variétés traditionnelles ont été de 5 pour cent aux États-Unis, de 6 pour cent en Espagne et d’environ 10 pour cent en Argentine et en Afrique du Sud. En Espagne, le seul pays de l’Union Européenne où les cultures issues de la biotechnologie occupent une superficie importante, les producteurs ont réalisé des gains de 170 euros à l’hectare* grâce à la productivité accrue et aux économies d’insecticide.
Dans les essais effectués en plein champ, les gains de rendement procurés par le maïs Bt ont été de 24 pour cent au Brésil, alors qu’ils atteignaient jusqu’à 41 pour cent aux Philippines et entre 9 et 23 pour cent en Chine. Le maïs transgénique de deuxième génération – comme la variété qui vient d’être approuvée au Canada et aux États-Unis pour contrer la chrysomèle des racines du maïs – fournira des gains encore plus élevés avec des bénéfices annuels d’un milliard de dollars pour les États-Unis seulement.
Biotech Corn Can Boost Yields/Add One Le rapport signale aussi que les pays en développement consommeront 80 pour cent du maïs supplémentaire requis d’ici 2020, la part du lion de cette production accrue étant produite par les agriculteurs du monde en développement, qui comptent pour 98 pour cent des 200 millions de producteurs de maïs dans le monde.
"C’est certes un défi de taille pour les agriculteurs du monde en développement, dont un grand nombre sont de petits producteurs possédant des ressources très limitées, poursuit M. James. Le fait que la biotechnologie incorpore des caractères génétiques bénéfiques dans la semence rend ces cultures particulièrement utiles et appropriées pour les petits producteurs, comme en témoignent les 5 millions de petits fermiers qui ont déjà adopté le coton Bt en Asie, en Amérique Latine et en Afrique."
La première année d’expérience des producteurs des Philippines, le premier pays d’Asie à approuver une culture vivrière transgénique sur une échelle commerciale, illustre bien pourquoi.
"Ma récolte précédente de maïs traditionnel était de 80 poches de grains à l’hectare", déclarait Rafael Sarmiento, qui cultive 1,3 hectare près de General Santos, aux Philippines." Avec le maïs Bt, j’ai récolté près de 132 poches de grain à l’hectare." De fait, selon le rapport de l’ISAAA, les rendements accrus fournis par le maïs Bt ont permis de combler les besoins de subsistance d’une famille de cinq aux Philippines, alors que le maïs traditionnel n’y suffisait pas.
Carlos Andico, qui cultive 2 hectares non loin de là, ajoutait : "J’y gagne beaucoup avec le maïs Bt parce que je ne dépense que pour l’engrais, sans avoir à traiter. Si le maïs Bt était arrivé il y a des années, j’aurais vécu confortablement bien plus tôt."
Les bienfaits ne se limitent cependant pas aux gains de productivité, à l’augmentation des revenus des producteurs et à la réduction des traitements insecticides. " Il est maintenant clairement prouvé que les produits alimentaires issus du maïs Bt, qu’ils soient destinés à l’alimentation humaine ou animale, sont souvent plus sécuritaires que les produits correspondants issus de maïs traditionnel, à cause des niveaux plus faibles de fumonisine, une mycotoxine nocive."
La fumonisine est produite lorsque les insectes creusent des tunnels dans les tiges et les épis de maïs, permettant ainsi aux champignons d’entrer et de produire des moisissures toxiques. Alors que les concentrations de mycotoxines sont étroitement surveillées dans les pays industrialisés, elles ne font l’objet d’aucune surveillance dans de nombreux pays en développement tropicaux, où la menace émanant des infections fongiques est la plus grande.
"Le fait de limiter le plus possible les dommages causés par les insectes par le recours au maïs Bt a considérablement réduit les concentrations de fumonisine dans les aliments pour humains et pour animaux, souligne Clive James. Il s’agit d’un bénéfice vraiment énorme dans les pays en développement où les niveaux de moisissures nocives sont plus élevés et où le maïs est utilisé directement pour l’alimentation par une importante portion de la population."
En 2002, le maïs Bt comptait pour approximativement 7 pour cent des superficies mondiales de maïs, soit environ 10 millions d’hectares. L’étude de l’ISAAA prévoit que l’adoption du maïs Bt pourrait s’étendre à une proportion se situant entre 28 et 32 pour cent des superficies mondiales de maïs, soit de 40 à 45 millions d’hectares. Une adoption et des bénéfices plus importants encore pourraient être possibles grâce aux cinq variétés de maïs Bt de deuxième génération qui devraient être commercialisées au cours des trois prochaines années, selon l’ISAAA.
*1 hectare = 2,47 acres
Voir Dossier OGM
© Alban Moyaux - Cyberagri
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