"Il faut mettre de l'ordre, car il y a une multiplication de labels qui relèvent plus du développement durable que du commerce équitable. Le démarrage de la Commission nationale du commerce équitable (CNCE) permettra de faire le tri", a estimé Jean-Pierre Blanc, directeur général de la société de café équitable Malongo. Max Havelaar labellise près de 90% des produits issus du commerce équitable en France, dont le café Malongo, en fonction de son propre cahier des charges basé sur un prix minimum garanti au producteur. Pour obtenir ce label, les coopératives agricoles paient entre 2.000 et 10.000 dollars. Les nombreux autres organismes comme BioEquitable, Step ou Artisans du Monde fonctionnent avec des approches qui leur sont propres et soutiennent que, grâce à eux, les paysans et artisans du sud gagnent mieux leur vie. Aucun des produits présentés comme équitables n'est garanti par un organisme public ou indépendant. En outre, si les matières premières proviennent des pays du sud et sont donc équitables, elles sont transformées en chocolat, tee-shirts et confitures au Maghreb ou en Europe. "En cosmétique, certaines marques se revendiquent comme équitables sans se référer à aucune labellisation. Il y a un risque que cela se reproduise sur d'autres produits", prévient Frédérique Pfrunder, chargée de mission à l'association de défense des consommateurs CLCV. Face au succès grandissant du commerce équitable, qui pèse désormais plus de 250 millions d'euros, contre à peine une dizaine de millions en 2000, le gouvernement avait décidé en 2005 de réglementer le secteur. Une loi, votée en 2005, a donné une définition précise du commerce équitable qui, selon elle, "organise des échanges de biens et de services entre des pays développés et des producteurs désavantagés situés dans des pays en développement". La CNCE a été mise en place en 2006, dans la foulée d'une étude de la DGCCRF montrant des anomalies "trop fréquentes" dans le secteur. Elle était censée veiller à la transparence du fonctionnement des acteurs du commerce équitable, à l'accompagnement des producteurs, aux contrôles des importateurs, aux principes du développement durable et des droits fondamentaux (interdiction du travail des enfants et du travail forcé, non discrimination, santé et sécurité du travail, contrôle des heures de travail, liberté syndicale). Constituée de personnalités issues des pouvoirs publics, d'associations de consommateurs, d'acteurs du commerce équitable et d'ONG, elle ne s'est jamais réunie. Plusieurs rencontres étaient prévues, dont la plus récente en février, mais elles ont toutes été reportées au dernier moment. Hervé Novelli, secrétaire d'Etat chargé du Commerce, a indiqué mercredi que la CNCE commencera à travailler une fois que les critères de reconnaissance des organismes labellisant seront établis. Un groupe de travail se réunira "très rapidement" pour établir ces critères, a-t-il ajouté. Dans son étude de 2006, la DGCCRF avait identifié des anomalies liées notamment à la qualité et à la sécurité de ces produits. Elle s'était également interrogée sur l'établissement d'un seuil minimal acceptable, après avoir noté que certains produits comprenaient moins de 25% d'ingrédients équitables.
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