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Les moutons de la Baie
 

   [ 30/04/2008 16:53 ] Si « Le Couesnon, dans sa folie, a mis le Mont en Normandie », la production d’agneaux de pré salé en Baie du Mont Saint-Michel suit, elle, son cours, sans dévier au fil du temps. Reportage sur l’exploitation de Rebecca Euzen, une jeune éleveuse installée à Roz-sur-Couesnon (35) depuis 2005.


   Transmettre à un tiers son exploitation et son cheptel, fruits d’une vie de travail, n’est certainement pas chose aisée. Mais cela peut déboucher sur une vraie rencontre humaine et donner naissance à « une belle histoire », à l’instar de celle qui lie désormais Rebecca Euzen à Michel Duchemin.


Ingénieur agronome de formation, la jeune femme, après avoir exercé comme conseillère en agriculture biologique dans le Limousin et les Pays de Loire, découvre l’Ille-et-Vilaine en suivant son époux, affecté dans le département. Intéressée par l’élevage, elle effectue, fin 2003, deux stages de 3 mois au sein d’une exploitation laitière et chez un producteur porcin, « histoire de confirmer un désir d’installation jusque là inavoué… » Le test s’avère concluant. Reste à choisir la filière. Soutenu par un plan de relance, l’élevage ovin lui paraît offrir plus de possibilités. La quête de la ferme et du troupeau peut alors commencer.
A la mi-2004, par l’entremise du conseiller ovin de la chambre d’agriculture, elle entre en contact avec Michel Duchemin. Agé alors de 58 ans, cet agriculteur songe à céder son exploitation (légumes/moutons). Et si son associé est d’accord pour reprendre la partie légumes, l’élevage de moutons ne l’intéresse pas. Voilà qui va faire le bonheur de Rebecca Euzen.

Une transmission en douceur
Entre les deux générations d’agriculteurs, le courant passe bien, facilitant une transmission de témoin en douceur. Pendant un an, Rebecca travaille aux côtés de son prédécesseur. La meilleure des préparations à l’installation : « Michel est quelqu’un de très ouvert. Tout en me prodiguant des conseils, il a su me donner confiance ».
En décembre 2005, la jeune agricultrice s’est installée officiellement, avec le concours financier du Crédit Mutuel de Bretagne, et est devenue chef d’exploitation. Michel, lui, a pris sa retraite. Mais leur complicité n’a pas cessé pour autant. « Je sais que je peux compter sur lui en cas de besoin, souligne Rebecca. Quand je lui parle des animaux, je dis facilement « nos moutons ». Il y a un lien qui s’est créé entre nous. Régine, son épouse, est devenue la marraine de mon premier garçon ».
L’agricultrice coopère également avec Arnaud Depuydt, l’associé légumier de Michel Duchemin. « Nous faisons un échange paille/fumier. Vu le prix de la paille désormais, ce n’est pas sans intérêt ! »

Les brebis égarées
Aujourd’hui, le cheptel - des croisés de race Suffolk, Roussin et Vendéen - compte 550 brebis, dont une centaine d’agnelles, et 15 béliers. A la bergerie, le début d’année est, traditionnellement, très chargé. « De janvier à mars, c’est la saison de l’agnelage. En période de pointe, il peut naître jusqu’à 30 agneaux en une seule journée. Des amis, des parents et quelques passionnés passent me donner un coup de main ».
Jusqu’à l’âge de 3 mois, les agneaux restent à l’intérieur du bâtiment. Puis, à partir de la mi-avril, ceux nés les premiers commencent à accompagner leurs mères sur les herbus, vaste zone de marais salés qui s’étend en périphérie de la Baie du Mont Saint-Michel. De juin à décembre, l’ensemble des animaux y pâture. Un mode d’élevage qui n’est pas sans contraintes. « Avoir un troupeau à l’herbu demande beaucoup de surveillance. Il faut faire attention qu’un mouton ne s’enlise pas dans une criche (fossé naturel). Quand l’herbe est haute, qu’il pleut, ils ne sont pas faciles à repérer ». Les 2 chiens Beauceron ne sont alors pas de trop pour ramener dans le droit chemin les brebis égarées.

Une bonne valorisation
Appartenant au groupement de producteurs Oviouest, Rebecca Euzen écoule la totalité de ses animaux via cette filière. « Je produis environ 300 agneaux par an. Un tiers est vendu comme « Agneaux de la Baie », ce sont les premiers-nés de la saison, nourris presque uniquement au lait de leur mère. Les deux autres tiers sont vendus comme « Agneaux des herbus », une appellation en voie d’AOC qui impose un minimum de 60 jours de pâturage dans les herbus.
Ici, le prix est bon. La difficulté vient plutôt des conditions d’élevage ». Les résultats techniques ne sont, en effet, pas comparables à ceux obtenus en mode industriel. Mais, à en croire les gourmets (lire par ailleurs), le goût de la viande aussi est différent…

 

Une tradition séculaire
Recouverts par la mer lors des grandes marées, les prés salés constituent le royaume des plantes halophytes (pulcinella, fétuque rouge…). Ces végétaux riches en iode et en sel confèrent à la viande de l’agneau un goût unique, très apprécié des consommateurs. Et depuis fort longtemps. L’élevage de moutons dans la Baie du Mont Saint-Michel est, en effet, une pratique très ancienne. Des documents attestent qu’au XIe siècle, les moines de l’abbaye possédaient un droit de « brebiage » leur permettant de choisir la meilleure brebis de chaque exploitation.
Le pacage des herbus par les troupeaux contribue, par ailleurs, à l’entretien de ces espaces très appréciés des oiseaux migrateurs. Là où les moutons ne pâturent pas, le chiendent prolifère et étouffe des espèces comme l’obione qui joue un grand rôle dans la richesse de ces marais salés. 



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