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"Une journée sans viande" ? le CIV répond à Paul Mc Cartney

   [ 08/12/2009 17:44 ] Quand, à l’occasion du Sommet de Copenhague, Sir Paul Mc Cartney lance, à Bruxelles, un appel aux responsables politiques, notamment aux maires français, pour les engager à instaurer des journées sans viande, cela revient à promouvoir ce que, selon le CIV, font déjà « naturellement » et « sans le savoir » bon nombre de nos concitoyens.


Ce que dit  le Centre d'Information des Viandes (CIV) 

Deux steaks de bœuf par semaine
Les Français consomment en moyenne 373 g par semaine de viandes de boucherie (bœuf, veau, agneau, porc frais, viande chevaline)[1] : ceci équivaut donc à 3 journées par semaine SANS ces viandes au menu.
Pour être encore plus précis, 5 journées par semaine SANS viande de bœuf, c’est aussi la réalité française, puisque la consommation moyenne hebdomadaire de viande de bœuf par personne est de 210 g, soit l’équivalent d’à peine  2 steaks par semaine. 
 

Une consommation de viande surestimée
L'appel de Sir Paul Mc Cartney sous-entend en fait que l’on mange trop de viande. Or, ce n’est pas le cas de la majorité des Français d’autant plus que leur consommation de viande est en diminution constante depuis une vingtaine d’années.
Les principales études nationales de consommation alimentaire des Français[2] montrent ainsi qu’entre 1999 et 2007, la consommation de produits carnés[3] a diminué de 20 % chez les adultes et de 23 % chez les enfants de 3 à  14 ans ; celle des viandes de boucherie a subi une baisse de 22 % chez les adultes comme chez les enfants. Ce phénomène s’inscrit dans une diminution régulière de la consommation des produits frais (- 20 % de fruits et légumes frais, par exemple, sur la même période [4]) au profit des produits très transformés (plats composés : + 50 % ; sandwichs : + 43 % ; pizzas-quiches et tartes salées : + 12 %4).
Au regard de ces chiffres, comment peut-on rendre les viandes de boucherie responsables, en France, de l’augmentation des maladies chroniques (cancer, obésité, maladies cardio-vasculaires...) ? Ces maladies sont plurifactorielles : plus que la consommation d’un seul aliment, c’est le régime alimentaire global et plus largement l’hygiène de vie (niveau d’activité physique, tabagisme, consommation d’alcool, etc.) qu’il faut prendre en considération.
 
Des qualités nutritionnelles reconnues
De part ses qualités nutritionnelles, la viande contribue aux apports en micronutriments d’intérêt (fer, vitamine B12, zinc, sélénium, etc.). Rappelons par exemple que la couverture des besoins en fer est loin d’être optimale pour certaines catégories de la population comme les jeunes enfants, les adolescentes, les femmes en âge de procréer et les femmes enceintes[5].
Le Programme National Nutrition Santé (PNNS) donne toute sa place à la viande dans l’équilibre alimentaire des Français puisqu’il recommande de la viande, du poisson ou des œufs une à deux fois par jour en alternance. En matière de restauration collective, les recommandations du GEMRCN[6] définies en 2007 par la DGCCRF[7] sur la base des priorités de santé publique formulées par le PNNS indiquent des fréquences précises de service de viande non hachée de bœuf, de veau, d’agneau et de produits tripiers en vue notamment d’améliorer les apports en fer. Doit-on alors remettre en cause tout ce travail d’experts pour retenir les recommandations de Sir Paul Mc Cartney ? 

Un secteur engagé dans l’environnement
Quant au bilan environnemental de la consommation de viande, il met régulièrement en cause l’élevage bovin or, celui-ci est, en France, bien plus vertueux qu’on ne le dit puisqu’il est «stockeur » de carbone et pourvoyeur de biodiversité.
En France, d’après les inventaires du CITEPA[8] l’élevage contribue à hauteur de 11 % aux émissions de gaz à effet de serre, le transport à hauteur de 27 %, l’industrie pour 21 % et le logement pour 20 %. Les éleveurs, comme tout secteur d’activité, sont conscients de cet impact et travaillent à réduire leurs émissions que ce soit par les économies d’énergie ou la valorisation maximale des engrais de ferme. 
 

Un élevage bovin aux impacts environnementaux également positifs
Mais, bien souvent, on oublie de prendre en compte dans ce bilan, le stockage de carbone dans le sol de nos  11 millions d’hectares de prairies que pâturent les ruminants. Faut-il en effet rappeler que les bovins sont encore largement nourris à l’herbe en France (60 à 80 % de la ration) ? Ce stockage de carbone compense en moyenne  30 % des émissions de gaz à effet de serre de l’élevage. Si ces surfaces de prairies étaient abandonnées par l’élevage, elles seraient, pour au moins la moitié, retournées et relâcheraient dans l’atmosphère une quantité importante de carbone, estimée à 1000 kg par hectare et par an. C’est d’ailleurs pour maintenir ces stocks de carbone que les nouvelles orientations de la Politique Agricole Commune vont clairement en faveur d’un soutien de l’élevage à l’herbe et d’un maintien des prairies permanentes.
Au-delà du stockage de carbone, ces 11 millions d’hectares de prairies d’élevage rendent d’autres services environnementaux tels que la préservation de la qualité de l’eau, la prévention des risques d’érosion, d’inondations, et d’incendies, le maintien d’une biodiversité extrêmement riche et de paysages diversifiés. 
 

Des fermes françaises à taille humaine
Rappelons aussi que l’élevage bovin français est basé sur des exploitations familiales, avec une moyenne de  80 animaux dont 40 vaches[9] par élevage. Ce maillage de fermes sur l’ensemble du territoire contribue largement au développement durable des zones rurales. C’est un modèle qui est bien éloigné des systèmes de production américains très intensifs  (feed-lots) que l’on voit régulièrement dans les reportages sur l’élevage.
Enfin, pourquoi ne pas informer sur le fait qu’en Europe, les 2/3 des vaches[10] et 90 % des veaux sont issus du troupeau laitier et que la consommation de viande rouge est donc indissociable de la consommation de produits laitiers. Les végétariens comme Sir Paul Mc Cartney auraient-ils oublié qu’ils consomment aussi des produits laitiers ?
 
Plutôt que de vouloir nous imposer une certaine vision anglo-saxonne de l’alimentation, il serait plus utile de diffuser une information prenant en compte les vrais défis mondiaux tout en intégrant les réalités régionales. Prenons garde à ne pas désinformer sur nos systèmes de production et de consommation de viande en France, ce qui aurait pour conséquence, paradoxalement, de détruire des équilibres territoriaux, écologiques mais aussi sociaux et économiques qui sont déjà si difficiles à maintenir.
 
 



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