Le monocrotophos est utilisé dans de nombreux pays en développement, en particulier en Asie, pour lutter contre les insectes nuisibles et les acariens sur le coton, les agrumes, le riz, le maïs, etc. Il est fabriqué dans plus de douze usines, pour la plupart en Asie, et fait l'objet d'échanges intenses.
Comme tous les autres insecticides organosphosphorés, le monocrotophos constitue un grave danger pour des centaines de milliers de travailleurs agricoles, en particulier dans les pays en développement où le manque d'habillement protecteur et de matériel adéquat augmente la probabilité de contact direct avec le produit. Parmi les effets observés, citons nausée, diarrhée, troubles de la vue et, dans les cas les plus graves, difficultés respiratoires, convulsions et mort.
Le monocrotophos est, selon la FAO, extrêmement toxique pour les oiseaux et les mammifères. Par exemple, des études suggèrent que durant les 25 années et plus d'application du monocrotophos en Hongrie, le produit a causé plus de dégâts aux oiseaux sauvages que n'importe quel autre pesticide. Heureusement, il existe des substituts à ce pesticide pour chaque combinaison de ravageurs et de cultures désormais ciblée.
"Garantir qu'aucun pays n'importe ce pesticide dangereux en ayant connaissance des risques qu'il implique est un premier pas vital pour prévenir toute nouvelle intoxication", a déclaré Klaus Töpfer, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement. "Grâce à la Convention de Rotterdam, nous disposons désormais d'un mécanisme efficace pour éviter les erreurs mortelles faites au cours des décennies passées lorsqu'on ne savait pas grand-chose sur les dangers des produits chimiques".
"L'agriculture ne peut se passer totalement des pesticides. Toutefois, la commercialisation et la vente non réglementées de pesticides hautement toxiques comme le monocrotophos engendrent de graves risques pour les agriculteurs pauvres des pays en développement. Un habillement protecteur est généralement trop coûteux ou difficile à porter sous les tropiques. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture collabore avec les agriculteurs pour promouvoir la lutte intégrée contre les ennemis des cultures afin de réduire au minimum l'utilisation des pesticides toxiques, et avec les organismes gouvernementaux pour améliorer les politiques et la gestion des pesticides", a déclaré Louise Fresco, Sous-Directrice générale de la FAO pour l'agriculture.
Le contrôle de ce pesticide serait un grand accomplissement en soi, mais il fait également ressortir les inquiétudes pesant sur le problème plus vaste des organophosphatés peu coûteux et extrêmement toxiques. Souvent conçus par des multinationales, ces pesticides sont désormais fabriqués à grande échelle et continuent à être utilisés malgré les preuves toujours plus nombreuses de maladie et de mort. Imposer des contrôles sur les échanges de monocrotophos reconfirmerait également le droit à prendre des décisions sur la base de l'application d'un pesticide sur le terrain, plutôt que sur la base des instructions du fabriquant.
La décision qui sera prise cette semaine à la neuvième réunion du Comité intergouvernemental de négociation de la Convention de Rotterdam sur la procédure du consentement préalable en connaissance de cause (PIC) applicable à certains produits chimiques et pesticides dangereux qui font l'objet d'un commerce international sera fondée sur une recommandation du Comité d'étude des produits chimiques,l'organe scientifique de la Convention. Pour l'instant, certaines formulations de monocrotophos à haute toxicité sont déjà soumises à la procédure provisoire PIC; si la recommandation du Comité d'étude est adoptée à Bonn, toutes les formulations de monocrotophos seront inclues.
Quelque 70 000 produits chimiques différents sont disponibles sur le marché aujourd'hui, et 1 500 nouvelles substances sont introduites chaque année. Ceci constitue un enjeu considérable pour de nombreux gouvernements qui doivent s'efforcer de suivre et de gérer ces substances potentiellement dangereuses. De nombreux pesticides qui ont été interdits ou strictement réglementés dans les pays industrialisés, sont encore commercialisés et utilisés dans les pays en développement.
La Convention de Rotterdam fournit aux pays importateurs les outils et l'information nécessaires pour identifier les produits chimiques potentiellement dangereux et exclure ceux qu'ils ne sont pas en mesure de gérer en toute sécurité. Elle exhorte également les pays à ne pas exporter de produits chimiques sans l'accord explicite des pays importateurs. Lorsque le commerce est autorisé, les critères d'étiquetage et d'information à l'exportation sur les effets potentiels sur la santé et l'environnement réduisent les risques liés à l'utilisation des produits.
La Convention a été signée par 72 gouvernements (plus l'UE) et a été ratifiée jusqu'à présent par 33 pays; elle entrera en vigueur 90 jours après la 50ème ratification. Au Sommet mondial sur le développement durable à Johannesbourg, les pays ont convenu de promouvoir la ratification et l'application de la Convention de Rotterdam afin qu'elle puisse entrer en vigueur d'ici 2003. Dans l'intervalle, les gouvernements ont convenu d'appliquer les clauses de la procédure de l'information et du consentement préalables de la Convention à titre volontaire. La liste originale de la Convention comprenait 22 pesticides et 5 produits chimiques industriels. Quatre pesticides ont été ajoutés par la suite. Le monocrotophos deviendrait ainsi le 32ème produit chimique sur la liste si les gouvernements conviennent cette semaine de l'inscrire.
La Convention de Rotterdam couvre les 22 pesticides dangereux suivants: 2,4,5-T, aldrine, captafol, chlordane, chlordimeforme, chlorobenzilate, DDT, dibromo-1,2-éthane (EDB), dieldrine, dinoseb, fluoroacétamide, HCH, heptachlore, hexachlorobenzène, lindane, composés du mercure, et pentachlorophenol, plus certaines formulations de methamidophos, méthyle parathion, monocrotophos, parathion et phosphamidon. Depuis septembre 1998, quatre autres pesticides (binapacryl, toxaphène, oxiranne et dichloro-1,2 éthane) ont été ajoutés à la procédure provisoire PIC.
Elle couvre également cinq produits chimiques industriels: crocidolite, biphényles polybromés (PBB), biphényles polychlorés (PCB), terphényles polychlorés (PCT) et phosphate de tri-2,3 dibromopropyle.
Source FAO
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