le 27/05/2016 à 18:25

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[Reportage] Samuel Arnault, agriculteur « Le soja déplafonne le rendement de mon maïs et de mon blé »

Samuel Arnault a réalisé un faux semis et a traité au glyphosate avant de semer son soja (©TNC)

Samuel Arnault a réalisé un faux semis et a traité au glyphosate avant de semer son soja (©TNC)

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Près de Poitiers, Samuel Arnault a choisi le soja irrigué pour diversifier sa rotation. Cette culture à cycle court lui permet de réduire l’apport en eau, limiter la fertilisation azotée et baisser la pression des adventices liées au maïs, auparavant cultivé en exclusivité sur la ferme.

S

amuel Arnault cultive 230 hectares à Messé, dans le Poitou. Il y a quelques années encore, son exploitation était en 100 % maïs irrigué. La ferme familiale paternelle était gérée ainsi depuis trente ans. Pour allonger sa rotation, il teste depuis trois ans l'introduction de cultures d'hiver et de variétés de printemps qui valorisent bien l'irrigation. Sur ses sols, principalement des terres argilo-calcaires humides et des groies superficielles, il a tout de suite choisi le soja irrigué, qui représente aujourd'hui une plus-value incontestable pour sa rotation. Il cultive aujourd'hui 17 ha de soja dont 6 ha pour la production de semences et 11 ha pour la consommation. L'agriculteur fait généralement suivre le protéagineux d'un blé dur d'hiver, qui se sème tardivement, avant de revenir à un maïs.

Les cultures de Samuel en sols superficiels étant irriguées, la gestion de l'eau est primordiale sur son exploitation. Ses parcelles se trouvent par ailleurs à cheval sur deux bassins versants différents et dans une région à fort enjeu eau, avec entre autres la présence de zones de captage. « L'année dernière, sur sol de groies superficielles avec une RFU de 50, j'ai réalisé un tour d'eau de moins sur soja par rapport au maïs, mais l'économie moyenne sur dix ans est plutôt de l'ordre de deux tours d'eau. Et il y a encore des améliorations techniques possibles : la Chambre d'agriculture a récemment posé une sonde piézométrique sur mon exploitation, ce qui m'a permis d'estimer précisément mes réserves, et d'économiser un peu plus », raconte l'agriculteur. Seul inconvénient du soja : il a le besoin impératif d'être irrigué en fin de cycle, au mois d'août, au moment où les restrictions d'eau sont les plus probables.

Un reliquat de 40 unités d'azote

Samuel Arnault a opté pour la variété précoce double zéro. Semé dans les quinze premiers jours de mai, le soja permet d'améliorer son système de cultures : il structure le sol, l'enrichit en azote via la symbiose mycorhizienne et réduit le salissement des parcelles. « Le soja n'est pas la culture protéagineuse la plus re-distributrice en azote, mais elle permet au blé suivant de bien s'implanter et généralement de supprimer le premier apport », précise Jacky Artaud, technicien conseil de la coopérative Océalia. Le reliquat azoté disponible pour la culture suivante est de l'ordre de 30 à 40 unités. « L'année dernière, j'ai eu un reliquat de 40 unités d'azote sur mon blé dur irrigué suivant soja et j'ai réalisé un rendement 87 q/ha », rapporte Samuel. Il est par contre impératif d'inoculer la semence avec la bactérie Rhizobium japonicum, qui n'est pas présente dans nos sols français. « L'inoculation représente 30 % du rendement. Grâce à la bactérie, le soja fabrique 70 % de l'azote nécessaire à sa croissance », rappelle Jacky Artaud.

Décalage des dates et faux semis

La diversification de la rotation et le travail des sols à des dates variables a permis à l'agriculteur de nettoyer la flore adventice liée au maïs qui s'était installée dans ses parcelles : mercuriale, liseron, sorgho d'Alep... Avant le semis du soja, Samuel pratique le faux semis pour limiter encore leur présence. « En plus du traitement anti-germinatif de prélevée préconisé, j'applique du glyphosate pour détruire les adventices germées à la suite du faux semis. L'année dernière par contre, je n'ai ajouté sur soja ni azote, ni potasse, ni phosphore, ni fongicide, ni insecticide et mon rendement a été de 38 q/ha », explique-t-il.

Depuis qu'il a introduit le protéagineux et, de manière générale, allongé sa rotation, Samuel a déplafonné ses rendements sur maïs et sur blé. « Mon système est moins simple à gérer qu'avant et j'ai un peu plus de stress au printemps. Mais je ne regrette pas du tout cette transition », indique l'agriculteur. A terme, il vise un système avec la moitié de ses parcelles en maïs, un quart en protéagineux et un quart en blé dur, « dans la mesure où les cours restent favorables. »

TNC