L'agriculture biologique a connu un développement rapide ces dernières années, en raison d'un intérêt accru manifesté par les consommateurs et les opérateurs commerciaux. La pomme de terre est particulièrement concernée par cette évolution, et on peut se demander si la prévision parfois affichée de 5% de production biologique pour cette culture dans les prochaines années n'est pas trop timide, vu l'évolution vraisemblable de la demande.
Jusqu'à présent les variétés cultivées par les producteurs biologiques sont les mêmes qu'en agriculture conventionnelle, c'est-à-dire celles qui ont un succès commercial. Ces variétés ont été sélectionnées principalement pour leurs caractères de qualité et leur productivité, beaucoup moins pour leur résistance aux parasites. Il n’en demeure pas moins que les modifications annoncées du cahier des charges (souhaitées d'ailleurs par une partie au moins des producteurs) obligeront à un respect de plus en plus strict de certaines spécificités en termes de protection phytosanitaire des cultures, de méthodes de conservation des produits et de production de semences. Un accroissement des rendements sera également nécessaire pour améliorer le niveau de rentabilité de ces cultures. On peut penser qu’une partie des solutions à ces nouvelles exigences sera génétique.
Une étude a été réalisée conjointement par le centre INRA de Rennes et par InterBio Bretagne avec pour objectif d’identifier, sur l'exemple de la pomme de terre, les caractères qui conditionnent l’adaptation d’un génotype à la culture biologique, afin d’essayer de définir des idéotypes1 variétaux ou de rationaliser le choix parmi les cultivars existants. Cette étude a été conduite dans une exploitation convertie à l’agriculture biologique, en climat océanique à la ferme du lycée agricole de Morlaix. Elle a notamment montré que la résistance au mildiou est un caractère clé de l’adaptation de la pomme de terre à l’agriculture biologique.
Est-il possible et nécessaire de sélectionner des variétés de pomme de terre destinées à l’agriculture biologique ?
Comme pour toute sélection, il s’agit d’abord d’évaluer une variabilité génétique et de l’exploiter. Cette étude a montré qu’une variabilité des caractères d’intérêt comparable à celle qui se manifestait en conditions d’agriculture conventionnelle s’exprimait en agriculture biologique. Les méthodes classiques d’amélioration des plantes utilisées chez la pomme de terre sont acceptées au plan de l’éthique. Il y a éventuellement lieu de revoir la hiérarchie des caractères à sélectionner et de se préoccuper d’améliorer les caractères de résistance avant de sélectionner pour les caractères commerciaux (présentation des tubercules).
La sélection de variétés de pomme de terre est donc possible, même si diverses interrogations subsistent. Ainsi, certains problèmes parasitaires paraissent particulièrement importants en agriculture biologique, par exemple les dégâts dus au rhizoctone. On ne sait actuellement pas s’il existe une variabilité exploitable pour la résistance à ce parasite, et au préalable une méthodologie de tests de résistance reste à mettre au point.
Par ailleurs, un réseau multilocal de sites expérimentaux dédiés à l’agriculture biologique est indispensable pour évaluer les performances du matériel végétal.
Enfin, la question de la rentabilité économique pour l'obtenteur d'un programme spécifiquement dédié à des cultivars destinés au secteur biologique reste entière (quelques uns des cultivars étudiés paraissaient acceptables, marché pour des cultivars spécifiques actuellement limité, des variétés bien adaptées au point de vue cultural ne répondent forcément aux exigences du marché. En revanche, si la production de pommes de terre cultivées en agriculture biologique est destinée à augmenter des variétés mieux adaptées seront nécessaires, et en particulier des variétés possédant des niveaux de résistance aux parasites et ravageurs supérieurs à ceux des variétés actuelles. De plus des variétés spécifiques pourront apporter des signes de reconnaissance de l’agriculture biologique et participer à son image de marque. Il faut également considérer si ces variétés pourraient être le support d’une exportation de plants, pour laquelle la France est particulièrement bien placée, vers des pays européens voisins (Allemagne, Autriche, Suisse…) dans les quels l’agriculture biologique est déjà bien développée.
1 L’idéotype correspond au génotype idéal. Source Inra Article lié : Agribio : l’INRA ré-affirme son engagement pour la recherche sur l’agriculture biologique 26/11/03
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