Trois producteurs de vin commercialisé sous la marque "Enclave des Papes" étaient poursuivis pour "usurpation de l'appelation d'origine contrôlée Châteauneuf-du-Pape", de "publicité mensongère" et de "commercialisation de vins sous une présentation de nature à créer une confusion". Ils sont venus au palais de justice, accompagnés de nombreux partisans, certains habillés en gardes suisses, avec hallebardes, d'autres arborant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire: "Touche pas à mon pape", "Châteauneuf-du-Pape... pas très catholique" ou encore "Châteauneuf n'a pas le monopole des papes". "Nous n'avons jamais voulu usurper l'appellation de qui que ce soit", a déclaré Jacques Laurent, l'un des trois prévenus, devant le tribunal. La marque litigieuse, déposée en 1974, est utilisée par une dizaine de producteurs de Côtes-du-Rhône installés dans le canton de Valreas, regroupant cette commune ainsi que celles de Richerenches, Visan et Grillon, dans le Vaucluse. Fiers de cette marque qu'ils voient comme le symbole de l'histoire particulière de leur territoire, possession pontificale entre 1451 et 1791, les producteurs ne souhaitent pas y renoncer, car elle valorise leur production. Ils jugent "incompréhensible" le comportement de leurs collègues dont les vignobles se situent à quelques dizaines de kilomètres. "Nous, vignerons de l'Enclave des Papes avons toujours été respectueux et amis avec les vignerons de cette appellation prestigieuse, qui semble vouloir tout se permettre au point de renier et mépriser la riche et fière histoire de notre enclave", s'est exclamé, mégaphone à la main, l'un des producteurs, devant le palais de justice, peu avant l'audience. De leur côté, les producteurs de Châteauneuf-du-Pape, parties civiles, s'étonnent de passer pour "les méchants" de cette affaire. "Le maintien de l'Enclave des Papes peut introduire une certaine dose de confusion pour le consommateur, peut-être pas dans le Vaucluse mais en Asie ou au Québec, ce n'est pas la même chose", explique ainsi à l'AFP Michel Blanc, président de la fédération des syndicats de producteurs de Châteauneuf-du-Pape. "On est obligé de lutter contre tout le monde, nous avons mis en place une veille juridique, chaque semaine, en France ou dans le monde, on essaie de déposer une marque contenant le mot +pape+", souligne-t-il, ajoutant: "soit on ne dit rien et on va se retrouver avec des papes partout, soit on se bat", a-t-il affirmé. Plus largement, il estime que son combat est aussi une défense du concept d'AOC contre celui de marque que souhaitent imposer les anglo-saxons. "Est-ce qu'ils (ndlr: les vignerons de l'Enclave) seront contents quand on pourra faire du Côtes-du-Rhône partout dans le monde ?", s'interroge-t-il. Le procureur de la République, Stanislas Vallat, s'est rangé du côté de Châteauneuf-du-Pape, estimant que la marque Enclave des Papes était "de nature à créer une certaine confusion dans l'esprit du consommateur". "Il y a une démarche commerciale, marketing qui n'est absolument pas innocente, une logique pour atteindre le consommateur avec ce mot magique de +pape+", a-t-il ajouté, demandant la condamnation des trois prévenus à des peines d'amende allant de 3.000 à 5.000 euros. Dans un souci "d'apaisement", il a évoqué la possibilité que ces amendes fassent l'objet d'un sursis. Jugement le 5 juin.
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