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Analyse des perspectives de la filière des biocarburants : Comment va évoluer la structure des marchés?

   [ 16/06/2006 12:42 ] La filière des biocarburants encore naissante est actuellement en pleine ébullition. Des avancées diverses, aux niveaux technique, réglementaire, organisationnelle… montrent l’intérêt croissant que portent les professionnels et les particuliers à ce type de produit. Toutefois, son expansion reste à la merci des impulsions nationales et européennes … Ce marché reste sous influence et mérite toute notre attention pour analyser les flux sur le court et le long terme.


   Sur le court terme : les objectifs d’incorporation font la loi !

La France tient à tout prix à rattraper son retard.
Longtemps devancée par l’Allemagne, dont la production de biodiesel était en 2004 trois fois supérieure à la sienne, la France met actuellement tout en œuvre pour devenir à son tour un des leaders de la filière des biocarburants.

Longtemps basée sur la directive européenne de 2003, définissant par période les objectifs d’incorporation de biocarburants dans les carburants conventionnels, la politique française vouée au développement des bioénergies présente déjà de nouvelles ambitions plus prometteuses. L’intervention en septembre dernier de Dominique de Villepin a constitué un des éléments initiateurs de cette nouvelle dynamique. Elle s’est traduite par une réévaluation des objectifs d’incorporation nationaux (cf. tableau ci-dessous). Ainsi, le taux de mélange de 5,75 % qui devait à l’origine être atteint à l’horizon 2010, devra être respecté d’ici deux ans. 

Pour atteindre ces objectifs,  le gouvernement renouvelle ses appels d’offre d’agréments. Les derniers agréments ont été attribués à la fin du mois de Février dernier et ont directement été suivis par le lancement d’un nouvel appel d’offre portant sur 1,1 millions de tonnes, dont 950 000 tonnes de biodiesel et 350 000 tonnes de bioéthanol. 

« Avec ces nouvelles directives et l’accélération des décisions d’ici 2008, ce sont plus de 900 000 tonnes de bioéthanol qui seront attribuées aux usines de production et près de 3,2 millions de tonnes de biodiesel soit l’équivalent de la production actuelle de l’UE à 25 » Précise Hélène MORIN, Responsable des Biocarburants chez AGRITEL.

En conséquence, les projets d’usines fleurissement un peu partout en France et surtout à proximité des raffineries. Chez Diester Industrie, trois nouveaux projets à Grand Couronne, à Bordeaux et à Coudekerque ont été dévoilés. Dans la filière éthanol, Téréos et Soufflet ont également annoncé la mise en place de nouvelles unités.

D’autre part, les industriels misent aussi sur le développement des biocarburants moins connus tels que l’EEHV substituable avec l’EMHV et, qui présente l’avantage de pouvoir être fabriqué uniquement à partir de produits d’origine agricole (huile + bioéthanol) contrairement à l’EMHV qui nécessite l’ajout de méthanol.

Avec ces nouvelles perspectives, à l’horizon 2008, la production française totale de biocarburants s’élèvera à plus de 4 millions de tonnes et sera trois fois supérieure à celle de 2006. La France se positionnera ainsi dans le trio de tête avec l’Allemagne et l’Espagne bien loin devant certains autres pays européens.

Une Europe à deux vitesses qui projette de s’harmoniser
En Europe, l’intérêt porté aux énergies vertes n’est pas aussi marqué dans tous les Etats Membres. Certains pays sont en effet à la traîne, bien loin de l’objectif des 2% prévu pour 2005. En effet, celui ci n’a pas été atteint globalement en UE malgré une hausse de 65 % de la production du biodiesel à 3,2 millions de tonnes. Ainsi, certains pays comme l’Angleterre affichent peu d’enthousiasme pour ce secteur et se basent sur un taux d’incorporation proche de 2% mais seulement à l’horizon 2007.
Parmi les Nouveaux Etats Membres, les disparités sont également importantes. Elle varie du simple au centuple, avec en bas de tableau des pays tels que La Hongrie ou Chypre et en haut du tableau la Pologne et la Tchéquie qui à deux totalisent 8% de la production totale européenne.
Pour remédier à ce manque d’harmonisation entre pays, l’équipe AGRITEL souligne que : « l’UE parle de modifier sa réglementation en accentuant les objectifs communautaires d’incorporation. Ils passeraient ainsi de 5,75 % en 2010 à 8 % en 2015. De plus, elle pourrait rendre ces taux obligatoires plutôt que de les donner à titre indicatif ! »

Sur le long terme : Le développement plafonne !
Pour conserver ses objectifs de croissance, la filière des biocarburants en Europe et en France devra répondre à différentes contraintes d’ordre agronomique, technique, concurrentielle voire même éthique. Ces efforts permettront de faire fructifier les outils de production et les stations de distribution, mais il est difficilement envisageable que les biocarburants s’accaparent d’un approvisionnement du marché des carburants supérieur à 30%. De nombreux freins viendront en effet contrer cette hypothèse.

