"La collation du matin à l'école, de par sa composition, son horaire, son caractère systématique et indifférencié, n'est pas justifiée et ne constitue pas une réponse adaptée à l'absence de petit déjeuner", affirme l'AFSSA dans cet avis. Selon l'Agence, "cette prise alimentaire supplémentaire est à l'origine d'un excès calorique qui ne peut que favoriser l'augmentation de la prévalence de l'obésité constatée depuis 30 ans chez les enfants d'âge scolaire en France".
"Le souci de pallier l'insuffisance des apports matinaux observée chez une minorité d'enfants aboutit à un déséquilibre de l'alimentation et à une modification des rythmes alimentaires de la totalité des écoliers", constate-t-elle. L'AFSSA souligne même le risque de "générer des attitudes favorisant le grignotage" pour des fruits consommés à l'école en dehors des repas.
Concernant le lait, distribué gratuitement en maternelle, l'AFSSA estime que cette distribution "n'est pas justifiée" non plus. "Il n'existe pas d'insuffisance d'apport calcique au sein de la population concernée par la collation du matin", note l'AFSSA, en soulignant que "les collations à base de lait représentent une part trop importante de la ration calorique journalière".
L'AFSSA propose "de ne distribuer qu'aux seuls enfants qui ne l'auraient pas pris, et ce dès l'arrivée à l'école et avant le début de la classe, un petit déjeuner équilibré dont la composition serait conforme aux instructions de la circulaire sur la restauration scolaire".
Elle suggère aussi aux enseignants de regrouper mensuellement les goûters d'anniversaire.
A la rentrée, le comité scientifique de l'association Amalthée, qui promeut la distribution de lait à l'école instituée en 1954 par Pierre Mendès France, avait conclu à la nécessité de la maintenir, à condition qu'elle ait lieu entre 8H30 et 9H30 pour ne pas couper l'appétit des enfants avant le déjeuner, et qu'elle ne soit pas accompagnée de gâteaux.
Le ministre de l'Enseignement scolaire, Xavier Darcos, a l'intention de consulter, à partir de la semaine prochaine, les recteurs, les enseignants et les parents d'élèves sur la question de la collation du matin à l'école, a annoncé mercredi son cabinet à l'AFP.
Il a précisé qu'il "n'était pas question d'interdire une telle collation pour le moment" et que "toute décision éventuelle dépendrait des résultats de la concertation et de la position à ce propos des partenaires".
Il a rappelé que l'affaire remontait à février 2003 quand M. Darcos avait présenté au Conseil des ministres son plan d'éducation à la santé qui évoquait le problème du grignotage et de l'obésité chez les enfants. C'est dans ce cadre qu'une étude avait été demandée à l'Afssa.
Au cabinet de M. Darcos, on déclare qu'une alimentation déséquilibrée chez les jeunes est effectivement un problème et on rappelle qu'un effort a été fait, depuis un an, pour substituer de l'eau et des fruits aux sodas et aux barres chocolatées dans les distributeurs des établissements scolaires.
On affirme également, à propos de la collation à l'école, qu'il "ne faut pas oublier, qu'outre sa portée nutritionnelle, elle a également une portée sociale, éducative et conviviale très importante, surtout chez les plus petits, qu'il ne faut pas négliger".
Voici les réactions du Syndicat des écoles de la FSU, le SNUipp, et de l'Association Amalthée de promotion de la distribution de lait à l'école, après l'avis rendu mercredi par l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) déconseillant la collation du matin à l'école.
