Le Cirad, laboratoire national de référence avec l’Afssa pour le diagnostic de cette maladie animale, fait face chaque jour à de multiples envois de prélèvements provenant de départements français, ces douze derniers mois : « Nous venons de recevoir les premiers sérums positifs d’élevages héraultais » explique l’équipe de Dominique Martinez, chercheur au Cirad* qui précise «Nous atteignons le pic de la maladie. Les vecteurs, des culicoides, moucherons piqueurs d’espèces multiples sont suspectés de profiter du réchauffement climatique dans des écosystèmes de plus en plus favorables à leur reproduction. Nous savons maintenant que les virus de la FCO se sont adaptés aux conditions européennes, y compris aux culicoïdes autochtones. »
Une maladie devenue endémique. On a décompté 24 sérotypes de virus de cette maladie vectorielle. Ces dernières années, le moucheron piqueur Culicoides imicola, vecteur en provenance d’Afrique et d’Asie tropicale, a vu son aire de répartition s’étendre dans tout le bassin méditerranéen. C’est en Corse qu’il a été détecté pour la première fois en 2000, accompagné du virus de la FCO. Seuls les ovins avaient alors été affectés. Mais durant l’été 2006, de multiples foyers de FCO étaient identifiés en Europe du Nord touchant principalement et à la surprise générale, des élevages bovins. En deux ans, la maladie s’est étendue à de nombreux pays d’Europe de l’Ouest et du Nord, de la Suède à l’Italie et de la Grande-Bretagne à la Hongrie. Les culicoïdes responsables appartiennent à des espèces autochtones du groupe obsoletus, (différents de Culicoides imicola), qui s’avèrent être d’excellents vecteurs des virus de sérotype 1 et 8 responsables de l’épizootie actuelle.
Les animaux malades de la FCO manifestent certains signes cliniques assez caractéristiques : - hyperthermie - anorexie - écoulement et inflammation de la muqueuse nasale et buccale - cyanose de la langue (langue bleue) - torticoli et boiteries -baisse de la fertilité et avortement possible. « Les vaccins sont indispensables », précisent les chercheurs. Contre le sérotype 1 et 8, les vaccins sont désormais disponibles et largement utilisés dans les élevages bovins et ovins ; des campagnes de vaccination sont obligatoires pour le sérotype 1 et seront prochainement rendues obligatoires pour le sérotype 8 en France. Actuellement les recherches se concentrent sur des vaccins de nouvelle génération efficaces contre plusieurs sérotypes de virus.
Une surveillance pluridisciplinaire Les chercheurs et leurs partenaires** partent en campagne dans les départements les plus atteints par la FCO pour une surveillance entomologique, sérologique et clinique. Sur place et avec le concours actif des laboratoires départementaux vétérinaires et des organismes professionnels, sont entrepris des piègeages et captures d’insectes ainsi que des prélèvements sur animaux. La progression de la maladie est suivie grâce aux données de la télédétection (images satellitaires) et des systèmes d’information géographique (Sig).
Les conséquences économiques, très importantes dans les élevages atteints en raison des pertes de production, sont aggravées par les fortes restrictions à l’exportation à partir des zones règlementées. En cumulant les zones infectées par les virus de type 1 et 8, la France continentale est totalement classée en zone réglementée (ce qui contraint les mouvements d’animaux sur le territoire et hors frontière).
Bientôt à Montpellier, un pôle scientifique sur les vecteurs et maladies émergentes Comme le précise Dominique Martinez : « pour lutter nous devons cibler les espèces vectrices, identifier les gîtes larvaires, comprendre leur écologie et nous concerter entre acteurs concernés ». C’est en ce sens que le site de Montpellier se prépare à accueillir un pôle vecteurs et maladies émergentes qui réunira le Cirad, l’INRA, l’IRD, l’EID-Méditerranée et l’Université de Montpellier II, sur un financement de l’Etat et de la Région. Au-delà de la FCO, les chercheurs se préparent maintenant à repérer, surveiller et contrôler d’autres maladies jusque là inconnues sur le territoire. Le Cirad, avec son expérience et ses réseaux tropicaux, est un acteur majeur dans ce domaine. Aider les pays du Sud à surveiller et contrôler ces maladies, et s’insérer dans les réseaux internationaux, est un enjeu majeur.
* UMR (Unité mixte de recherche Cirad - Inra « Contrôle des maladies animales exotiques et émergentes »
** Afssa , Agence française de sécurité sanitaire des aliments EID - Méditerranée, Entente interdépartementale pour la démoustification du littoral ULP, Université Louis Pasteur de Strasbourg
|