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"Non à l'ours", le cri du coeur des éleveurs pyrénéens

   [ 08/08/2008 18:15 ] "Non à l'ours", "Non à l'ours", l'inscription se répète de loin en loin sur les 16 km de route grimpant au plateau de Beille (Ariège), où des "Pastoralies", fête de l'élevage tournée cette année contre la réintroduction d'ours dans les Pyrénées, ont réuni vendredi des milliers de personnes.


    L'intitulé officiel des "Pastoralies", "la fête de la montagne vivante",
était moins explicite que cette inscription blanche ou jaune, flambant neuve,
supplantant celles dédiées en 2007 aux coureurs du Tour de France. Mais le
porte-parole de l'Association pour la sauvegarde du patrimoine
d'Ariège-Pyrénées (ASPAP), Philippe Lacube, de tous les combats contre la
réintroduction d'ours dans le massif pyrénéen depuis deux ans, annonce la
couleur sans détour.
   "Les Pastoralies sont la fête de la montagne vivante et bien décidée à le
rester, elles sont aussi un acte militant pour expliquer au grand public notre
métier de berger que le grand prédateur risque de faire disparaître",
déclare-t-il, sous un ciel gris, à 1.800 mètres d'altitude.
   A l'occasion de la renaissance des Pastoralies, pour la première fois
depuis les années 1993-96 où on ne se préoccupait pas de la menace des ours
sur les troupeaux, bergers et éleveurs pyrénéens se sont tous mobilisés et ont
attiré au moins autant de touristes, pour un total dépassant sans doute 5.000
personnes.
   Après un repas ariégeois, l'ASPAP multiplie les forums (pastoralisme et
biodiversité, tourisme...), les balades en montagne et les démonstrations. A
côté de nombreux produits du terroir on trouve même des boîtes de pâté d'ours
finlandais, "preuve qu'il ne s'agit pas d'une espèce menacée à l'échelle
européenne", selon M. Lacube.
   Les gens du cru, portant souvent béret et bâton de berger, côtoient les
randonneurs urbains qui déambulent parmi les stands de produits du terroir,
admirent les évolutions des troupeaux de vaches gasconnes, celles des moutons
avec leurs bergers et leurs chiens.
   "On vient de Savoie, on est confronté au problème du loup, on connaît les
problème des éleveurs", déclarent Martine et Jean-François, un couple
d'Aix-les-Bains.
   D'autres, moins avertis ou plus naïfs, sont là par sympathie avec le monde
des bergers. "On a vu des affiches partout, ce qui nous attire c'est l'arrivée
des troupeaux, c'est la fête de la montagne, on était pas au courant de leur
problématique", déclare un facteur breton, Eric, habitant la campagne
rennaise. Quant à l'ours, "il y a du pour et du contre" déclare sa femme
Isabelle.
   A la tribune, Gérard Dubuc, maire (SE) du village ariégois de Saint-Lary,
est au contraire catégorique. "Ca s'est un peu calmé, mais l'année dernière
nous avons eu 24 brebis tuées officiellement, - vous pouvez voir des photos -,
9 attaques dont une en présence du berger, le respect de la biodiversité c'est
de laisser vivre l'homo sapiens", lance-t-il, secoué par l'émotion.
   "Si on va au bout du processus avec de 100 à 200 ours, ce peut être le
dernier coup qui tuera le pastoralisme", renchérit M. Lacube.
   "L'Ariège sera toujours au côté des éleveurs pour que la montagne vive",
déclare le président du conseil général, Augustin Bonrepaux (PS). "Il est
inacceptable qu'on délocalise des ours slovènes, qu'on force les bergers à
travailler plus pour gagner moins, à se relever la nuit pour écarter le
prédateur", selon lui.
   La guerre entre pro et anti-ours n'a cessé depuis la réintroduction dans
les Pyrénées, entre avril et août 2006, de cinq ours slovènes (dont deux
femelles, Palouma et Franska, tuées accidentellement depuis) pour reconstituer
une population désormais évaluée entre 8 et 20 individus.

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