Sur les 100 exploitations familiales en Appellation d'origine contrôlée (AOC) bordeaux dont elle a épluché la comptabilité sur 10 ans, Florence Lamoureux, pour la Chambre d'agriculture, assure que "deux tiers dégagent moins d'un Smic par travailleur familial en 2007/2008" et que "20% sont en perte". "Seules 15% des exploitations dégagent plus de deux Smic par travailleur familial", avec un chiffre d'affaires moyen sur cet échantillon en baisse de 27% en 10 ans. Le bordelais, plus vaste vignoble en AOC de France (120.000 ha), compte une dizaine de milliers d'exploitations réparties sur 60 appellations, où ont été produits 4,75 millions d'hl en 2008 (contre 5,65 millions en 2007). Didier Cousiney exploite environ 30 ha dans le langonnais et anime le Collectif des viticulteurs de Gironde. Il estime à "50 ou 60%" le nombre de viticulteurs en difficulté. "Moi-même, je suis au-dessous du Smic", assure-t-il. Sur l'exploitation, "j'ai un ouvrier et mon fils. Je les paie, mais pas moi", poursuit-il, "on a serré les boulons partout: la main d'oeuvre, le matériel, les produits phytosanitaires..." Chantal Séguillon, cofondatrice du tout nouveau Collectif des viticulteurs interappellation, né cet été, fait remonter à 2001 le début de la crise actuelle: "On a eu un repli à l'export et ces volumes se sont retrouvés sur les marchés français et européen". "La grande distribution a aspiré des volumes", concède-t-elle, "mais à des prix dérisoires". Renaud Jean, du collectif de la Gironde, renchérit: "Castel (un des plus gros producteurs et négociants de la place bordelaise, ndlr) vend 1,30 euro hors taxe la bouteille livrée en Chine, c'est inférieur au coût de revient !" Un courtier "m'a proposé d'acheter du bordeaux rouge 2009 à 700 euros le tonneau (900 l), alors que le prix de revient est de 950 à 1.050 euros, avant même qu'on se rémunère", raconte Didier Cousiney. Parmi les trois modes de commercialisation étudiés (vrac, cave coopérative et bouteilles), Mme Lamoureux relève que les ventes de vin en vrac sont les plus touchées, avec un revenu moyen de 750 euros/mois par travailleur familial. Pour ces professionnels, la crise provient d'une baisse de la consommation mais également du "manque de dynamisme de la filière" sur les marchés étrangers, estime Mme Séguillon. Et la crise financière de ces derniers mois n'arrange rien. A tel point que la situation menace d'être "encore pire en 2010 et 2011", craint-elle. Renaud Jean ne voit qu'une alternative: soit "les prix grimpent, ce qui est très improbable", soit "on augmente les rendements" autorisés à l'hectare. "En 1998, on pouvait produire 65 hl/ha, aujourd'hui, le vin se vend 30% moins cher et on en produit 20% de moins", regrette-t-il. Une limitation de l'offre instaurée par l'interprofession - qui espère ainsi faire remonter les prix - mais contestée par ces professionnels: "Cette stratégie ne marcherait qu'en situation monopolistique", affirme M. Jean. En attendant, les petits viticulteurs font le gros dos. Et s'en sortent avec le salaire d'un conjoint, en reportant les investissements ou en vendant des parcelles en terrain à bâtir.
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