Le Groupe Agrica vient de présenter la deuxième vague de résultats du programme de recherche AMI
Lancée en 2007 auprès de 1.000 retraités agricoles, l'étude épidémiologique AMI (Agrica, MSA, IFR99) est le premier et unique programme de recherche mené sur le vieillissement en milieu rural et agricole.
Cette étude conduite par le Professeur Dartigues, neurologue et spécialiste en santé publique à l'Université Bordeaux 2, Centre de Recherche Inserm U897, propose une analyse sur 5 ans et met l'accent sur le vieillissement cérébral (maladie d'Alzheimer) et fonctionnel (dépendance). Son objectif est d'identifier les spécificités et les inégalités de santé entre le milieu rural et le milieu urbain.
La dépendance, un phénomène davantage présent en milieu rural
Alors que plus de la majorité de la population urbaine (51,5%) suivie dans l'étude des 3Cités se déclare totalement indépendante, seulement 32% des répondants vivant en milieu rural font le même constat.
Parmi les personnes interrogées la dépendance est un phénomène : léger pour 41%, modéré pour 19% (besoin d'aide pour les activités domestiques, pour faire ses courses ou gérer son budget ) et sévère pour 8% (besoin d'aide pour les actes de la vie quotidienne, tels que s'habiller ou "faire sa toilette").
Près de 45% des répondants se déclarent aidés par leur entourage dans les difficultés du quotidien (dans 58% des cas par le conjoint) et 29% affirment bénéficier d'une aide professionnelle.
Les pathologies neuro-dégénératives nettement plus fréquentes
15.2% des participants de l'étude AMI, âgés de 75 ans et plus, souffrent de troubles neuro-dégénératifs contre 5.4% des participants de l'étude 3Cités, et 12.1% dans l'étude Paquid (autre étude menée sur population mixte urbaine et rurale).
Les personnes diagnostiquées par le médecin de l'étude sont en moyenne plus âgées, moins éduquées, très dépendantes et plus exposées au risque de malnutrition (54% contre 12%). Elles souffrent également plus souvent de la maladie de Parkinson (16% contre 1.6%), sont plus déprimées (26% contre 9%) et très fréquemment atteintes de déficiences visuelles (80% contre 42%).
Pourtant, 29% de ces personnes vivent seules à leur domicile, sont bien entourées par leur famille et bénéficient d'aides professionnelles dans plus d'un cas sur deux.
Une population rurale, en moins bonne santé ?
Bien que les retraités soient suivis régulièrement par un médecin généraliste (41% déclarent en consulter un au moins une fois par mois), ils font état de conditions physiques plutôt moins bonnes que les populations urbaines :
Des déficits sensoriels très fréquents et notamment visuels (52% contre seulement 15% dans l'étude des 3Cités menée en milieu urbain). Ceux-ci peuvent être liés à un défaut d'accès aux soins spécialisés et/ou à de faibles ressources financières (près de 36% de l'échantillon déclarent vivre avec moins de 1000 euros par mois) et/ou encore à des pathologies touchant spécifiquement les travailleurs agricoles. Cette question fera l'objet d'un sous-projet spécifique sur le vieillissement oculaire avec diagnostic médical réalisé en collaboration avec le CHU de Bordeaux.
Une surcharge pondérale : l'indice de masse corporelle est élevé avec une prévalence de l'obésité de 28% contre 13,2% pour les habitants des villes.
Une sensation d'essoufflement dans la vie quotidienne pratiquement multipliée par deux par rapport aux populations urbaines (24% contre 15%)
De basses performances cognitives dues notamment à un faible niveau d'études : plus de la moitié des personnes interrogées n'ont pas été scolarisées ou n'ont atteint que le niveau d'études primaires alors que c'est le cas pour seulement 8,7% de la population urbaine sondée
Mais majoritairement épanouie et active
Malgré ces problèmes de santé plus fréquents, près de 70% des personnes interrogées se déclarent satisfaites de leur vie actuelle. En effet, moins de 10% des personnes se plaignent d'isolement social et seulement 10% éprouvent des difficultés pour se déplacer.
Par ailleurs, 9% de l'échantillon vivant en milieu rural souffre de dépression alors que plus de 13% de l'échantillon urbain est diagnostiqué dépressif.
Concernant les activités de loisirs, 43% des participants marchent quotidiennement, 40% jardinent et 28% continuent à effectuer des tâches agricoles. Les activités pratiquées à domicile sont essentiellement centrées sur : la télévision (86% des participants la regardent quotidiennement), la lecture de la presse (53%) et les travaux manuels (31% bricolent ou cousent).
La retraite, vécue à la fois comme un événement positif et une obligation
Pour les retraités du monde agricole, la cession d'activité a souvent été vécue comme une obligation (41% regrettent de ne plus pouvoir pratiquer leur activité professionnelle), et ce sentiment est étroitement lié à un fort attachement au métier agricole (pour 92% des répondants).
Cependant, pour la majorité d'entre eux, le passage à la retraite a été associé à un événement positif (pour 60%) et au quotidien à un meilleur bien-être (pour 56%).
« Les nouvelles données confirment notre impression initiale. La vie en milieu rural et agricole semble caractérisée par des réponses psychosociales efficaces face à de multiples problèmes de santé et de dépendance liés au vieillissement » commente le Professeur Dartigues.
Marcel Jamet, Directeur Général du Groupe AGRICA explique la démarche du Groupe : « Cette étude est très précieuse pour le Groupe Agrica car elle nous permet d'avoir accès à des données détaillées sur l'état de santé d'une partie de nos adhérents : les retraités agricoles. A partir de ces analyses nous allons pouvoir mettre au point un accompagnement adapté ainsi que des actions de prévention dédiées aux retraités vivant en milieu rural.»