L'ESB en France: Synthèse sur l'évolution de l'épizootie à partir des données disponibles au 1er janvier 2003
Synthèse
" La qualité de la surveillance vis-à-vis de l’ESB en France a varié de 1990 à 2001. L’exhaustivité de la surveillance a varié au cours du temps et entre régions jusqu'en 2000, au gré de l'efficacité et de la dynamique du réseau de surveillance clinique. De mi 2000 à mi 2001, des programmes de surveillance active ont complété le réseau de surveillance clinique, mais de manière partielle, ne concernant que certaines régions ou certaines sous populations d’animaux.
En revanche, le système de surveillance en place depuis août 2001 s’adresse à tout bovin de 24 mois et plus lors de la mort ou de l’abattage. Sous réserve de l’exhaustivité de ce système, qu’il conviendrait de mesurer effectivement, tous les cas cliniques d'ESB sont détectés au moment de la mort ou de l'abattage, et vraisemblablement certains animaux en phase préclinique. Le système de surveillance actuel permet ainsi de garantir le niveau de contrôle de l’exposition humaine le plus élevé possible.
L’analyse du fonctionnement des différents systèmes de surveillance permet aujourd’hui de connaître les limites de l’analyse des différents indicateurs de suivi de l’épizootie. Ainsi, il convient d’utiliser avec précaution les données de la surveillance clinique avant 2000. La période allant de juin 2000 (début des programmes de surveillance active) à août 2001 (date à laquelle on peut considérer que tout bovin de 24 mois et plus est testé à la mort) est extrêmement délicate à analyser épidémiologiquement, étant donné les variations de la surveillance dans le temps et l’espace, et l’effet des mesures de retrait destruction du premier semestre 2001 qui ont écarté près de 190 000 animaux de la consommation sans qu’ils soient testés. A partir d’août 2001, il est en revanche possible de suivre très précisément l’épizootie dans son ensemble en regroupant les données des différents systèmes de surveillance.
Au vu des données et connaissances actuelles, on peut considérer que l’épizootie d’ESB a connu deux vagues en France : la première et la plus importante, qui n’a pas été détectée, a concerné des animaux nés à la fin des années 1980 ; la seconde de plus faible ampleur a concerné des animaux nés au milieu des années 1990 après l’interdiction des farines de viande et d’os dans l’alimentation des bovins (cas NAIF), et a au contraire été beaucoup mieux détectée, en raison de la généralisation de la surveillance. Le recyclage des animaux de la première vague de cas via la fabrication de farines de viande et d’os et la contamination croisée par des aliments destinés à des animaux monogastriques pour lesquels ces produits continuaient à être légalement utilisés a vraisemblablement contribué à cette seconde vague de cas. Ces cas peuvent également être dus à des produits tels que les graisses animales ou les phosphates bicalciques précipités d’os. L’une ou l’autre de ces explications ne sont aujourd’hui que des hypothèses non validées scientifiquement. Il conviendrait également d’analyser précisément les importations de farines et d’os de pays dans lesquels les mesures de contrôle de l’ESB n’étaient pas du même niveau que celles prises en France.
La tendance dans le proche avenir est la diminution de l’épizootie. On constate depuis juillet 2001 une diminution lente et régulière de la prévalence de l’ESB. Sur une période d’un an (août 2001 – juillet 2002), la prévalence calculée par moyenne mobile a diminué d’un tiers. Néanmoins, cette épizootie n'est pas jugulée entièrement puisque sont apparus des cas super NAIF, c’est à dire des animaux nés après le 1er août 1996, date de mise en œuvre du retrait des matériaux à risque spécifié et des cadavres de la fabrication des farines de viande et d’os destinées à l’alimentation des animaux monogastriques. A ce jour, il est difficile de mesurer de manière précise le reflux de l’épizootie lié à ces mesures, d’une part en raison de l’imprécision du classement entre NAIF et super NAIF des cas nés au cours de l’année 1996, et d’autre part en raison d’un recul insuffisant lié à la durée d’incubation de la maladie. Par ailleurs, des travaux sont en cours actuellement pour préciser l'existence d'une hétérogénéité dans l’exposition au risque ESB selon la localisation géographique, pour analyser les sources de contamination des cas NAIF, et pour comprendre les circonstances d'apparition des cas super NAIF.
La suspension depuis novembre 2000 de l'utilisation de toute farine de viande et d’os et de certains produits d’origine animale pour l’alimentation des animaux de rente est de nature à diminuer encore le risque de contamination, si ce n’est le supprimer totalement. De la même manière que des cas super NAIF pourraient être expliqués par l’application incomplète des mesures de contrôle de 1996, des cas « ultra NAIF » pourraient apparaître si les mesures de novembre 2000 n’avaient pas été appliquées immédiatement et totalement. Néanmoins cet effet ne sera pas mesurable avant plusieurs années. Par ailleurs, on ne peut pas exclure aujourd’hui le maintien d’une enzootie à très bas bruit, mais il conviendrait alors de mobiliser d’autres hypothèses étiologiques.
Enfin, le système de surveillance est encore perfectible. Pour la surveillance clinique, cela passe par un effort de sensibilisation et de formation des acteurs de terrain, et une redéfinition des mesures d’accompagnement. Les investigations sur les cas non détectés par la surveillance clinique donnent des informations sur les moyens d'améliorer le réseau d'épidémiosurveillance et doivent être maintenues. Pour les programmes de tests en abattoir et en équarrissage, il conviendrait de mettre en place les mesures – audit, sondage, contrôle des données collectées, etc. – permettant d’en estimer la qualité, en particulier en ce qui concerne l’exhaustivité du recrutement des animaux en équarrissage. En revanche, toute modification du dispositif actuel, dans le sens d’un allégement, devrait être très précisément évaluée, tant du point de vue de la protection de la santé publique, que des conséquences vis-à-vis des indicateurs épidémiologiques permettant le suivi de l’épizootie. "
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