"Ce n'est pas une surprise et cela confirme nos craintes. Le prix du lait sera très élevé cette année car la demande mondiale de produits laitiers continue de progresser", a déclaré lundi à l'AFP Olivier Picot, président de l'Association de la transformation laitière (Atla) qui regroupe industriels privés et coopératives. Le prix payé aux producteurs va augmenter de 26% au deuxième trimestre, selon la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), après 20% au quatrième trimestre 2007 et 37% durant les trois premiers mois de cette année. L'industrie laitière estime "à près de 1,5 milliard d'euros l'impact de cette augmentation dans ses prix de revient" car le lait représente entre 50% et 90% des coûts des différents produits laitiers. Les consommateurs devraient ainsi cette année payer leurs produits laitiers entre 5% et 10% plus chers, "à condition que les distributeurs fassent des efforts", estime M. Picot. Selon Atla, une hausse de 10% représente en moyenne une dépense supplémentaire de 6 euros par mois pour un ménage. La tension est toujours très forte entre industriels et distributeurs pour répartir, en rognant sur leurs marges, l'impact de cette explosion des prix. Ainsi fin janvier, les centres Leclerc avaient annoncé le retrait de leurs rayons de six articles très connus de grandes marques, parmi lesquels les boîtes de 12 fromages La Vache qui rit (groupe Bel), en accusant les industriels de leur imposer des tarifs trop élevés. Ils sont depuis revenus sur leur décision. La consommation française de produits laitiers, l'équivalent de 371 kg de lait entier par habitant en 2006, est déjà en baisse de 7% par rapport à 1997, selon une étude du ministère de l'Agriculture, à cause surtout de la consommation de lait liquide (-20%) et de beurre (-12%). Deuxième pays producteur européen avec un peu moins de 23 milliards de litres par an fournis par 3,8 millions de vaches et 90.000 producteurs, la France, qui a perdu 50.000 producteurs en 10 ans, n'arrive même plus à réaliser le maximum du "quota" qui lui a été accordé par l'Union européenne. Or le contexte mondial a changé, depuis l'instauration en 1984 des quotas laitiers pour lutter contre la surproduction, avec une explosion des prix agricoles et alimentaires, conséquence notamment d'une demande en forte hausse des pays émergents comme l'Inde ou la Chine, où le développement économique change les habitudes alimentaires. Aussi l'UE a donné son feu vert à une augmentation de 2%, à partir d'avril, de la production de lait malgré les réticences de plusieurs pays, dont la France, qui craignent un retour de bâton pour la profession si les marchés mondiaux se retournaient.
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