le 04/12/2015 à 12:00

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Environnement À quoi servent les sols ?

Les plantes utilisent l'eau des sols et en retournent une part importante par évaporation

Les plantes utilisent l'eau des sols et en retournent une part importante par évaporation

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L’organisation des constituants minéraux et organiques des sols en systèmes poreux agrégés, et leur fantastique richesse en organismes vivants, leur confèrent des propriétés indispensables au fonctionnement des écosystèmes continentaux et aux activités humaines.

Les sols pourront-ils assurer la sécurité alimentaire et contribuer à la stabilité climatique à l’horizon 2050, tout en maintenant les fonctions et services qu’ils nous apportent ? Seront-ils un levier d’atténuation du changement climatique comme propose de l’étudier le futur programme de recherche dit « quatre pour mille » ? Celui-ci vise à favoriser le stockage dans les sols du carbone atmosphérique en excès.

Des supports de la production végétale

Les sols permettent de nourrir les hommes, de produire des matériaux et des combustibles. Les progrès de l’agronomie ont apporté des améliorations remarquables de la production végétale depuis le milieu du siècle dernier. Mais l’intensification de l’agriculture présente des risques de dégradations des sols et des eaux. Une préoccupation actuelle porte sur le maintien de la qualité environnementale et de la productivité des sols pour, en particulier, assurer la sécurité alimentaire et lutter contre les effets du réchauffement climatique. Les pratiques culturales et les modes d’occupation des sols évoluent vers une agriculture durable et ouvrent des portes vers l’agro-écologie et l’intensification écologique. Une meilleure connaissance et utilisation du potentiel biologique des sols offre une voie prometteuse.

Des acteurs majeurs du cycle des eaux continentales

L’eau s’infiltre, s’accumule dans les réseaux poreux des sols, s’y épure, y acquiert ses propriétés et s’écoule pour alimenter les nappes. Les plantes utilisent l’eau des sols et en retournent une part importante à l’atmosphère par évaporation. Une meilleure modélisation et maîtrise du cycle de l’eau est d’autant plus à développer que le changement climatique est là.

Des réacteurs biochimiques et physico chimiques efficaces

Les sols stockent, filtrent, tamponnent, transforment des matières minérales et organiques en contribuant aux cycles d’éléments majeurs et en trace (Si, Al, O, C, N, S, P, Fe, Mn, Cu, etc.). Ils jouent un rôle épurateur ou accumulateur vis-à-vis des déchets et résidus qu’ils reçoivent. Si de nombreux processus sont identifiés, les paramètres et interactions qui créent de nouveaux assemblages et des conditions favorables aux activités des organismes doivent être précisés. C’est également nécessaire pour proposer des indicateurs de qualité et des outils de gestion pertinents et robustes des systèmes sol-plante.

Des réservoirs et habitats de la biodiversité

Ils renfermeraient 25 % de la biodiversité totale des espèces terrestres avec leurs faunes et communautés microbiennes abondantes et variées mais majoritairement méconnues. Cette diversité s’explique par la multiplicité et l’hétérogénéité des habitats et des réseaux trophiques. Ces ressources microbiennes et génétiques et leurs modes d’activités doivent être bien définis pour aboutir à une ingénierie écologique, à une intensification écologique, à une agro-écologie robuste et pertinente.

Des supports de la plus grande part des activités humaines

Les sols subissent l’urbanisation qui consomme des sols agricoles et forestiers et peut engendrer des dégradations. Cette artificialisation est une des pressions majeures sur les sols qu’il faut maîtriser tout comme l’utilisation des ressources en matériaux industriels et de construction. Les sites et sols pollués, anciens ou récents, doivent être surveillés, traités ou réhabilités, en fonction des risques établis et des usages envisagés.

Des fonctions culturelles oubliées

Les sociétés humaines sont attachées à la terre, depuis leur sédentarisation voilà environ 10 000 ans, par une appropriation de l’espace qu’elles expriment à travers de multiples activités. Intégrés dans les paysages (pédo-paysages), les sols, avec leurs ambivalences (source de vie, lieu où on l’enterre, mémoire du passé) sont les socles du monde habitable auquel nous appartenons. Ils sont aussi le réceptacle du passé avec des « archives pédologiques » dont la connaissance fournira des indicateurs des fonctionnements anciens (climats, flores, faunes, apports éoliens, érosions et inondations) et de l’histoire des hommes.

Jacques Berthelin - AAF