Face au fléau qui envahit chaque été depuis près de 40 ans certaines baies
bretonnes, ce plan qui représente un montant de 134 millions d'euros sur la
période 2010-2014 a pour premier objectif d'assurer "une gestion irréprochable
des algues vertes qui sont échouées en améliorant leur ramassage et leur
traitement", a expliqué le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel.
Le gouvernement s'était saisi du problème après l'émoi suscité en juillet
dernier par la mort subite d'un cheval et le malaise de son cavalier sur une
plage des Côtes-d'Armor. Son but affiché est "de supprimer tout risque
sanitaire et de réduire les nuisances".
Présentées par le ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, et la
secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, les mesures visent aussi à
"réduire les flux de nitrate vers les côtes", notamment en "modifiant les
pratiques agricoles", en mettant en place la "traçabilité des flux d'azote"
ainsi qu'en "renforçant les contrôles".
Un dernier volet prévoit enfin "d'améliorer les connaissances sur le
phénomène de prolifération des algues vertes et sur les moyens de leurs
valorisation", selon Luc Chatel.
Sans attendre les détails qui seront présentés vendredi à Rennes par M. Le
Maire, qui a affirmé que ce plan allait "traiter le mal à la racine", et Mme
Jouanno, les réactions ont fusé.
Agriculteurs et environnementalistes se retrouvent sur un point en
déplorant l'absence de concertation : "ce n'est pas notre plan, c'est le plan
du gouvernement", dénoncent les deux parties qui avaient en revanche été
associées aux travaux menés par la mission interministérielle à l'automne
dernier.
"La profession agricole met en garde le gouvernement pour un plan d'action
algues vertes inefficaces et dévastateurs pour la Bretagne", a affirmé dans un
communiqué le CAP/Bretagne (Comité pour une agriculture positive), une
structure récente émanant des organismes professionnels majoritaires.
Les agriculteurs, inquiets de devoir supporter de nouvelles contraintes
dans un contexte économique déjà difficile, ont tenté d'allumer des
contre-feux mercredi lors d'une conférence de presse. Ils ont insisté sur la
"co-responsabilité" des collectivités vis-à-vis des algues vertes.
Pour sa part, la Confédération Paysanne a regretté que le plan ne pose pas
"la question du système de production actuel qui entraîne les agriculteurs à
la faillite" et génère les algues vertes. "La défense des (emplois) paysans
passe par la défense de l'environnement", a assuré Philippe Collin,
porte-parole.
Pour les associations, les questions majeures restent sans réponse : la
priorité est-elle donnée à la prévention ou "à la gestion curative des algues
vertes ?", s'interroge Eau et Rivières.
"L'Etat va-t-il enfin prendre ses responsabilités dans le domaine
réglementaire", poursuit l'association, évoquant notamment "les extensions
d'élevage hors sol" accordées par les préfectures.
Les ministères de l'Agriculture et de l'Ecologie "n'ont pas encore établi
le lien entre environnement et production. Les deux doivent aller de pair.
Tant qu'on les dissociera, ça n'ira pas", a assuré Michel Guillemot, président
de "Halte aux marées vertes".
Quant à Sauvegarde du Trégor, elle propose, "plutôt que de valoriser la
pollution (par la méthanisation), de valoriser l'eau en amont" à travers d'un
projet économique qu'elle vient de présenter, a réagi son président,
Yves-Marie Le Lay.
Lire aussi l'article d'Ouest-France
Algues vertes : un plan qui ménage les agriculteurs