le 17/07/2015 à 12:45

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Oléagineux Les biocarburants issus d'oléagineux

Unité de transestérifi cation de Grand-Couronne (Crédit photo: Cédric Helsly)

Unité de transestérifi cation de Grand-Couronne (Crédit photo: Cédric Helsly)

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Les biocarburants issus des productions oléagineuses ne manquent pas d’atouts, mais sont confrontés aux politiques réglementaires mises en place dans différents pays.

LE BIODIESEL ET LES HUILES VÉGÉTALES HYDROTRAITÉES (HVO)

Les huiles végétales pures ne conviennent pas aux technologies modernes des moteurs diesel du fait de leur encrassement et des émissions polluantes générées lors de la combustion. Les huiles végétales (triglycérides) doivent donc être transformées en produits se rapprochant de la structure du gazole. On distingue deux types de traitement:

- la transestérification qui conduit au biodiesel

- l’hydrotraitement.

La transestérification est réalisée par catalyse homogène ou hétérogène, la voie homogène étant la plus répandue à ce jour. Les esters méthyliques d’huiles végétales (EMHV) ainsi obtenus ont des caractéristiques physicochimiques très proches de celles du gazole.

L’hydrotraitement, traitement des triglycérides par forte pression d’hydrogène, conduit à la production de paraffines qui sont ensuite isomérisées pour donner du biogazole sans oxygène et sans double liaisons. Ces HVO intéressent fortement les compagnies aériennes pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Les esters méthyliques représentent actuellement la très grande majorité des biocarburants incorporés au gazole.

LES ATOUTS DES BIOCARBURANTS ISSUS D’OLÉAGINEUX

Les biocarburants présentent de nombreux avantages tant au niveau environnemental que du point de vue socioéconomique. Au niveau agricole les cultures oléagineuses (colza et tournesol) sont d’excellentes têtes de rotation permettant de rompre le cycle de monoculture.

En ce qui concerne les émissions polluantes lors de la combustion, de très nombreuses études ont été réalisées sur les EMHV depuis vingt ans. Les esters ne contenant ni soufre ni cycles aromatiques mais qui contiennent en revanche deux atomes d’oxygène réduisent les émissions polluantes. Sont ainsi diminués les rejets de monoxyde de carbone, d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) et de particules. Les oxydes d’azote ont en revanche tendance à légèrement augmenter. Le carbone constituant le biodiesel provient du gaz carbonique atmosphérique capté par la photosynthèse.

De l’énergie, donc du carbone fossile est nécessaire aux différentes étapes de la production d’EMHV. Le bilan global est très favorable au biodiesel puisqu’il présente un impact réduit de 67% d’émissions de gaz à effet de serre par rapport au gazole. Il importe de signaler que cette approche n’intègre pas le changement indirect d’affectation des sols (CASI ou ILUC en anglais).

Le fondement du CASI est que les productions de matières premières destinées aux biocarburants pourraient faire défaut sur le marché alimentaire. Celles-ci devraient être produites ailleurs dans le monde et entraîner d’éventuelles déforestations .Depuis près de dix ans ce thème a fait l’objet de différentes analyses. Les résultats obtenus sont extrêmement contrastés, de valeurs négatives à très élevées. Avant d’intégrer ce paramètre dans le bilan carbone du biodiesel, il importe d’avoir des modèles plus robustes qui conduisent à un consensus scientifique.

En 2013, une évaluation du poids socioéconomique de la filière biodiesel en France a été réalisée. Quelques chiffres clésen ressortent :

- Valeur ajoutée de la filière: 2 milliards d’euros,

- Emplois créés: 20000 postes.

Par ailleurs cette filière a un impact positif sur notre balance commerciale car nous importons moins de gazole, dont nous sommes déficitaires, mais aussi moins de tourteaux. Les tourteaux de colza et de tournesol ainsi produits et destinés à l’alimentation animale se substituent aux tourteaux de soja importés et réduisent notre dépendance dans ce secteur.

PRODUCTION 2013

La production d’HVO étant à ce jour encore marginale, les statistiques ne portent que sur les EMHV. Les premières productions industrielles de biodiesel ont commencé au milieu des années 90. En 2005 la production mondiale s’élevait a 3300 kt, elle a été de 23440 kt en 2013.

Le premier pays producteur est les États- Unis. Sa production évolue en fonction des politiques fiscales mises en oeuvre. L’Allemagne, en deuxième position, voit sa production croître régulièrement. La France avec une production de 1800 kt représente 7,7 % de la production mondiale.

PERSPECTIVES

La production de biocarburants est intimement liée aux politiques réglementaires et fiscales mises en place dans chaque pays. Encore faudrait-il que ces politiques soient stables dans le temps. Au niveau européen la première directive remonte à 2003, elle fixait un objectif ( non obligatoire) d’incorporation de 5,75% de biocarburants à l’horizon 2010.

En 2009 la directive énergie renouvelable fixait un nouvel objectif de 10% de biocarburants pour 2020, et mettait également en place différents critères de durabilité.

Fin 2012, le Collège des Commissaires avait adopté une proposition pour intégrer la problématique du CASI et elle limitait à 5% les biocarburants produits à partir de cultures alimentaires. Ce rapport a été adopté en première lecture par le Parlement européen. Le rapporteur n’ayant pas obtenu de mandat de négociation avec le Conseii, les choses ont traîné et l’élection d’un nouveau Parlement n’a pas accéléré la procédure.

En février 2015, la nouvelle Commission environnement du Parlement a adopté un texte limitant à 6% les biocarburants de première génération et intégrant le CASI dans le calcul des gaz à effet de serre. Les États membres veulent un taux de 7% et indiquer le CASI sans l’intégrer dans les calculs compte tenu de toutes les incertitudes dont il fait l’objet. Un compromis devait être recherché afin de présenter un texte en deuxième lecture au Parlement européen en avril 2015.

Cet article est extrait de la Revue de l'Académie d'agriculture n°6 parue en Mai 2015. Pour consulter la revue: cliquer ici.

Georges Vermeersch - AAF