Comme le soulignent les Chambres d'agriculture, cette baisse est confirmée pour tous les secteurs, à l'exception des éleveurs laitiers et ovins. Si cette dégradation apparaît moins forte que prévue pour l'élevage bovins viande et les grandes cultures, les difficultés sur les marchés internationaux ont particulièrement affecté le secteur viticole, avec un renversement spectaculaire des prévisions de revenu : -21% contre +2 % estimé en décembre pour les vins AOC, et –34% contre + 15% pour les autres vins, constatent les Chambres pour qui la lecture de ces résultats appelle 3 compléments d'analyse :
- La période de crise actuelle, marquée par une extrême volatilité des prix agricoles et des intrants et une extrême sensibilité des échanges commerciaux aux évolutions des demandes intérieures, rend l'exercice de prévision particulièrement difficile et souligne les limites de modèles par extrapolation et prolongation de tendances. À ce titre, nous souhaitons une communication plus prudente des premières estimations publiées en décembre qui souligne leur caractère provisoire. - Ces chiffres doivent être mis en perspective sur plus longue période. À ce titre, la situation des éleveurs bovins viande et ovins apparaît particulièrement préoccupante, avec une seconde année consécutive de baisse pour les bovins et des niveaux de revenu particulièrement faibles (10 000 €/actif) y compris pour les ovins dont le revenu en 2008 s'est stabilisé. - Pour les éleveurs laitiers, la hausse de revenu affichée en 2008 peut apparaître largement paradoxale au vu de la crise sans précédent de ce secteur. Les travaux que nous avons réalisés, dans les Chambres d'agriculture, montrent clairement que les pertes de 2009 sont très supérieures à la hausse de 2008. Les simulations sur cas-type extraits de notre observatoire des exploitations agricoles font apparaître un revenu 2009 inférieur de 26% à 40% à celui de 2007, avec une hypothèse d'un prix moyen annuel de 280 € /1000 l.
La FNSEA, dans un communiqué demande au Gouvernement et au nouveau ministre Bruno Le Maire "de prendre ses responsabilités et de prévoir, comme en 2008, un rendez-vous sur le revenu agricole à l’automne afin de mettre toutes les cartes sur la table et dégager les moyens pour une agriculture que producteurs et consommateurs veulent compétitive et durable."
Pour que les agriculteurs puissent vivre de leurs produits, Jeunes Agriculteurs rappelle que des solutions existent ! « D’année en année, et dans un contexte de volatilité des prix, nous subissons les effets du démantèlement des outils de régulation des marché. » commente William Villeneuve, président de Jeunes Agriculteurs. « Pour arrêter cette spirale à la baisse des revenus agricoles, il ne faut pas tout attendre d’une embellie ou d’éventuelles aides supplémentaires. Il vaut mieux organiser nos filières, contractualiser pour stabiliser nos revenus sur le long terme ! » Cette volonté de ne plus subir mais d’agir résume le projet des Jeunes Agriculteurs, davantage fragilisés par le manque de visibilité à long terme. En amont : limiter l’impact des hausses de charges (alimentation animale, intrants) par la contractualisation pour sécuriser au maximum les approvisionnements. En aval : se battre avec les consommateurs pour un juste prix des produits agricoles et une transparence des marges. Face à cette dégringolade des revenus, Jeunes Agriculteurs demande qu’une politique volontariste et responsable soit mise en œuvre. Pour qu’enfin les agriculteurs vivent du prix de leurs produits, et pour qu’en 2009 (une année annoncée comme très dure notamment pour la filière lait) il soit encore possible de maintenir les perspectives de renouvellement des générations en agriculture.
La Coordination rurale, elle, considère que "Les mesures du bilan de santé de la PAC aggraveront la situation des uns et ne seront qu’un saupoudrage bien insuffisant pour les autres. Comme le répète la CR depuis sa création et comme le montre de manière particulièrement aiguë la crise du lait, la solution est ailleurs. Elle passe par une PAC rénovée en profondeur, qui garantisse aux consommateurs une production de qualité et adaptée aux besoins. Quant aux agriculteurs, ils doivent bénéficier d’un revenu correct et stable assis sur des prix rémunérateurs et conformes à la réalité économique des exploitations. Ce n’est hélas pas la direction qui a été prise avec le catastrophique bilan de santé. Il est donc facile de prévoir que les prochains comptes-rendus de la Commission des comptes de l’agriculture de la Nation seront tout aussi riches en mauvaises nouvelles. La CR tient à souligner que le revenu moyen des agriculteurs calculé pour 2008 est revenu à son niveau de 1994 (soit un recul de 15 ans !) alors que près de 300 000 agriculteurs ont disparu sur cette même période."
Si les céréaliers chutent de 29.9% par rapport à 2007, ils avaient bénéficié d?une progression de 92% en 2007 constate pour sa part la Confédération paysanne pour qui " plus troublante peut paraitre la progression du revenu des producteurs de lait de 20.8% alors qu'on est aujourd'hui en pleine crise du secteur laitier : cette crise actuelle n'apparaitra dans les comptes de l'agriculture qu?en 2009.
La nouvelle diminution de 2.5% du nombre d'actifs et l'augmentation de 5% de la consommation de produits phytosanitaires démontrent que les discours sur l'environnement et l'installation restent du domaine de l'incantation et de la communication.
Au-delà de l'évolution annuelle, il faut retenir les énormes disparités au sein de la profession agricole puisque, avec un revenu médian à 24 000 euros par actif, les producteurs en grandes cultures sont à 36 000 , quant les laitiers ne sont qu'à 21 000 ?, la viticulture courante à 17 000 euros, les éleveurs de bovins viandes à 16 000 et ovins à 13 000 .
La Confédération paysanne rappelle une nouvelle fois à ceux qui parlent de compétitivité que sur les 12.4 milliards de revenu de la ferme « France », 9.3 milliards proviennent de subventions aux revenus et aux marchés.
La baisse de 3.1 milliards d?euros de revenus des paysans est la conséquence directe du démantèlement des outils de régulation qui provoque des fluctuations des prix souvent catastrophiques.
Le chantier d'une nouvelle politique agricole pour 2013 devra donner des outils concrets qui permettent une agriculture riche en emplois dignement rémunérés et une alimentation de qualité pour tous les citoyens européens.
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