En Gironde, les vendanges ont démarré à la mi-septembre avec les blancs secs et entreront dans le vif du sujet à partir de la semaine prochaine avec la récolte des rouges, qui représentent près de 90% du vignoble. "On disait que 2007 avait été très difficile, qu'on avait connu le pire. Mais 2008 a été largement pire", soupire David Chateau, chef d'exploitation au Château Le Sartre, dans l'appellation Pessac-Léognan. Comme beaucoup de leurs collègues en France, les professionnels girondins ont souffert d'un fort coup de gel, le 7 avril, mais aussi d'un mildiou vivace, d'un manque de soleil voire, pour certains, de la grêle. La récolte 2008 pourrait ainsi ne pas excéder 5,1 à 5,2 millions d'hectolitres pour l'ensemble du vignoble, selon une estimation de la Fédération des grands vins de Bordeaux (FGVB), qui représente toutes les AOC (appellations d'origine contrôlées) du Bordelais. Ce serait le plus faible depuis 1991, une année noire marquée par le gel, sachant que, sur les cinq dernières années, la récolte moyenne se situe à environ 6 millions d'hectolitres. Ce déficit en volumes concerne d'abord les blancs, dont les vendanges sont déjà bien avancées. Le syndicat Bordeaux et Bordeaux Supérieur, représentant la majorité des blancs secs produits en Bordelais, évoque des rendements inférieurs de 35% de la normale. Celui de Pessac-Léognan -qui compte des appellations prestigieuses comme Château Haut-Brion- table sur "une demi-récolte". Le millésime devrait être de qualité, à peine moins bon qu'une année 2007 qualifiée d'exceptionnelle pour les blancs bordelais secs, se consolent les professionnels. Mais la baisse des volumes reste "embêtante, parce qu'on ne va pas pouvoir alimenter les marchés traditionnels de Bordeaux en blanc", estime Laurent Gapenne, le président de la FGVB. Pour les rouges, les volumes devraient aussi être revus à la baisse: "de moins 10 à moins 20%", selon ce responsable. Un manque de raisins qui touche l'ensemble des appellations. "Une chose est sûre, ça va être très hétérogène", affirme Bernard Farges, président des Bordeaux et Bordeaux Supérieur, qui redoute les conséquences financières pour le financement de la campagne 2009 des propriétés les plus fragiles, les banques ajustant notamment leurs prêts en fonction de la récolte précédente. "Certaines vont souffrir. Il pourrait y avoir une remontée des cours mais qui ne compensera pas la baisse des volumes", souligne-t-il. Tous comptent sur le soleil, revenu depuis la mi-septembre, pour vendanger le plus tard possible des raisins qui ont muri tardivement. "On reste très optimiste", témoigne Gérard Bécot, du syndicat de Saint-Emilion, qui espère débuter ses vendanges le 6 octobre. "Sur le quantitatif, on ne peut plus rien faire, mais, grâce au beau temps, on peut encore faire de très jolis vins", confirme David Chateau dans le Pessac-Léognan. "Qui dit petits volumes, dit des choses assez concentrées, des équilibres intéressants", estime pour sa part Laurent Gapenne, prédisant un "cru tout à fait correct, de la +taille+ de 1988, qui était un millésime classique du Bordelais".
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