L'échec des négociations à l'OMC est un "échec collectif", mais les conséquences ne seront pas les mêmes pour tout le monde, a déclaré le commissaire européen au Commerce Peter Mandelson.
"C'est un échec collectif", a dit Peter Mandelson devant des journalistes résumant neuf jours d'intenses négociations au siège de l'Organisation mondiale du Commerce à Genève. "Mais les conséquences ne seront pas égales, elles seront ressenties de manière disproportionnées par ceux qui sont les plus vulnérables dans l'économie mondiale, ceux qui avaient besoin des opportunités d'un cycle de négociations", a-t-il ajouté.
"C'est un pas en arrière pour le système du commerce international, plus grand que la perte d'opportunités commerciales", a regretté M. Mandelson. "Nous avons manqué l'occasion de mettre en place le premier pacte mondial pour redessiner l'ordre mondial", a-t-il indiqué.
Les pays en développement ont rejeté la responsabilité de l'échec sur les Etats-Unis.
"Ils ont refusé de bouger sur le mécanisme de sauvegarde. C'est une question d'importance vitale pour nous", a souligné un diplomate indien.
Selon d'autres, la rigidité de Washington sur cette question servait à tenter d'échapper à une négociation sur les subventions américaines pour le coton.
"Les Etats-Unis ne pouvaient se permettre de lâcher du terrain sur le coton et ne voulaient même pas en discuter. En tenant bon sur le mécanisme de sauvegarde, ils savaient que l'Inde ne lâcherait pas non plus et porterait la responsabilité de l'échec", a affirmé un diplomate d'un pays asiatique sous le couvert de l'anonymat.
Pascal Lamy avait décidé à la fin juin de convoquer les pays membres de l'OMC à compter du 21 juillet pour tenter de trouver un accord. Il avait alors évalué les chances d'accord à plus de 50%.
Le cycle de Doha avait déjà connu un échec en septembre 2003 lors de la conférence de Cancun (Mexique) qui s'était déjà transformée en affrontement Nord-Sud autour de la question agricole.
Les négociations de Genève ont également permis de mettre à jour d'importantes divisions au sein de l'Union européenne.
Il revenait au commissaire européen chargé du commerce, Peter Mandelson, de négocier au nom des 27 pays de l'UE mais plusieurs d'entre eux n'ont pas hésité à annoncer, alors même que se déroulaient les négociations, qu'ils ne se ralliaient pas aux grandes lignes de l'accord alors en discussion.
En tête de ce camp figurait la France, qui exerce pourtant la présidence semestrielle de l'UE. Un "club des volontaires" s'était même constitué lundi, regroupant l'Italie, la France, l'Irlande, la Pologne, la Hongrie, la Grèce, le Portugal, la Lituanie et Chypre dans le but de faire pression sur Peter Mandelson.
L'accord en préparation prévoyait une baisse de 50% à 85% des subventions internes versées aux agriculteurs des pays riches. Il prévoyait aussi l'élimination en 2013 des subventions à l'exportation. La dernière proposition des Etats-Unis ramenait à 14,5 milliards par an les subventions aux agriculteurs américains, contre plus de 40 milliards de dollars actuellement.
Avec AFP
|