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Fertilisation organique et amélioration de la productivité et de la qualité boulangère du blé biologique

   [ 26/11/2003 9:34 ] Les faibles rendements en blé biologique (moyenne inférieure à 4t.ha-1) associés à des teneurs en protéines jugées insuffisantes par les meuniers conduisent à s’intéresser à l’amélioration des conditions de production. La maîtrise de la nutrition azotée en cours de culture est un facteur déterminant vers lequel peu de travaux ont été orientés. Ce projet de recherche a pour objectif d’améliorer le raisonnement de la fertilisation azotée du blé biologique. Pour ce faire, une équipe conjointe de chercheurs INRA, ISARA et Arvalis – Institut du Végétal a profité des acquis de la recherche (utilisation d’un modèle développé en agriculture conventionnelle) tout en s’intéressant aux conditions de production du blé biologique (suivi d’un réseau de parcelles bio et essais au champ).


   En agriculture biologique, l'apport d'azote à la culture est géré selon deux modes :

  • augmentation des fournitures du sol par l'introduction dans la rotation de cultures fixatrices d'azote (engrais verts, légumineuses)
  • apport de fertilisants et/ou amendements organiques. Les fumiers et composts seront apportés à l'automne avant ou après labour, ils permettront d’assurer un apport régulier d’azote à la plante tout en garantissant l’entretien humique du sol ; les engrais organiques (ex : guano, vinasse, farine de plumes…), rapidement minéralisables, seront apportés au printemps, en couverture afin de couvrir les forts besoins instantanés.

Dans les systèmes traditionnels associant culture et élevage, une part importante de l’azote organique provient de fumiers et composts. La difficulté pour ajuster la fertilisation tient à la difficulté à prévoir la cinétique de minéralisation de l’azote issu de ces produits. Par ailleurs, le décalage entre la minéralisation lente de ces produits et les besoins instantanés importants du blé durant la montaison, conduit à une mauvaise valorisation de l’azote potentiellement disponible. Le développement des systèmes céréaliers sans élevage a fait naître de nouvelles questions quant à la gestion de l'azote sur la sole céréalière. La faible présence de légumineuses dans la rotation associée à l'absence d'effluents d'élevage conduit à l'utilisation exclusive de sources d'azote exogènes à la ferme.

La maîtrise de la nutrition azotée en cours de culture est un facteur déterminant vers lequel peu de travaux ont été orientés. L'enjeu de ce programme de recherche est de mettre au point un outil de gestion stratégique de la fertilisation azotée de printemps du blé biologique, baptisé AZODYN-Org. Une équipe conjointe INRA et ISARA associé à Arvalis – Institut du Végétal a cherché à adapter aux conditions spécifiques de la culture biologique les résultats et les outils proposés par la recherche sur la gestion de l'azote en agriculture conventionnelle.


Une recherche en 3 étapes

Dans une première étape, le but a été d'analyser les variations de rendement du blé biologique en identifiant les facteurs limitant majeurs de la production. La méthode de diagnostic agronomique à l'échelle d'un bassin de production, mise au point et déjà utilisée sur céréales dans différents contextes, a permis de montrer, sur un réseau pluriannuel de parcelles de blé biologique, que les différences de rendement observées étaient expliquées par deux causes majeures : l’intensité des carences azotées et la concurrence exercée par les mauvaises herbes.

C'est pourquoi la seconde étape du travail a consisté à adapter aux conditions de l’agriculture biologique, le modèle dynamique de fertilisation azotée, AZODYN, dont le but est de prédire les conséquences de différentes modalités de fertilisation azotée sur la production et la qualité du blé d'hiver. AZODYN est un modèle dynamique simulant le fonctionnement du système sol-plante. Il aide à prévoir la dynamique de fourniture d'azote par le sol, les périodes de carence et leur incidence sur le rendement du blé et la teneur en protéines des grains. Il est basé sur la prévision journalière des besoins de la plante et des fournitures d'azote par le sol et les engrais. Il permet de prédire le rendement en grains, la teneur en protéines des grains ainsi que le reliquat d’azote minéral dans le sol après récolte. Les travaux, menés en collaboration avec l'INRA de Laon, ont consisté à étudier les cinétiques de minéralisation de plusieurs engrais organiques, en conditions contrôlées puis en station expérimentale. Ces travaux ont conduit à la mise au point d'un module ‘‘engrais organique’’ intégré au modèle AZODYN, dans le but de prévoir la dynamique de l'offre en azote issu des engrais organiques et sa disponibilité pour la culture. Le modèle AZODYN-Org a ensuite été évalué durant deux années dans des situations contrastées.

