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Actualité Elevage
Reportage - Compost : la maturation d’un nouveau procédé

   [ 01/03/2005 9:22 ] Pour traiter leurs effluents d’élevage, deux aviculteurs finistériens ont mis au point leur propre système de traitement. Fort du succès du prototype, ils envisagent désormais la commercialisation du procédé.


   « La meilleure défense, c’est l’attaque », souligne le dicton populaire. Fidèles à cet esprit, François et Benoît Riou ont choisi de tirer parti de l’obligation qui leur était faite de traiter les fientes de leur élevage de dindes de chair. A travers la création de Valorg Elorn, société spécialisée dans le compostage, la contrainte réglementaire s’est muée en atout économique.

Pour ce père et ce fils installés en Gaec à Saint-Servais (29), l’aventure a débuté il y a déjà plusieurs années. « Nous avons 6 000 m² de poulaillers, explique Benoît Riou. Cela représente 700 à 800 tonnes de fumier par an. En 2000, nous avons commencé à le transformer en compost en incorporant des déchets verts ». Un ajout de branchages qui vise à « diluer » quelque peu le très riche fumier de volailles et contribue également à structurer le compost.
Côté commercialisation, les deux aviculteurs n’ont rencontré aucune difficulté. En effet, avec la proximité de la zone légumière nord-finistérienne, le débouché était tout trouvé.

Un principe simple
« On a débuté en faisant des andains. Le retournement était réalisé avec l’épandeur. Mais très vite, on s’est aperçu que c’était une méthode très contraignante, souligne François Riou. Nous avons donc commencé à réfléchir à un procédé qui serait plus fonctionnel, moins gourmand en temps et qui permettrait de pérenniser cette activité ».

Internaute averti, Benoît Riou traque sur Internet toutes les informations disponibles. Et peaufine son propre système de compostage, en s’inspirant d’équipements utilisés dans le monde industriel.

Le principe est simple. Le fumier, humidifié au préalable afin de favoriser la fermentation, est placé dans une cellule couverte, dont le sol bétonné est parcouru de gaines de ventilation perforées à intervalles réguliers. « Lors du chargement de la cellule, nous travaillons en surpression, pour éviter de colmater les orifices d’aspiration. Une fois cette opération réalisée, le programme de ventilation est lancé ». L’air, en circulant à travers le fumier, favorise la fermentation. Un système de sondes assure une surveillance très précise de la montée en température du produit. Et dans le même temps, permet à l’ordinateur qui pilote le tout, de moduler au mieux les différentes phases de ventilation. Au terme des 6 semaines passées en cellule, le compost est transféré dans le hangar de maturation où il achève sa transformation. Hygiénisé, désodorisé, le produit final a l’aspect de l’humus.

Une traçabilité parfaite
Le procédé de compostage élaboré par Valorg Elorn dispose de sérieux atouts. A commencer par la parfaite traçabilité qu’autorise une méthode entièrement informatisée. « Un numéro de série est attribué à chaque lot de fumier qui arrive sur la plate-forme, souligne Benoît Riou. Et comme tous les paramètres de température et de ventilation sont archivés automatiquement tout au long du processus, il est possible de retracer très précisément les étapes du traitement ». Et donc de s’assurer, si besoin est, que, lors de la transformation, la température a bien été maintenue au niveau nécessaire pendant une durée suffisante pour garantir, à la sortie, un compost parfaitement sain.

Le système est également des plus souples : il permet ainsi de traiter fumier de volailles, lisier de porcs, boues de station d’épuration, pour produire, au choix, un compost à la norme « NFU 44-051 » ou un amendement organique très concentré pour exportation hors de la région.

Avec le concours financier du Crédit Mutuel de Bretagne, une première plate-forme prototype a été réalisée. En bordure de la quatre voies Brest-Morlaix, sur un site de plus de 2 hectares, s’élèvent désormais 4 cellules de compostage d’une capacité de 600 mètres cubes chacune ainsi qu’un vaste hangar de maturation de 960 m². En contrebas des bâtiments, a été construite une fosse (600 m3) qui permet à la fois de collecter les jus de lixiviation et de stocker le lisier en attente de traitement. « Tout ce qui entre sur la plate-forme est valorisé, insiste Benoît Riou, il n’y a pas de déchets ultimes ». Et très prochainement, un dispositif de « lavage » de l’air va être greffé sur le système de ventilation. Son rôle ? Piéger la quasi-totalité d’ammoniac et d’hydrogène sulfuré présents dans l’air rejeté. Valorg Elorn anticipe ainsi un éventuel durcissement de la législation.

Un coût compétitif
Depuis un an, la plate-forme de Saint-Servais fonctionne et donne toute satisfaction à ses concepteurs. Outre le fumier des poulaillers du Gaec Riou, elle transforme également, en sous-traitance, le lisier de porcs et le fumier de dindes de 2 agriculteurs de la Cuma de Saint-Servais. « Et pour les déchets verts, nous avons un contrat avec la communauté urbaine de Brest ». Forts de leur expérience réussie, Benoît et François Riou espèrent désormais pouvoir commercialiser leur procédé de compostage. « Pour notre plate-forme, l’investissement a été de l’ordre de 360 000 euros. Les subventions de l’Agence de l’eau, du Conseil général et du Conseil régional devraient en couvrir près de la moitié. En déclinant le procédé à partir de notre prototype, le coût de traitement sera très compétitif ». La formule en tout cas intéresse : les demandes de renseignements affluent. 

Contact : Valorg Elorn, Leslem, 29 400 Saint-Servais. Mail : riou29@wanadoo.fr

Une démarche distinguée
Le procédé de traitement des effluents d’élevage par compostage mis au point par Benoît et François Riou a reçu le prix de la Fondation Pierre Sarrazin (Pioneer Semences, Céréaliers de France, Coopératives françaises) et le prix départemental de Créagri, le Challenge du « Mieux-être en agriculture » organisé par le Crédit Mutuel de Bretagne, le quotidien Ouest-France et le Conseil régional.

 

 



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