Dans le cadre du programme « Porcherie verte », une équipe de chercheurs de l’INRA (1)a mis au point deux nouvelles méthodes, simples et rapides permettant d’obtenir une information sensorielle à la fois qualitative et quantitative. Ces travaux ont d’ailleurs fait l’objet d’une publication (2)et ont été présentés lors des Journées de la Recherche Porcine en février 2004.
La première méthode est une analyse sensorielle. Elle consiste à piéger les effluves sur site dans une phase lipidique : une boite de pétri contenant une graisse désodorisée de très faible odeur et visqueuse à température ambiante.
Après piégeage sur site, les boites sont analysées au laboratoire par dix juges. Parmi les neuf descripteurs sensoriels utilisés, « intensité globale », « porcherie » et « fécal » sont les plus significatifs. Les intensités sur site et dans les boites étant qualitativement très proches, les chercheurs ont pu classer les élevages en trois classes : odeurs très fortes (post-sevrage et engraissement sur caillebotis), moyennes (truies allaitantes sur caillebotis) et faibles à très faibles (engraissement et post-sevrage sur litière).
D’autre part, une deuxième méthode nommée micro-extraction en phase solide permet aux chercheurs de collecter les effluves sur site afin d’estimer les nuisances. Le dispositif est très simple : une sorte de seringue munie d’un embout poreux absorbe les composés organiques volatils présents dans l’atmosphère des élevages.
Couplée à la spectrométrie de masse, la méthode délivre leur composition détaillée. Plus de 250 substances ont ainsi pu être identifiées. Certaines sont associées aux nuisances olfactives ressenties dans les situations post-sevrage sur caillebotis, en particulier des acides carboxyliques (odeur de vomi, de pieds…) ; d’autres, aux situations d’engraissement sur litières, comme des composés terpéniques (sans rôle odorant dans les nuisances). D’une manière plus générale, la présence conjointe de composés soufrés, d’acides gras volatils, d’indoles, de composés aromatiques et furaniques contribue à l’odeur des porcheries mais n’explique pas tout...
Parallèlement, des analyses de chromatographie olfaction conduites à l’INRA ont mis en évidence l’existence d’au moins deux molécules différentes de celles précédemment citées et dont les odeurs fécales extrêmement intenses correspondent exactement à l’odeur persistante du lisier après épandage. Ces substances, probablement des hétérocycliques, sont détectées en quantité infime ; ce qui complique l’élucidation de leur structure. Les chercheurs tentent à présent de les identifier pour, à terme, mieux comprendre leurs origines biochimiques afin de réduire ou d’empêcher leur bio-production.
Une fois complètement mis au point et validés, les outils développés pourront être utilisés soit pour estimer de façon instrumentale, soit mieux caractériser aux plans chimique et sensoriel, les nuisances olfactives dans tout site, d’élevage ou même industriel.
Alban Moyaux - Cyberagri d'après INRA
1 Station de recherches sur la viande, département Caractérisation et élaboration des produits issus de l’agriculture, centre INRA de Clermont-Ferrand – Theix – Lyon ; et Unité mixte de recherches INRA-ENSAR sur le veau et le porc, département Physiologie animale et systèmes d’élevage, et département Alimentation humaine, centre de Rennes.
2 « Characterisation of volatile effluents of livestock buildings by solid-phase microextraction », F. Begnaud, C. Peres et J.-L. Berdagué, International Journal of Environmental analytical chemistry, 83 (10) : 837-849 oct 2003.
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