Le dernier volet de la recherche avait pour objectif la construction d'un outil d'aide à la décision pour le raisonnement de la fertilisation azotée en agriculture biologique. Cet outil devait permettre, d'une part, de sélectionner les parcelles pour lesquelles un apport organique permettrait une amélioration de la marge brute et/ou de la teneur en protéines des grains et d'autre part, de définir les stratégies de fertilisation optimales en fonction des conditions de production rencontrées. La finalité de ce travail est d'aider les agriculteurs à faire des choix simples dans leur raisonnement de la fertilisation organique :

  • Est-il intéressant d'apporter de l'azote en couverture ?
  • Quelle dose apporter ?
  • À quelle date ?
  • Doit-on fractionner l'apport ?


Une meilleure connaissance des engrais organiques

Ces travaux confirment que les engrais organiques testés (farine de plume et guano), appliqués au printemps, sont très rapidement disponibles pour la culture.
Cependant, la part ammoniacale des engrais, variable en fonction du type d'engrais organique, est soit rapidement disponible pour la plante, soit volatilisé en fonction des conditions climatiques au moment de l'apport. La disponibilité de l'azote issu des engrais organiques apparaît dépendante, d'une part, de la croissance du végétal à la date de l'apport et d'autre part, des conditions pluviométriques après l'apport, induisant ou non la volatilisation de la part ammoniacale.

Le modèle AZODYN, adapté pour tenir compte de la cinétique de minéralisation des engrais organiques et des conditions favorables à la volatilisation d’ammoniac, rend bien compte du bilan azoté à l'échelle de la parcelle (somme de l'azote prélevé par la plante et de l'azote présent dans le sol à la récolte) sur différentes situations variant par la fertilisation azotée dans différentes conditions pédo-climatiques.


Une bonne qualité prédictive du modèle AZODYN-Org en conditions d’agriculture biologique

Testé dans différentes parcelles fertilisées avec des engrais organiques, le modèle AZODYN-org prédit correctement l'incidence des apports azotés sur le rendement malgré une légère sous-estimation dans le cas d'apports multiples. A l'inverse, la teneur en protéines des grains est sensiblement surestimée par le modèle dans la plupart des situations.
Le modèle identifie correctement les situations redevables d’un apport d’engrais organique au printemps dans 85% des cas. Dans les situations où l’apport d’engrais est rentable, le modèle propose des stratégies de fonctionnement (dates d’apport, répartition de la dose entre les apports) qui se rapprochent généralement des stratégies sélectionnées comme optimales par l’expérimentation.


Perspective : Mettre en place un diagnostic précoce des facteurs limitants

Ces travaux d’évaluation mettent en évidence que la robustesse du résultat dépend de l'importance des facteurs limitants rencontrés. Ainsi, AZODYN-org apparaît opérationnel dans les conditions où le potentiel de production est relativement bien prédit (+/- 20% par rapport au rendement observé). Dans le but de prévoir ce potentiel de production dans les parcelles biologiques, caractérisées par de nombreux facteurs limitants, un diagnostic précoce avant apport doit permettre d’évaluer le risque d’apparition et l’incidence probable des facteurs limitants (adventices, compactage du sol, maladies, stress hydrique) sur le potentiel de production. Un travail spécifique est entrepris dans cet objectif mais n’est pas achevé.


Perspectives d’utilisation de l’outil

Cet outil sera testé sur un nombre plus important de situations agronomiques. Actuellement, le réseau d'essais et d'évaluation du modèle représente une cinquantaine de parcelles répartie dans le bassin parisien, le Sud-Est et le Sud-Ouest. Depuis 2002, de nouveaux essais ont été mis en place par les techniciens du CREAB (32), du GAB Ile de France (92) et de la chambre d'agriculture de l'Isère (38) afin de valider la démarche dans des contextes pédo-climatiques différents. Les résultats de simulation du modèle sont en cours de production dans un but opérationnel en règles de décision simples et abaques qui pourront être diffusées aux agriculteurs.
AZODYN-org n'a pas été développé dans le seul but d'augmenter la marge brute parcellaire, il peut aider à répondre aux exigences de qualité émanant de la filière par la proposition de stratégies de fertilisation privilégiant l'augmentation de la teneur en protéines. A terme, cet outil pourrait être utilisé à l'échelle d'un bassin de production, en aidant les acteurs à identifier les modes de production et les stratégies de fertilisation les mieux à mêmes de répondre aux exigences du marché (minoterie, biscuiterie)

Source Inra

Article lié : Agribio : l’INRA ré-affirme son engagement pour la recherche sur l’agriculture biologique 26/11/03



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