Cette étude permet d’identifier des premières pistes d’actions pour engager la mise en œuvre des changements avec l’objectif fixé par le gouvernement de réduire en moyenne de 50% les quantités de pesticides utilisés, si possible, d’ici 2018.
Une étude pour éclairer les acteurs des filières agricoles et les politiques publiques
L’étude Ecophyto R&D est destinée à éclairer les possibilités de réduction de l’utilisation de pesticides, dans un contexte où des décisions fortes ont été prises : au niveau national après le Grenelle de l’environnement, et au niveau communautaire avec la directive cadre « utilisation durable des pesticides » de 2009 qui prévoit la mise en œuvre des principes de la lutte intégrée à compter du 1er janvier 2014. Les ministres chargés de l’agriculture et de l’environnement ont demandé à l’INRA de faire le point sur (i) les connaissances relatives aux performances agronomiques, économiques et environnementales de systèmes de culture économes en pesticides, (ii) les effets d’une généralisation de ces systèmes au niveau national, et enfin (iii) des leviers permettant de favoriser la conception et la diffusion de tels systèmes.
Une méthode de travail originale
Pour répondre à cette question, l’INRA a mobilisé des données et connaissances d’origines variées, souvent non publiées et parfois limitées aux seuls dires d'experts. A cette fin, environ 80 chercheurs, ingénieurs, spécialistes de « terrain » et techniciens agricoles ont travaillé en groupes coordonnés par Pierre Stengel, alors directeur scientifique à l’INRA. Cette étude a été accompagnée d’un dialogue régulier avec les porteurs d’enjeux, dans le cadre d’un comité d’orientation présidé par une personnalité indépendante de l’INRA et des commanditaires, Yves Le Bars.
L’estimation des effets agronomiques et économiques d’une réduction de l’utilisation des pesticides
Les experts ont distingué cinq niveaux d’utilisation de pesticides, correspondant à des stratégies différentes en termes de protection phytosanitaire et d’objectifs de production. Ils ont retenu comme indicateur de l’utilisation de pesticides l’Indice de fréquence de traitement (IFT), calculé comme la somme des doses appliquées à l’hectare rapportées à chaque fois à la dose homologuée du pesticide employé.
Premier enseignement de l'étude: un grand contraste des situations selon les cultures et les régions, sur plusieurs plans, notamment en termes (i) d’usage des pesticides, (ii) d'existence et d'efficacité de stratégies mobilisables pour réduire cette pression, et enfin (iii) de données et connaissances exploitables pour évaluer ces stratégies.
A partir des données agronomiques et économiques disponibles et parfois reconstituées par les experts, et pour un contexte analogue à celui de 2006, des modèles ont permis de simuler les effets, en termes de production, marges et IFT, d’une généralisation de certaines stratégies économes en pesticides ou d’une combinaison, en grandes cultures, de plusieurs types de stratégies.
Dans les limites inhérentes à la méthode et aux données utilisées, les travaux montrent qu’une réduction de l’ordre de 30% du recours aux pesticides à l’échelle nationale serait possible avec des changements de pratiques substantiels, mais sans bouleversement majeur des systèmes de production, et avec des effets sur les niveaux de production et les marges variables selon les secteurs de production et les niveaux de prix. En grandes cultures, qui représentent la majorité des surfaces et de l’utilisation des pesticides, les marges seraient peu ou pas touchées dans le contexte de prix de 2006, mais une baisse de production d’environ 6% serait observée.
Toutefois plusieurs aspects importants d’une réduction de l’utilisation des pesticides n’ont pas pu être traités par cette étude : effets de la variabilité temporelle des conditions climatiques, sanitaires ou économiques, déterminants du comportement des acteurs face aux risques et face au changement, effets sur les filières au-delà de l’échelle de l’exploitation agricole, effets indirects sur les marchés de matières premières agricoles ou sur les populations de bio-agresseurs, lien entre changements de pratiques et impact sanitaire et environnemental.
L’identification de leviers d’action pour simultanément favoriser l’adoption de changements dès maintenant et enrichir progressivement les données sur des systèmes de culture nouveaux
L'étude permet d'identifier des leviers d'action pour favoriser les changements de pratiques.
Pour deux secteurs de production (grandes cultures et viticulture), un diagnostic des documents techniques diffusés et des besoins exprimés par les acteurs du développement montre que les actions de diffusion sur les changements de pratiques sont focalisées sur un nombre limité de pratiques alternatives. Au-delà d’obstacles particuliers perçus par les acteurs, tels que la disponibilité de références techniques ou d’outils d’aide à la décision adaptés, le changement paraît freiné par l'interdépendance des stratégies des différents acteurs, et appelle à une action coordonnée pour permettre des changements en profondeur.
Pour remédier à la difficulté d’exploiter des données expérimentales aujourd’hui dispersées et disparates, l’étude propose un schéma pour un réseau d’acquisition et de diffusion de références agronomiques allant d’expérimentations innovantes à l’adoption dans des fermes pilotes, et complété par un système d’information permettant de coordonner et consolider l’acquisition de connaissances, et d’en assurer la diffusion.
Des enseignements pour l’action publique
L’analyse proposée par cette étude sera à enrichir et affiner, au fur et à mesure de l’avancée des connaissances et de l’appropriation des changements de pratiques par les acteurs. Elle contribue d’ores et déjà à mobiliser de nombreux acteurs autour d’une volonté partagée de mutualisation des connaissances. Elle permet de nourrir un processus itératif entre l’élaboration et la mise en œuvre des politiques publiques, l’amélioration des connaissances et des outils, et leur appropriation par les acteurs, en fonction des innovations disponibles mais aussi du cadre socio-économique d’action.
Cette étude alimentera également les orientations futures de la recherche agronomique, notamment dans le cadre de la concertation lancée par l’INRA sur les orientations envisagées pour son document d’orientation 2010-2014, qui incluent des propositions pour une agro-écologie de la santé des plantes (www.inra2014.info)
Pour en savoir plus :
Consulter les documents de l'étude Ecophyto R&D :
- les principaux résultats (8 pages)
- la synthèse de l'étude (92 pages)
- le rapport completPour une agriculture économe en pesticides :
http://www.inra.fr/les_recherches/pour_une_agriculture_econome_en_pesticides
Source Inra
Contacts scientifiques :
Pierre Stengel
Responsable de l'étude Ecophyto R&D
pierre.stengel@avignon.inra.fr
tél. : 04 32 72 22 30
Laurent Lapchin
Responsable adjoint de l'étude Ecophyto R&D
laurent.lapchin@paris.inra.fr
tél. : 01 42 75 92 43