Petit moment d’animation le 31 octobre dernier au Gaec Pouliquen, à Gouesnou, lors de la mise en route annuelle de l’installation de cogénération. Pierre-Yves et François Pouliquen, producteurs de tomates pour le groupement Savéol, entament leur troisième saison d’hiver en utilisant, pour chauffer leurs 5 hectares de serres, la technique de la cogénération.

Pierre-Yves et François Pouliquen, associés en Gaec à Gouesnou, produisent 2 300 tonnes de tomates par an pour le groupement Savéol.
Durant 5 mois, la génératrice fonctionne 24 heures sur 24 et fournit, outre de l’électricité, la chaleur et le CO2 nécessaires au bon développement des plants de tomates. Une installation unique en Bretagne et un investissement de près de 2,3 millions d’euros (quelque 15 millions de francs) financé grâce à la participation de Sodelem, filiale du Groupe Crédit Mutuel Arkéa spécialisée dans le crédit-bail mobilier.
De la chaudière au moteur à gaz Les serres modernes sont de grandes consommatrices d’énergie, principalement sous forme de chaleur. L’énergie thermique peut, en effet, représenter, dans une installation traditionnelle, de 15 à 25 % des coûts de production. C’est donc dans l’objectif premier de réduire leurs charges de chauffage que les deux frères, associés en Gaec depuis 1992, ont abandonné la chaudière au fuel lourd et opté, il y a deux ans, pour la cogénération.
Derrière ce vocable se cache une technique utilisée jusqu’à présent essentiellement pour le chauffage d’immeubles, notamment les hôpitaux. Elle consiste à produire simultanément, à partir d’un seul combustible, de l’énergie mécanique et de l’énergie thermique. Ainsi, un moteur, alimenté par du gaz naturel, produit à la fois de l’électricité et de la chaleur, grâce à un échange de température entre les fumées du moteur et l’eau, utilisée ici pour le chauffage des serres. Appliquée couramment aux serres par les maraîchers hollandais, la technique est encore rare sur le territoire français. En Bretagne, il n’existe que deux installations de ce type et celle du Gaec Pouliquen est la seule à prévoir également la fourniture de CO2 pour les serres.
« Nous avons choisi une entreprise locale, la SDMO, pour l’installation et la maintenance du moteur », explique François Pouliquen. Le serriste, lui, peut se consacrer entièrement aux cultures et n’a plus qu’à gérer l’utilisation de l’énergie thermique, grâce à une installation de stockage : une sorte d’immense ballon permet de réguler la distribution d’eau chaude et ainsi, de garantir une utilisation constante de la chaleur durant toute la période de production d’électricité. Cette dernière - environ 2 700 kWh - est revendue à EDF, aux termes d’un contrat de cogénération conclu pour 12 ans. « EDF nous impose le fonctionnement du moteur en continu du 1er novembre au 31 mars. Si, au cours de cette période, nous avons un excédent d’eau chaude, elle est stockée dans une cuve de 1 200 m3 où elle est maintenue à environ 80 ° C ».
Trois en un Cogénération, on pourrait même dire, dans le cas de cette installation, trigénération. Les serristes finistériens tirent, en effet, un troisième avantage de leur installation : l’enrichissement des cultures en CO2 à partir de la récupération des gaz d’échappement. Si les fumées émanant d’une chaudière sont, elles, directement recyclables, le système de cogénération induit une étape supplémentaire : les émissions du moteur, polluées par l’huile de ce dernier, doivent être purifiées avant d’être injectées dans la serre. « Grâce à l’introduction d’urée, ce qui provoque une transformation moléculaire, le gaz devient de bonne qualité. Composé de dioxyde de carbone, il est surtout dépourvu d’éthylène et de monoxyde de carbone, deux gaz qui ont pour effet de provoquer l’avortement des fleurs ».
Des capteurs déterminent la composition des fumées, qui, en fonction de leur qualité, sont dirigées vers les serres. « Pour sa croissance, le plan de tomates a besoin d’un taux important - 340 à 350 parties par million - de CO2. Sans injection supplémentaire dans la serre, on descend très vite à un niveau de seulement 200 ppm. L’apport des fumées permet de rééquilibrer ce taux et, en se rapprochant le plus possible du niveau de CO2 présent dans l’air, d’assurer une photosynthèse optimale ». Ce recyclage des fumées est également un bon point pour l’environnement, ce qui n’est pas pour déplaire aux deux propriétaires.

L’énergie thermique est produite par un échange de chaleur entre les fumées du moteur et l’eau utilisable par les serres.
Bilan énergétique et économique positif Après deux saisons hivernales de fonctionnement de l’installation, le bilan est largement positif. « Nous estimons le gain, par rapport à un système de chauffage traditionnel, à trois euros par m², soit un million de francs par an », indique François Pouliquen. Si la cogénération est intéressante sur le plan économique, elle est aussi bénéfique pour la trésorerie. « On a d’autant moins de problèmes de cet ordre en hiver, lorsque l’on ne produit pas de tomates, grâce à une moindre dépense de chauffage ». Depuis le début du mois, la génératrice du Gaec Pouliquen fonctionne 24 heures sur 24. De quoi attendre les frimas de l’hiver en toute sérénité.
REPERES . Le Gaec Pouliquen produit 2 300 tonnes de tomates par an sur une surface de 5 hectares de serres. . Il emploie, en fonction de la saison, de 20 à 60 salariés, soit l’équivalent de 30 emplois à temps plein. . La génératrice produit 2 700 kW par heure d’électricité, 24 h sur 24, du 1er novembre au 31 mars. . L’eau chaude en excédent est stockée dans une cuve de 1 200 m3 où elle est maintenue à une température de 80 ° C.
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