Associer davantage les fourrages pour la qualité et la rentabilité des produits laitiers et des viandes
[ 18/07/2006 10:40 ] La dernière conférence organisée par ARVALIS - Institut du végétal et la Convention maïs fourrage a permis de faire un point sur l’importance de l’équilibre alimentaire dans la ration des vaches laitières. A part les mois du printemps où les troupeaux ont une herbe fraîche et riche en nutriments, les producteurs doivent mettre en œuvre - environ 8 mois sur douze - la meilleure complémentation pour optimiser leurs résultats qualitatifs et économiques. En fait, tous les fourrages sont importants : ils ne s’opposent pas… ils se complètent.
Développer une synergie entre les fourrages
Plus de 90 % des exploitations laitières doivent améliorer leurs revenus en produisant sur l’exploitation ou en achetant sur le marché des matières premières et des fourrages qui assureront une bonne alimentation du troupeau et un maximum de bénéfices.
« L’apport du maïs fourrage au profit de la qualité des produits laitiers et de la viande est bien réel. Au regard de la diversité des demandes qualitatives des filières bovines, le maïs fourrage, c’est bien sûr de l’énergie mais c’est aussi la possibilité de répondre à toutes les exigences de l’éleveur grâce à une complémentation adaptée » a déclaré Bertrand CARPENTIER, Ingénieur maïs fourrage, ARVALIS - Institut du végétal.
Il convient d’identifier et de segmenter les démarches
Chaque utilisateur recherche une « qualité spécifique »… et celle du transformateur n’est pas celle du consommateur ! En fait, il existe plusieurs notions de « qualité »… Ainsi, par exemple, si le taux protéique est important pour une fromagerie… c’est un critère qui n’intéresse pas le consommateur qui va plutôt regarder l’aspect et le goût du fromage.
« Il convient de rester modeste face à cette notion de qualité. Ainsi, l’alimentation des animaux plus ou moins riche en herbe, en maïs fourrage, en luzerne, en tourteau de colza, en lin… permettra de fournir des laits avec des valeurs différentes pour la fabrication de produits laitiers variés. Mais au-delà de la qualité du lait ou de la viande, il ne faut pas sous estimer le savoir-faire des transformateurs. Ainsi l’affinage des fromages et la maturation des viandes jouent un rôle prépondérant pour satisfaire les consommateurs » a souligné Christophe CUIGNET, Expert Consultant - Filières animales.
Trois exemples :
Pour la production de beurre, on peut retenir deux critères : couleur et dureté. Une alimentation à base de maïs complémentée avec du soja engendre des beurres durs, cassants, et de couleur assez blanche, ce qui correspond à la qualité recherchée par les fabricants de pâte à tarte par exemple. Pour répondre à d’autres demandes (beurre plus tendre, plus jaune), il est possible de modifier la couleur par l’apport de luzerne et la dureté à l’aide de tourteaux de colza, en substitution du soja. En production de fromage, les qualités fromagères des laits, et notamment le rendement fromager, sont directement liées au niveau énergétique de la ration. Les différences sont substantielles et peuvent atteindre 10 - 15% de mieux pour le maïs fourrage par rapport à certains systèmes herbe. Les qualités organoleptiques sont sous l’influence majeure de l’affinage et de la complémentation.
En production de viande, l’impact des fourrages demeure faible. Néanmoins, les publications sur le sujet concluent que l’apport de maïs fourrage améliore légèrement les principales qualités des viandes (couleur, flaveur, tendreté, gras).
Luzerne et maïs fourrage, une complémentarité à exploiter
Les qualités de la luzerne déshydratée sont reconnues par les nutritionnistes. Elle est riche en protéines, en fibres digestibles, en Oméga 3 et en oligo-éléments. Par ailleurs, sa valeur alimentaire est stable, connue… et elle est facile à stocker et à distribuer.
« En effet, la luzerne déshydratée apporte un grand nombre de nutriments essentiels mais en plus, elle permet de sécuriser toute l’énergie du maïs fourrage en évitant le risque d’acidose. En fait, l’éleveur peut obtenir plus de 1 kg de lait par jour et par vache en diminuant le taux de matière grasse et sans réduire le T.P» a indiqué Sandrine LEBOIS, Ingénieur Conseil, SNDF (Syndicat National des déshydrateurs de France)
Face au soja, le tourteau de colza devient une alternative efficace.
Aujourd’hui, le tourteau de colza est disponible partout, tout au long de l’année… et son rapport qualité/prix intéresse les éleveurs. En effet, les études montrent bien qu’il permet, notamment avec les rations à base de maïs fourrage, d’enrichir la qualité du lait en acides gras insaturés. Effectivement, remplacer le tourteau de soja par du tourteau de colza, c’est augmenter les teneurs en acides linolénique et linoléique des rations (Sources : HOUSSIN et al. 2004, SCHMIDELY 2004).
« Avec seulement 2% de matière grasse dans le tourteau de colza, apporté en quantité significative (environ 5kg/vache/jour) sur des rations avec du maïs fourrage, on assiste à une diminution de la teneur en acides gras saturés au profit des acides gras mono et poly-insaturés. De ce fait, le tourteau de colza améliore la valeur santé du lait » a affirmé Katell CREPON, Ingénieur Agronome, PROLÉA.
Pour défendre le revenu des éleveurs, il convient de préconiser une alimentation riche et équilibrée du troupeau. Dans ce contexte, chaque fourrage compte et le maïs fourrage plus que jamais, apporte de l’énergie et de la sécurité quelques soient les années (sécheresse, stock hivernal, etc.). Au final, la valeur ajoutée d’un élevage dépend bien d’une certaine quantité avec une certaine qualité.