 | | [ 15/11/2007 11:45 ] Au gré des saisons, ils sèment, contrôlent la pousse, entretiennent leurs parcelles, récoltent… Moitié marins, moitié paysans, les ostréiculteurs de la Baie du Mont Saint-Michel cultivent leurs huîtres plates en eau profonde. |
Le jour n’est pas encore levé, mais au Vivier-sur-Mer (35) l’activité bat déjà son plein. Autour des hangars du port, les conchyliculteurs s’affairent en échangeant quelques mots. Dans la fraîcheur automnale, les respirations forment des volutes de fumée.
Pas de temps à perdre. Aujourd’hui, c’est morte-eau (une marée de petit coefficient) et la météo est clémente : des conditions idéales pour draguer les huîtres. A bord des Hermelles, un navire amphibie ostréicole de 12 mètres de long pour 5,50 mètres de large financé avec le concours du CMB, le programme de la matinée est clair : remplir de Belons - l’appellation n’est pas limitée au seul Finistère ! - les 20 containers qui, pour l’instant, s’empilent sur la plage arrière.
Joël Patois, ancien patron pêcheur reconverti dans l’ostréiculture, prend la barre du bateau. A ses côtés : François Salardaine, l’un de ses associés dans la société Belon des Hermelles, et Mickaël Boizart.
Après avoir parcouru quelques centaines de mètres sur l’asphalte, le bateau emprunte le chemin qui longe la plage puis traverse l’estran. Sans heurts, il pénètre dans l’eau et commence à flotter. Les roues cessent de tourner puis viennent s’encastrer dans la coque, c’est au tour de l’hélice de prendre le relais. Cap sur la concession exploitée par la Belon des Hermelles, située un peu plus au large, dans l’Est de la Baie.
Leçon de drague Le pilote automatique enclenché, le navire taille sa route à plus de 6 nœuds, sans forcer dans une mer calme. A tribord, la silhouette du Mont se détache sur l’horizon rougeoyant du soleil levant. Après une petite demi-heure de convoyage, l’équipage arrive enfin sur zone. A la surface, des bouées de couleur délimitent les pourtours des 8 concessions en eau profonde que compte la Baie. « Nous sommes 5 sociétés à travailler ainsi, explique François Salardaine. La taille moyenne des concessions avoisine la centaine d’hectares. Avec une production annuelle d’environ 1 000 tonnes, la Baie représente près de 80 % de la production nationale de plates en eau profonde ». Dans la cabine, Joël Patois affine les réglages de l’ordinateur de bord. A l’écran, s’affichent les contours des 110 hectares exploités par la Belon des Hermelles, la position du navire en temps réel et les traces des précédents dragages. A la poupe du navire, Mickaël Boizart s’installe aux commandes de la grue, prêt à mettre la drague - filet à armature métallique - à l’eau.
« Vas-y, file ! ». Au commandement, la drague plonge vers le fond pour le premier traict de la matinée. A la vitesse de 2 nœuds, le bateau commence à ratisser le fond. Un œil rivé sur l’écran, les mains sur la barre, Joël Patois s’applique à rester dans un couloir étroit. Lorsque l’extrémité de la parcelle apparaît sur la carte électronique, aussitôt retentit l’ordre « Vire ! ». La drague est remontée à bord, pleine aux trois quarts. Avec dextérité, Mickaël Boizart la place à l’aplomb du pont. La mâchoire s’ouvre, la récolte se déverse dans un container. Ce premier coup de drague est prometteur : les Belons sont de belle taille, il y a même quelques « pieds de cheval » ! « Aujourd’hui, nous pêchons dans la partie des 3 ans, explique François Salardaine. Notre concession est divisée en trois parcelles que l’on appelle des carrés, même s’il s’agit en réalité de rectangles. Il y a un carré des huîtres de un an, un autre pour les deux ans et le dernier pour les trois ans, conformément au cycle de production ». L’entreprise réalise elle-même le captage des jeunes huîtres, en été, en Baie de Quiberon. « Nous utilisons des fragments de coquilles de moules. Les larves se fixent sur ce support. Et le naissain ainsi capté est semé au printemps suivant - l’huître a alors la taille d’un ongle - en Baie du Mont Saint-Michel où les coquillages poursuivent leur croissance ».
La star des plateaux
A l’instar de l’agriculteur, le bon ostréiculteur ne se contente pas de semer puis d’attendre que cela pousse. « Il est important de travailler les carrés. Chaque vendredi, si le temps l’autorise, on passe la herse. Cela permet de désensabler les huîtres, de les retourner et aussi de favoriser la pousse », souligne Joël Patois. Midi. Sur le pont, les containers sont enfin remplis. Avant de rentrer au port, l’équipage effectue un traict dans le carré des 2 ans, histoire de jauger l’allure de la prochaine récolte. Un rapide coup d’œil sur le contenu de la drague et les futures stars des plateaux - de fruits de mer… - retrouvent leur élément. Cap sur le Mont Dol. Lesté de sa précieuse cargaison, le bateau regagne la côte. « En brut, on a récolté 7 000 à 8 000 kilos. Au final, après nettoyage, cela fera près de 4 tonnes d’huîtres commercialisables ». Une bonne journée pour la Belon des Hermelles qui, cette année, devrait expédier quelque 300 tonnes d’huîtres plates du Mont Saint-Michel à travers la France.
Jean-Yves Nicolas
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