La décision de Monsieur le Ministre de l’Agriculture, suite à la mise en examen par le Juge, M. Guary, de deux dirigeants de BASF Agro, à savoir de suspendre l’autorisation de commercialisation des spécialités à base de Fipronil et d’engager une procédure contradictoire sur les produits à base d’imidaclopride, nous inspire trois réflexions :
1 – Sa décision est tardive et inacceptable.
Elle est inacceptable car d’un côté on reconnaît la dangerosité du produit et malgré cela, on autorise son utilisation au mépris de la santé humaine et de la qualité environnementale. L’échange des semences enrobées déjà en possession des apiculteurs aurait été plus satisfaisant.
Elle est tardive, car le ministère a été informé en temps utile des risques relatifs à l’utilisation de ces molécules par : - les représentants du monde apicole, - les associations de protection de l’environnement, - et les professeurs les plus émérites du corps médical pour la santé humaine.
L’initiative de l’application du principe de précaution à la seule et première décision du ministère de l’agriculture n’est pas moralement acceptable. Dans une telle affaire, on ne peut être à la fois juge et partie. Un comité de veille composé de membres responsables de plusieurs ministères devrait avoir l’initiative de déclencher l’application du principe de précaution.
2 – En outre, les conditions d’homologation des produits phytopharmaceutiques, et leurs suivis sur le terrain, doivent être revus, élargis et évolutifs pour une gestion correcte du risque lié à l’utilisation croissante des neurotoxiques de la dernière génération. - Peut-on encore parler d’agriculture raisonnée, quand on emploie de façon large et systématique des molécules présentées par leurs fabricants comme des assurances \" tous risques \" pour les agriculteurs ? Non ! la lutte intégrée contre les ravageurs ne peut se concevoir par l’usage de telles substances.
- Peut-on encore parler d’agriculture raisonnée, quand en France, on utilise annuellement l’équivalent de 100 000 tonnes des produits phytosanitaires, et être ainsi le deuxième ou troisième consommateur mondial après les Etats-Unis, et quand on sait que seulement environ 3 % de cette masse sont utilisés pour atteindre leur cible ? À qui fera-t-on croire que cet usage massif de pesticides n’a pas de répercussions sur la qualité de l’environnement ? Serions-nous atteints de myopie intellectuelle ?
Nous croyons donc, sans esprit de latéralisation politique, que nos élus nationaux, régionaux, départementaux doivent mesurer la nécessité de revoir l’ensemble des procédures d’homologation des produits phytosanitaires ou chimiques proposés par les firmes, et intervenir en ce sens auprès des instances décisionnelles.
3 – Suite à certains propos dénigrant l’apiculture française comme ayant un état sanitaire déplorable, la FNOSAD est indignée, car malgré les conditions difficiles et réelles d’aujourd’hui, les apiculteurs vivent de leur cheptel, difficilement certes, au prix de nombreux efforts et sans bénéficier de façon correcte d’aides au traitement du fléau que constitue varroa (contrairement à ce qui se passe dans les pays européens voisins).
Ensuite, la France dispose d’un réseau d’agents sanitaires apicoles, formés sur décision de la DGAl, par l’AFSSA, évalués et notés lors des sessions de formation, nommés par arrêté préfectoral, effectuant des visites à la demande des DDSV et des apiculteurs. Leurs comptes rendus de visite, bien qu ‘insuffisamment représentatifs de la situation générale, sont collectés au niveau national par la D.G.Al., service de la Santé et la Protection Animale, et interprétés de façon statistique. Force est de constater qu’en ce qui concerne les principales maladies apiaires, ayant une étiologie bactérienne, virale ou parasitaire, l’état des ruchers français est stationnaire depuis plusieurs années, sans aggravation notable. Il est à déplorer cependant la sous-utilisation de ces agents dans le cadre d’interventions officielles.
En revanche, depuis 1994-95, nous pouvons affirmer que de plus en plus d’apiculteurs se plaignent de problèmes liés à des intoxications, qui se répètent de façon saisonnière, lors des semis des tournesols, lors des floraisons de tournesol et de maïs, et de mortalités hivernales, notamment dans les zones de grandes cultures. Hors de ces zones, ces problèmes ne se rencontrent pas ou peu. Les apiculteurs de ces grandes zones seraient-ils soudainement devenus incompétents ?
Des troubles similaires sont également signalés aux Etats-Unis, au Canada et dans d’autres pays européens.
Michel le Béchec, Président de la FNOSAD
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