Des contraintes en terme de surfaces
Dans le cadre d’un approvisionnement à l’échelle nationale, les objectifs annoncés du gouvernement impliquent une augmentation des superficies dédiées aux cultures énergétiques.
Pour la filière bioéthanol, les surfaces actuelles suffiront à répondre aux ambitions nationales. Dans le cadre d’une production basée à 70% sur le blé et 30% sur les betteraves. Cette filière ponctionnera en effet à l’horizon 2008, 5% des surfaces actuelles de blé et 11% de celles des betteraves.

D’après les estimations d’AGRITEL, le volume de blé nécessaire à la production de bioéthanol nécessiterait le transfert vers le secteur des bioénergies de moins de 20 % des exportations totales françaises atteignant 15,2 millions de tonnes en 2005/2006. Cette situation aurait un double intérêt : assurer l’approvisionnement en amont des usines et diminuer en partie le montant des subventions octroyées par l’UE aux exportations.
A l’inverse, la situation s’avère plus critique dans le secteur du biodiesel où, les surfaces nécessaires en colza seront supérieures de 40% à celles actuellement ensemencées. L’utilisation des surfaces en jachère pourrait néanmoins remédier à cette insuffisance.
« Pour le biodiesel, les 480 000 hectares manquant pourrait facilement être comblés puisqu’ils ne représentent que 26 % des surfaces arables en jachère. Par contre, à  l’horizon 2015, la totalité des surfaces de culture au repos ne devrait pas suffire »  Affirme Michel PORTIER Directeur d’AGRITEL à compenser le manque de surfaces           pour la filière du Biodiesel. »
 
Une alternative pour satisfaire les besoins de la filière biodiesel serait alors de revoir la structure de marché et notamment la gestion des débouchés et des importations des oléagineux. Des modifications ont d’ailleurs déjà été observées en ce sens.

Des adaptions de marché nécessaires mais limitées. 

L’UE a déjà augmenté ses importations de canola et colza en provenance notamment du Canada et de l’Australie. Alors qu’aucune transaction n’a eu lieu entre Août 2004 et Février 2005, l’UE a acheté sur la même période cette année près de 160 000 tonnes australiennes et 1 000 tonnes canadiennes. Ces importations sont néanmoins encore limitées par des réglementations sur la qualité des produits. Ainsi, la levée de l’interdiction des importations de canola OGM à destination de la filière des biocarburants est de plus en plus discutée.

Sur les marchés des huiles, des changements remarquables s’opèrent aussi : l’UE est devenue un importateur net d’huile et de graisses devant l’Inde et la Chine. AGRITEL souligne qu’ « entre 2004/2005 et 2005/2006 les importations d’huile de colza ont plus que quintuplé faisant entre autre appel aux huiles d’origines canadiennes ».

D’autres évolutions, identifiées par AGRITEL, pourraient s’avérer nettement plus pénalisantes pour les producteurs européens. Des importations directes d’huile de palme, dont le prix (≈ 410 $/tonne) peut être deux fois inférieur à celui de l’huile de colza, pourraient par exemple rapidement séduire le Royaume Uni qui s’est déjà montré intéressé par les importations d’origines malaisiennes.
Ces aspects pourront toutefois être contenus par l’investissement de la Malaisie à son tour dans la filière des biocarburants pour sa consommation propre. En Août 2006, elle ouvrira en effet sa première unité de biodiesel… Ce qui augmentera sa consommation intérieure d’huile de palme ! 

En poussant le raisonnement à l’extrême, les importations pourraient même être dangereuses pour les producteurs qui redoutent de ne pas pouvoir bénéficier correctement du développement de la filière. Des inquiétudes apparaissent notamment sur l’importance des importations de biodiesel et d’alcool. Des mesures fixant un plafond d’importations à un pourcentage des ventes de biocarburants ont déjà été proposées. Elles s’apparentent aux systèmes existant aux Etats-Unis où les importations sont restreintes à 7% des ventes.

Source -  Document conférence de presse Agritel du 15/06/06



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