Depuis les années 1990, la politique agricole commune (Pac) a connu plusieurs réformes. Avec jusque là, en arrière-plan, toujours le même contexte : des prix mondiaux bas et une abondance de l’offre. Mais voilà, la donne a changé. Hausse de la demande alimentaire mondiale, accroissement de la volatilité des prix et turbulences des marchés, flambée des prix de l’énergie…, tels sont les défis que l’agriculture européenne doit aujourd’hui affronter. Reste maintenant à s’accorder sur la meilleure manière de les relever.
Pour Jean-Michel Lemétayer, les choses sont claires : « le libre marché sans règle n’est pas l’avenir de l’agriculture ». Aux yeux du Président du Comité des organisations professionnelles agricoles (Copa), la crise actuelle des marchés financiers démontre l’impasse à laquelle conduit l’ultra-libéralisme et confirme la nécessité d’une régulation. Il estime, par ailleurs, que l’une des principales responsabilités des gouvernements européens est d’assurer un approvisionnement alimentaire indépendant, « c’est une question stratégique, la nouvelle Pac doit y répondre ».
De son côté, Mariann Fischer Boel souligne que « la préférence communautaire n’est pas inscrite dans ses priorités ». Préférant tabler sur une « agriculture européenne performante qui participe aux échanges mondiaux », la Commissaire en charge de l’Agriculture et du développement durable promet toutefois que l’Union veillera très scrupuleusement à ce que les produits importés respectent les normes européennes.
Plaidoyer pour l’innovation Michel Barnier a, lui, rappelé d’emblée que l’alimentation, « vitale pour l’homme », ne constituait pas un produit de consommation comme les autres et que son commerce devait faire l’objet de régulation. Martelant combien « une UE forte avait besoin d’une agriculture forte », le ministre français a plaidé en faveur de l’innovation, seul moyen d’obtenir une agriculture compétitive, capable de « produire plus, mieux et partout ». Et pour pouvoir lutter à armes égales avec des mastodontes comme les USA, la Chine, l’Inde, la Russie ou le Brésil, pas de secret, « il faut se coordonner, mutualiser la recherche ». Kristen Silverberg, ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’UE, a indiqué que les investissements américains dans le secteur de la recherche avaient permis ces dernières années d’augmenter considérablement les rendements des agriculteurs tout en diminuant l’utilisation des produits phytosanitaires et des engrais. Et cette native du Texas de regretter que les fruits de la biotechnologie américaine ne soient pas tolérés au sein de l’UE et des pays en voie de développement… Une position qui pourrait devenir de plus en plus difficile à tenir. « Actuellement, un sixième de la population mondiale ne mange pas à sa faim », a déclaré Hervé Lejeune, Directeur général adjoint de la FAO. Une proportion qui, ces derniers mois, a même eu tendance à progresser du fait de l’envolée des cours des matières premières agricoles. Selon l’organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, les prix des denrées alimentaires, poussés par la croissance de la demande mondiale, devraient d’ailleurs rester élevés à l’avenir. Tout en étant beaucoup plus volatils, en raison de la spéculation. Au cours des 50 prochaines années, l’Afrique va être le continent dont la population va progresser le plus rapidement. Il sera aussi, hélas, celui qui va souffrir le plus des changements climatiques. Il est donc nécessaire de trouver rapidement des solutions permettant de répondre aux besoins de sécurité alimentaire, sous peine de voir « les émeutes de la faim » se généraliser. A en croire Jérôme Peribere, Président de Dow AgroSciences et spécialiste des biotechnologies, les organismes génétiquement modifiés constituent une réponse pertinente aux défis de demain. Dans un monde où la consommation progresse et où les terres arables se font plus rares (la surface disponible va baisser de 20 % dans les 25 prochaines années), il devient primordial d’augmenter la productivité et de privilégier des espèces réclamant moins d’eau et d’engrais. Et la France, en n’investissant pas massivement dans les biotechnologies, prend le risque de se retrouver demain bien esseulée.
Refuser la distorsion de concurrence
Pour Christian Péron, Président du Crédit Mutuel Agricole et Rural - la Fédération nationale qui rassemble toutes les entités du Crédit Mutuel à vocation agricole -, « ce congrès 2008 a vu la confrontation de deux visions politiques de l’agriculture européenne. Avec d’un côté, les pays du Nord - Angleterre, Pays-Bas, Suède, Danemark - hostiles à toute forme de contrôle du marché et qui pensent que la meilleure régulation est celle qui découle de la loi de l’offre et de la demande ». Et de l’autre côté, la France, soutenue par l’Allemagne mais aussi la Pologne, prône une forme de régulation et un minimum de protection aux frontières. « Il paraît quand même logique de ne pas laisser entrer en Europe ce que l’on s’interdit de produire chez nous. Le faire serait accepter une distorsion de concurrence ! » Autre constat, quelque peu inquiétant : la tentation pour certaines enseignes de la grande distribution de substituer aux critères des organismes de tutelle leurs propres normes. « Cette manière d’être plus royaliste que le roi est avant tout une stratégie marketing destinée à séduire les consommateurs et dont les producteurs, une fois de plus, risquent de faire les frais ». Quant à l’épineuse question des OGM, pour Christian Péron, il convient d’envisager ce dossier sans aucun dogmatisme. « Aujourd’hui, j’ai le sentiment que la France a quelque peu tendance à s’isoler sur ce dossier. Résultat : on laisse le champ libre aux grandes firmes américaines qui n’en demandaient pas tant… » Jean-Yves Nicolas
Le poids de la Copa-Cogeca Le Copa (Comité des organisations professionnelles agricoles) et la Cogeca (Confédération générale des coopératives agricoles) sont les organisations qui représentent la grande majorité des agriculteurs de l’Union européenne et leurs coopératives. Ces organisations rassemblent 15 millions de personnes qui travaillent à temps plein ou partiel dans les exploitations de l’UE, et plus de 40 000 coopératives. Elles comptent 76 organisations membres issues des Etats de l’UE. Leur but commun : défendre les intérêts généraux de l’agriculture.
|