- Le SNUipp s'est inquiété de l'éventualité d'une injonction ministérielle qui viserait à interdire cette collation. Dans un communiqué, il évoque les problèmes de certains enfants souffrant de carences alimentaires et rappelle que "l'éducation à l'alimentation et à la santé est une préoccupation importante des enseignants". "L'accueil, les récréations, les temps de repos, les goûters, la restauration scolaire sont des temps d'éducation organisés et exploités dans cette perspective par ceux qui en ont la responsabilité", ajoute-t-il. - L'Association Amalthée a mis en doute, dans un communiqué, les bases scientifiques de l'enquête. "Comment oser dire que les milliers d'enfants des quartiers sensibles mangent à leur faim et comment affirmer qu'il n'y a pas de carence calcique alors que l'ostéroporose fait des ravages?", dit-elle. "Supprimer le lait à l'école, c'est couper le dernier lien qui unit la jeunesse à une alimentation saine et traditionnelle" et "organiser des petits déjeuners pour les seuls enfants en difficulté, cela revient à les stigmatiser définitivement".
L'UFC-Que Choisir s'est félicité de cet avis de l'AFSSA, déclarant " Cet avis est particulièrement important dans le contexte de l'augmentation de la prévalence du surpoids et de l'obésité actuellement estimée à 16% pour les enfants en âge scolaire." en espèrant que les recommandations de l'AFSSA seront rapidement mises en oeuvre.
Avec AFP
Pour compléter votre information voici les conclusions de l'Avis de l'AFSSA
L’Afssa estime que : - La collation du matin à l’école, de par sa composition, son horaire, son caractèresystématique et indifférencié, n’est pas justifiée et ne constitue pas une réponse adaptéeà l’absence de petit déjeuner. Le souci de pallier l’insuffisance des apports matinauxobservée chez une minorité d’enfants aboutit à un déséquilibre de l’alimentation et à unemodification des rythmes alimentaires de la totalité des écoliers et cette prise alimentairesupplémentaire est à l’origine d’un excès calorique qui ne peut que favoriserl’augmentation de la prévalence de l’obésité constatée depuis 30 ans chez les enfants d’âge scolaire en France ; - L’objectif du PNNS visant à augmenter la consommation de fruits et légumes dans toutesles tranches de la population est une nécessité de santé publique.
Toutefois, afin de nepas générer des comportements favorisant le grignotage, la distribution de fruits à l’écoledevrait être renforcée dans le cadre de repas structurés (petit déjeuner, déjeuner, goûter) ;
- La distribution de lait n’est pas justifiée : d’une part, il n’existe pas d’insuffisance d’apportcalcique au sein de la population concernée par la collation du matin, d’autre part, lescollations à base de lait représentent une part trop importante de la ration calorique journalière ; - Afin de prendre en compte la diversité des situations, on pourrait proposer de nedistribuer qu’aux seuls enfants qui ne l’auraient pas pris, et ce dès l’arrivée à l’école etavant le début de la classe, un petit déjeuner équilibré dont la composition seraitconforme aux instructions de la circulaire sur la restauration scolaire. La mise en placed’une telle mesure devrait s’adapter à la diversité des situations locales et devrait résulterd’une analyse au cas par cas de la faisabilité du projet ; - Les événements festifs autour de l’alimentation, lorsqu’ils gardent leur caractèreexceptionnel, offrent aux enfants des moments de convivialité, de partage et dedécouverte de la diversité des plaisirs alimentaires. Il est alors souhaitable de regroupermensuellement les goûters d’anniversaire ; - Une éventuelle association entre des activités pédagogiques et une prise alimentaire,visant notamment à stimuler la consommation de fruits, est envisageable de manièreponctuelle, par l’organisation de repas structurés éducatifs, mobilisant non seulement les enfants mais aussi les familles. Le guide alimentaire du PNNS destiné aux parentsd’enfants et d’adolescents, en cours de rédaction, constituera un outil supplémentaired’information et d’éducation. Toutefois, malgré la qualité des outils pédagogiques proposés par les industriels de l’agroalimentaire, il est souhaitable que leur utilisationdans le cadre de projets éducatifs soit bien cadrée de manière à éviter la diffusion de tout message promotionnel. - des actions de communication et d’information, auprès de l’ensemble des acteurs du milieu scolaire, sont nécessaires pour une bonne appropriation des arguments en faveur du caractère injustifié et inadapté de la collation du matin.
Cyberagri - Source AFSSA
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