[ 21/11/2008 18:44 ] A certaines périodes de l'année, Frédérique Aurousseau mange des pommes de terre quatre fois par jour en dehors des repas: elle est généticienne et teste ainsi les
qualités culinaires des nouvelles variétés qu'elle élabore dans une station de recherche à Bretteville du Grand Caux, en Seine-Maritime.
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L'hiver, lorsque les autres travaux se font plus rares, l'épreuve se répète tous les jours à 10H00, 12H00, 15H00 et 17H00 avec la petite dizaine de membres de son équipe dans la cuisine de cette station, qui est une émanation des 500 producteurs de plants de pommes de terre du nord de la France. "A midi, on apprécie car on commence à avoir faim mais à 15H00 c'est plus difficile", reconnait-elle. A la différence des oenologues qui peuvent recracher le vin, les dégustateurs de pommes de terre doivent ingérer la tubercule. "La pomme de terre ne développe pas d'arômes comme le vin et il faut l'avaler pour en apprécier pleinement le goût", explique-t-elle. Dans la cuisine, la conversation ne tourne donc pas autour de la violette, du pamplemousse, des fruits rouges ou de la pierre à fusil. "On note simplement la pomme de terre sur une échelle de un à dix pour dire si elle est bonne ou pas bonne", résume-t-elle. La dégustation se fait à l'aveugle, après cuisson à la vapeur, avec comme "témoin" une variété ancienne, la Bintje. Il faut dix ans pour inventer une nouvelle variété et l'étape de la dégustation n'apparaît qu'au bout de la quatrième année. L'élaboration commence par une réflexion sur l'objectif à atteindre. Que veut-on? Une variété hâtive ou tardive? Très ou moyennement résistante aux maladies? A la chair jaune ou blanche? Pour faire des frites ou des salades? Une fois défini l'objectif, il faut trouver deux "parents" qui réunissent à eux deux les qualités imaginées. Le "mariage" s'opère par pollinisation entre un plan masculinisé et un autre féminisé par le sélectionneur parce que la pomme de terre est naturellement hermaphrodite. Les graines issues de cette fleur sont semées l'année suivante pour donner des plants tous génétiquement différents, qui sont autant de variétés potentielles. Mais au fil des ans et des plantations, la plupart seront impitoyablement éliminées par le sélectionneur parce que malades, chétives, difformes ou peu productives. A partir de la quatrième année, les survivantes sont cultivées expérimentalement en plein champ par des agriculteurs qui collaborent aux programmes. Les variétés hâtives sont ainsi testées dans les régions productrices de primeurs comme la Bretagne ou l'Aquitaine. Ce parcours du combattant s'achève au bout de la dizième année devant le jury chargé de l'inscription au catalogue officiel des variétés. Signe de reconnaissance, l'inscription permet aussi à la station de toucher des royalties sur chaque plant vendu et de financer ainsi ses recherches futures. A ce jour, une vingtaine de variétés inventées à Bretteville du Grand Caux ont reçu le précieux sésame. Parmi elles, figurent des pommes de terre aujourd'hui reconnues pour leur exceptionnelle qualité gustative comme la Pompadour ou la Franceline.
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