Dans un communiqué, l'UNAF précise chacun des points dénoncés.
"Une loi permissive sur-mesure pour les plantes-pesticides
Les OGM sont des organismes vivants dont l’homme a modifié la structure la plus intime afin de leur conférer des propriétés nouvelles. Nombre de ces organismes (bactéries notamment) sont aujourd’hui cultivés en laboratoire à des fins de recherche ou pour la production de médicaments. La recherche doit être encouragée ; il en va du progrès de nos sociétés.
La Directive Européenne 2001/18 ne traite pas de ces objets scientifiques, mais de la « dissémination volontaire d’OGM dans l’environnement », autrement dit de la culture en plein champ. La France doit transposer cette Directive dans sa législation, d’où le débat actuel sur « la loi OGM ».
Or, quelles sont les plantes GM susceptibles d’être cultivées en plein champ ? Dans un futur suffisamment lointain pour qu’il ne soit pas nécessaire de promulguer dès maintenant une loi permissive, il s’agira peut-être de plantes résistant à la sécheresse, ou dotées d’autres propriétés bénéfiques. Dans l’immédiat et pour encore quelques années, les seules PGM disponibles sur le marché (et qui représentent 99,3 % des OGM cultivés dans le monde) sont les OGM-pesticides, plantes qui sécrètent un insecticide ou survivent à l’absorption d’herbicides.
Une volonté délibérée d’ignorer le rôle clé de l’abeille Soucieux des effets potentiellement néfastes de telles plantes sur la santé, les peuples européens ont obtenu que les aliments contenant des OGM soient identifiés, par l’intermédiaire d’un étiquetage clair. Il va de soi que, pour un agriculteur biologique ou même conventionnel, devoir vendre sa production étiquetée « contient des OGM » serait catastrophique.
Le projet de loi actuellement en discussion introduit donc un certain nombre de dispositions sensées permettre la coexistence quasi-étanche des cultures OGM et traditionnelles. Mais, dans son état actuel, ce projet de loi ne prend pas correctement en compte le rôle de l’abeille et les réalités de l’apiculture, qui occupent une place tout à fait particulière dans cette problématique.
Assurant depuis des millions d’années la reproduction des plantes par le transport des grains de pollen de fleurs en fleurs, l’abeille amènera les pollens GM vers les cultures traditionnelles, contribuant ainsi à la contamination de ces dernières. Autrement dit, l’abeille va devenir indésirable sur des pans entiers du territoire, ce qui est une aberration tant écologique qu’économique.
D’autre part, l’abeille butine jusqu’à plusieurs kilomètres autour de sa ruche. Des constats d’huissiers ont permis d’établir en 2006 et 2007 que les produits de la ruche sont largement contaminés, y compris du fait de cultures éloignées. Or, le projet de loi prétend que la culture des PGM sera soumise à des conditions techniques « visant à éviter la présence accidentelle d’OGM dans d’autres productions », et donne au comité scientifique du futur Haut Conseil des biotechnologies un rôle clé dans la définition de ces conditions. La réalité des distances de butinage des abeilles est telle que sa prise en compte gèlerait pratiquement toute possibilité de culture d’OGM. Qui pourrait croire que ce comité scientifique, sous la pression phénoménale que le lobby de l’agrochimie est capable de développer, tiendra compte de cette contrainte si elle n’est pas inscrite dans la loi ? Activiste pro-OGM s’il en est, le sénateur J. Bizet ne s’y est d’ailleurs pas trompé, lorsqu’il a annoncé en prélude de la première lecture : « l’apiculture, nous n’avons pas voulu entrer là-dedans ».
Le vote du sénat : un déni de démocratie
Le projet de loi est aujourd’hui pratiquement définitif. Pourtant, la très courte majorité avec laquelle il avait été adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale annonçait des débats très denses pour la seconde lecture. Malheureusement, dans un évident déni de démocratie, le sénat a accepté en bloc les articles 2 à 15, interdisant de fait la relecture de ces articles pourtant controversés par l’assemblée. Le gouvernement avait levé la procédure d’urgence, le sénat l’a pratiquement rétablie !
Face à cette situation et à ce projet qui risque fort de sonner le glas de l’apiculture française, et forte du soutien des plus de 100.000 citoyens qui ont signé sa pétition,
l’UNAF :
Rappelle que, pour vivre, l’homme a plus besoin des abeilles que des OGM-pesticides en pleins champs
Déplore que l’apiculture ne soit pas considérée à sa juste place dans ce projet de loi
Appelle donc les Députés encore indécis à voter contre ce texte
Demande à nos dirigeants de revoir leur copie dans un sens plus conforme aux résolutions du Grenelle de l’Environnement, en y apportant les garanties nécessaires à la survie de l’abeille sur notre territoire".
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