 | | [ 24/06/2008 10:51 ] Le 18 juin dernier, lors d'une conférence de presse organisée à Bordeaux par l'Association de Développement de l’Apiculture en Aquitaine, Jacques Blot, directeur technique à l’ADAAQ et Docteur en Sciences, a exposé son travail sur le frelon asiatique qui consiste à évaluer son impact sur les colonies d’abeilles, à en identifier les paramètres biologiques et écologiques pour mettre en place des moyens de lutte efficace et durable. |
Les grandes caractéristiques du Frelon asiatique : - son implantation : elle se fait autour du réseau hydrographique ; le nid peut être construit dans les arbres (40% des cas), dans le bâti (30%), au sol, dans les haies, dans les arbres morts, … - concernant l’agressivité : isolé, il est pacifique mais proche du nid, lorsque le nid est troublé de manière volontaire ou involontaire, ils peuvent devenir très agressifs (attaque groupée).

Les impacts constatés du frelon asiatique : Le frelon s’attaque aux abeilles devant la ruche ou sur le site de butinage, les découpe et conserve le thorax (partie la plus protéinée) qu’il ramène au nid pour nourrir les larves. Il peut également pénétrer dans la ruche pendant l’hivernage et prélever les abeilles directement dans la grappe et se nourrir de miel. Outre la mort des abeilles, le frelon impacte directement sur l’activité de butinage et de collecte (et donc sur la productivité de la ruche), sur la ponte de la reine et sur la mise en réserve pour l’hivernage. Cela entraîne un vieillissement de la colonie (non renouvellement des abeilles) voire la mort de la colonie en milieu très colonisé ou très pauvre en ressource protéinique (autres insectes). L’autre effet négatif des frelons asiatiques se constate au niveau de la pollinisation. D’une part, on remarque un blocage des abeilles butineuses et donc un manque de pollinisation. D’autre part, les frelons pratiquent un sur-butinage des fleurs qui produisent alors des fruits non commercialisables car non calibrés puis plus tard dans la saison une dégradation du fruit lors des prélèvements des pulpes. Dans une moindre mesure, la situation est donc aussi potentiellement préoccupante pour les arboriculteurs, les maraîchers et producteurs de fruits (rouges en particulier). Si les dégâts n’ont aujourd’hui pas d’impact économique, l’évolution de la situation est à surveiller.
La lutte contre le frelon asiatique Cette lutte se décline en : - piégeage des fondatrices au printemps grâce au fonctionnement d’un dispositif de signalement et d’un réseau de piégeurs - destruction systématique des nids signalés avant la période de reproduction des fondatrices (fin d’été et automne). Le piégeage des fondatrices semble être le moyen le plus sécurisé et efficace. La pose de piège s’effectue sur 3 sites potentiels : à proximité de l’ancien nid, du rucher ou d’un point d’eau .
Le piège réalisé et mis en place par l’ADAAQ a prouvé son efficacité. La Préfecture de Dordogne a mis en place un réseau de pièges de ce type qui aurait permis la capture d’environ 800 fondatrices (bilan préfecture en cours) sur les quelques 2000 fondatrices piégées en ce printemps 2008 en Dordogne (bilan en cours hors réseau préfectoral : autre mode de piégeage parfois non sélectif). La destruction des nids doit se faire pendant la nuit (totalité des ouvrières) pour éviter toute reconstruction du nid. Il s’agit d’une opération délicate nécessitant des formations appropriées : il faut la réserver aux désinsectiseurs professionnels. L’attaque collective est un risque réel qu’il ne faut pas négliger.
La protection des ruches contre le frelon asiatique L’efficacité des défenses naturelles de l’Abeille est très limitée contre le frelon asiatique. La protection de l’entrée de la ruche, la modification de l’atterrissage ainsi que des attaques collectives et/ou isolées sont leurs seuls moyens de lutte, largement inefficace. Lorsque le nombre de frelons en prédation autour d’une ruche est supérieur à 3, la ruche se retrouve en grande difficulté ; plus de 5 frelons la condamne si elle n’est pas déplacée dans une zone moins colonisée. Ainsi, les moyens de protection des colonies contre Vespa velutina sont aujourd’hui de 2 ordres : - en période de production estivale ou de préparation à l’hivernage, le déplacement des ruches en milieu moins colonisé - en période hivernale (à partir d’octobre) une grille de protection à l’entrée de la ruche ; la grille de protection reste le moyen le plus « pacifique » de protéger l’intérieur de la ruche mais ne limite pas les attaques à l’extérieur.
En conclusion; L’absence de parasitisme conséquent ou de prédateurs de frelon asiatique et les moyens très limités de protection des ruches, mettent en évidence la nécessité d’une régulation humaine de la population de frelon asiatique (plan de lutte) pour protéger non seulement la productivité apicole mais aussi les pollinisateurs dans leur ensemble (en milieu urbain : 85 % du bol alimentaire protéinique du frelon asiatique est composé d’abeilles domestiques, contre 45 % en milieu rural ; les autres espèces d’insectes pollinisateurs sont donc touchées par cette prédation). La destruction des nids et le piégeage des fondatrices ne doivent pas se faire au détriment des autres espèces. En conséquence, les systèmes de lutte employés doivent absolument être sélectif pour protéger et maintenir la biodiversité. Le frelon asiatique n’est en aucun cas un fléau réservé aux apiculteurs et touche bel et bien l’écosystème (y compris le frelon européen : on a pu constater des pillages de nids de frelon européen par le frelon asiatique). Des indices (quelques cas d’accident par piqûres multiples) laissent penser que le frelon asiatique pourrait poser des problèmes de sécurité (arboriculteurs, élagueurs, désinsectiseurs, ainsi qu’en milieu urbain). La situation est là aussi à surveiller. La communication et la coordination entre les départements sont essentielles pour une lutte collective qui pourra alors devenir efficace. L’organisation et la collaboration entre les services de l’Etat, les structures techniques, syndicales et sanitaires apicoles et agricoles, et les associations environnementales (etc.) sont un enjeu majeur de cette réussite.
Dossier réalisé avec l'Association de Développement de l’Apiculture en Aquitaine Maison de l’Agriculture, Cité Galliane, 40005 Mont de Marsan Courriel : adaaq@landes.chambagri.fr Tél. : 05 58 85 45 48
|