Selon les professionnels de la filière viticole, ce projet s'il était définitivement adopté, mettrait en péril plusieurs dizaines de milliers d'emplois en France, en particulier en Provence, grande productrice de rosés. "Si l'économie du rosé est touchée, ce seront plusieurs dizaines de milliers d'emplois qui seront menacés. Ce serait un revers terrible alors que la consommation de rosé se développe considérablement depuis dix ans", avertit François Millo, directeur du Conseil interprofessionnel des vins de Provence (CIVP). Hubert Falco, secrétaire d'Etat chargé de l'Aménagement du territoire et maire UMP de Toulon, a demandé au ministre de l'Agriculture Michel Barnier d'intervenir auprès de l'UE. Selon M. Falco, la levée de l'interdiction de coupage des vins "aura des conséquences très graves sur le plan économique, sur le plan de l'emploi, mais aussi en termes d'aménagement du territoire, en particulier sur le paysage". Le 27 janvier, les 27 représentants de l'Union européenne (UE) ont adopté un projet de règlement autorisant le coupage entre vin blanc et vin rouge pour l'obtention de rosés ou de rouges plus légers en couleur. Le projet de règlement a été envoyé à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) pour qu'il puisse être consulté par les pays tiers. Ce n'est qu'après une consultation de 60 jours qu'il sera définitivement validé. Selon le quotidien Les Echos, qui publie mardi un article sur le risque que les "mélanges" font peser à la filière française, l'objectif de la Commission est de libérer l'UE des "entraves oenologiques" pour s'ouvrir de nouveaux marchés, notamment la Chine. Le coupage du blanc et du rouge (beaucoup de blanc et un peu de rouge) pour fabriquer de rosé est déjà pratiqué, notamment par l'Afrique du Sud et l'Australie, mais est considéré comme une hérésie par les professionnels français. "Dans le monde, il y a une philosophie du rosé qui n'est pas celle de la France, dit M. Millo. Le rosé de coupage a la couleur rosé mais ce n'est en aucun cas du rosé". Il n'en a ni le goût, ni la vivacité, ni la qualité. Le rosé "authentique" est produit à partir de raisins rouges dont la pulpe et la peau sont macérées durant une durée relativement courte (de 6 heures à une journée). "Le rosé, c'est quelque chose de très subtil qui a beaucoup d'arôme. Ce coupage, ce n'est même plus du rosé", affirme Linda Schaller, directrice commerciale du Château Les Crostes à Lorgues (Var). "Si la directive était adoptée, ce serait dramatique pour les vignerons en Provence. La Provence est le berceau du rosé. On nous enlèverait quelque chose qui appartient à notre tradition", dit-elle. Le projet de directive intervient alors que le marché du rosé, à la différence du marché du rouge et du blanc, est en plein essor. La consommation des rosés est passée de 8% à 22% de la consommation totale des vins en France durant les quinze dernières années, selon le CIVP. Les professionnels français vont mettre en place des opérations de lobbying pour tenter d'empêcher l'adoption définitive du texte à Bruxelles. Si le coupage était finalement autorisé, ils souhaitent que la technique de production du vin soit inscrite clairement sur la bouteille au nom de l'information du consommateur et de la transparence.
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