A la demande de la Direction Générale de l’Alimentation, de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes et de la Direction Générale de la Santé, l’Afssa a procédé à une analyse des risques liés aux encéphalopathies subaiguës spongiformes transmissibles (ESST) dans les filières petits ruminants, des forces et faiblesses du dispositif actuel.
Cet avis est une réactualisation de l’avis de l’Afssa de février 2002 sur le même sujet compte tenu des éléments nouveaux sur ce dossier, à savoir :
1. La présence désormais avérée d’une souche d’ESST indistinguable de celle de l’ESB chez une chèvre ; 2. L’évolution des connaissances scientifiques notamment en matière de distribution de l’agent infectieux dans les tissus périphériques ; 3. L’évolution de la nature et des performances des outils de dépistage des ESST chez les petits ruminants ; 4. La mise en évidence de cas de tremblante atypique. Compte tenu des éléments scientifiques disponibles, l’Afssa confirme son avis de 2002, à savoir que :
Le retrait des Matériels à Risque Spécifiques (MRS), n’offre pas à lui seul le même niveau de garantie de maîtrise des risques d’exposition aux maladies à prion pour le consommateur, comparé au risque ESB chez les bovins. En effet, alors que l’agent infectieux reste localisé dans certains tissus chez les bovins, l’infectiosité est plus diffuse chez les petits ruminants ;
Il n’est pas possible de garantir le même niveau de sécurité au lait et aux produits laitiers provenant de petits ruminants que celui concernant le lait et les produits laitiers issus de bovins. Ce constat diffère des conclusions de l’avis de l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (AESA) rendu sur le même sujet en novembre 2004.
En outre, l’Afssa considère que : Le dispositif actuel de dépistage des ESST chez les petits ruminants ne permet d’identifier qu’une faible fraction des cheptels infectés car : • Le dépistage n’est pas exhaustif mais résulte d’une démarche fondée sur des sondages ; • L’absence de tests sur les tissus périphériques (ganglions) affaiblit l’efficacité du dépistage qui n’est actuellement pratiqué que sur le système nerveux central.
La mise en évidence, chez les petits ruminants, d’isolats présentant des caractéristiques atypiques, différents de l’ESB, représente un enjeu nouveau d’autant plus que certains tests ne permettent pas de les détecter.
Parmi les évolutions possibles du dispositif de lutte contre les ESST chez les petits ruminants le Comité d’experts de l’Afssa propose différentes options en examinant, pour chacune, ses avantages et ses inconvénients : Diminuer progressivement et globalement l’exposition des consommateurs avec une attention spécifique vis-à-vis du risque ESB, ce qui supposerait : (1) d’optimiser le système d’identification des petits ruminants ; (2) de fixer comme objectif prioritaire l’identification des troupeaux atteints d’ESST par un dépistage systématique de tous les troupeaux selon un échantillonnage pertinent au sein de chacun appliqué aux animaux de réforme et aux cadavres, en utilisant les tests classiques associés à des tests de discrimination entre ESB et tremblante ; (3) d’adapter les mesures de police sanitaire selon qu’il s’agit d’ESB (abattage total du troupeau) ou non (mesures alors variables en fonction de l’espèce chèvre ou mouton) ; (4) de définir des conditions de qualification des troupeaux à risque marginal d’infection par une ESST ; (5) de favoriser l’application des plans d’amélioration génétique visant à augmenter la résistance des troupeaux ovins aux souches classiques de tremblante et d’ESB ;
Diminuer rapidement le niveau d’exposition du consommateur en fournissant une garantie individuelle de salubrité des produits, ce qui supposerait : (1) de tester chaque carcasse destinée à la consommation humaine (cerveau et tissus périphériques) et d’évoluer progressivement vers la qualification de troupeaux dont les animaux seraient destinés à la consommation; (2) d’organiser la collecte du lait à partir de tous les troupeaux au sein desquels il aura été possible d’écarter l’ESB ; (3) d’adopter des mesures équivalentes pour les produits importés en provenance de pays de statut équivalent.
Le comité d’experts de l’Afssa souligne que les différentes objectifs assignables à la lutte contre les ESST des petits ruminants devraient être précisés en matière de santé publique (lutte vis-à-vis de l’ESB) et de santé animale (cas classiques de tremblante) de façon à ce que le Comité puisse conduire une analyse scientifique des différentes options de gestion envisagées par les autorités sanitaires.
En tout état de cause, l’Afssa considère que le dispositif actuel est inadéquat par rapport à la réalité de la situation épidémiologique actuelle et estime que l’évolution des connaissances et des outils de dépistage depuis 2002 permet désormais de proposer des mesures complémentaires à ce dispositif.
Source Afssa
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