"Depuis douze ans, la consommation de rosé a quasiment doublé en France", affirme James de Roamy, vice-président du syndicat général des Coteaux d'Aix, une appellation qui s'étend sur 4.000 ha, principalement dans les Bouches-du-Rhône. Actuellement, 14,7% des volumes achetés (hors restauration) en France sont des rosés. Les rouges ne représentent plus que 69%, contre 83% en 1999.
La production mondiale de rosé est estimée entre 18 à 20 millions d'hectolitres, dont 4,5 produits en France (près de la moitié en AOC), devant l'Italie (4 millions) et l'Espagne (3,5 à 4 millions). Avec 1 à 1,2 millions d'hectolitres à elle seule, la Provence est la première région productrice.
Pour le syndicat des Coteaux d'Aix, l'engouement ne devrait pas faiblir: "les temps ne sont plus aux grandes étiquettes, nos consommateurs sont pour la plupart de jeunes urbains branchés qui veulent se faire plaisir avant tout et suivent les nouvelles tendances", assurent-ils. Et la tendance, selon eux, est que les rosés de Provence ne sont plus seulement des vins d'été mais appelés à se boire toute l'année.
Il s'agit donc pour les viticulteurs de prendre le vent : le "Nouveau Monde" (Californie, Australie, Chili) ne s'est pas encore intéressé au rosé, mais les régions productrices de rouge sont potentiellement susceptibles d'en créer. Pas besoin d'arracher les vignes, souligne M. de Roamy. La vinification est simplement plus compliquée et nécessite des investissements élevés.
A l'appui, ils citent le Languedoc-Roussillon comme leur principal concurrent potentiel, même si, à la différence de la Provence, essentiellement classée en AOC, les rosés y sont en grande partie des vins de table et de pays. En Languedoc-Roussillon, la production de rosé a augmenté de 30% depuis 1999, à 506.000 hectolitres.
Et ils s'inquiètent de voir certains producteurs de Bordeaux rouge, dont les cours de vins de table sont aujourd'hui inférieurs à ceux du rosé, changer leur fusil d'épaule.
Face à la compétition annoncée, Coteaux d'Aix, Côtes de Provence et Coteaux du Var ont décidé d'unir leurs efforts: les trois appellations viennent de se regrouper en un comité interprofessionnel qui va mener à partir de janvier et avec l'aide de la région PACA des actions de promotion.
Il s'agira de vendre "la Provence", plutôt que les appellations particulières. L'une des premières cibles est le marché britannique, considéré comme une locomotive. Une bouteille commune "Provence" va y être créée pour le vin haut de gamme.
Le comité va également faire un effort auprès des cavistes et de la restauration, deux secteurs mal approvisionnés en rosé.
Un concours mondial des rosés, qui devrait se dérouler en Provence, est également en préparation pour 2004.
Quant à la qualité, les producteurs de Coteaux d'Aix n'ont aucun doute: le millésime 2003, assurent-ils, est "le premier très grand millésime de ce nouveau siècle".
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