le 02/06/2016 à 18:25

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50e congrès de Jeunes agriculteurs « Fier, libre, digne et debout », JA fait son retour difficile vers le futur

Jérémy Decerle, nouveau président de Jeunes agriculteurs, avec la nouvelle équipe dirigeante du syndicat. (©TNC)

Jérémy Decerle, nouveau président de Jeunes agriculteurs, avec la nouvelle équipe dirigeante du syndicat. (©TNC)

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Réunissant brièvement une douzaine d’anciens présidents pour fêter ses 50 ans, Jeunes agriculteurs s’est conforté dans ses valeurs et ses fonctions au sein de la profession agricole. Mais, marqué par la crise et les contraintes de plus en plus nombreuses, le syndicat peine à maintenir son « rôle d’aiguillon ».

A congrès électif, changement d'équipe ! A Mâcon, lors de son 50e congrès, Jeunes agriculteurs a renouvelé, mercredi 1er juin tard dans la soirée, ses représentants nationaux. Eleveur de bovins viande en Saône-et-Loire, Jérémy Decerle, précédemment en charge du dossier installation, prend la tête du syndicat et remplace ainsi l'Alsacien Thomas Diemer. Le Seine-et-Marnais Samuel Vandaele prend le poste de secrétaire général, succédant à Florent Dornier.

Outre la présentation de la nouvelle équipe pour les deux ans à venir, Jeunes agriculteurs a aussi rappelé une douzaine d'anciens présidents pour fêter ses 50 ans. La brève photo de famille avec notamment les députés Antoine Herth et Christian Jacob, Michel Teyssedou, Eric Thirouin et, parmi les plus récents, William Villeneuve et François Thabuis, était précédée d'un débat sur l'histoire du syndicat et de ses perspectives d'avenir.

« Depuis sa création, le CNJA devenu ensuite Jeunes agriculteurs a été un aiguillon de la profession, a souligné l'historien Jean-Luc Mayaud. Votre structure reste une formidable école d'apprentissage de la démocratie et de la politique. » « La mise en place, grâce à JA, de la dotation jeune agriculteur, a fortement contribué à l'installation en agriculture », a illustré le Gérard Le Puill, journaliste à l'humanité. Les JA le reconnaissent, tout comme leurs observateurs : le syndicat a été un moteur de la cogestion de l'agriculture française. Cela dit au passage, la « cogestion » tant décriée par les syndicats minoritaires, n'a jamais été autant défendue et revendiquée par le couple FNSEA-JA depuis un an, alors que les difficultés économiques s'accumulent pour la plupart des exploitations.

Difficile de rester un « aiguillon » entendu

Les jeunes agriculteurs, comme l'ensemble des agriculteurs, vivent une période charnière. « Les enjeux se sont multipliés, poursuit Gérard Le Puill. Et les citoyens vous demandent de concilier l'inconciliable : faire cohabiter la production ovine avec une prolifération du loup, produire avec moins d'intrants et des règles européennes différentes d'un pays à l'autre, etc. »

Le secteur doit aussi faire face à une plus grande défiance des consommateurs, alimentée par les attaques médiatiques et les scandales sanitaires. « Ne balayez pas la poussière sous le tapis, explique Joseph d'Auzay, ancien directeur du syndicat. Prenez les problèmes qu'on vous soumet et contribuez à améliorer la situation. Vous devez avoir un discours de vérité auprès des citoyens. » Mais, rétorquent les JA, « c'est de plus en plus difficile de se faire entendre des élus ». « C'est parce que nous n'avons pas non plus un discours de vérité auprès de vous », reconnaît Damien Abad, député de l'Ain. « Dire qu'on pourra vous garantir un approvisionnement exclusivement local dans la restauration de nos collectivités locales serait un mensonge. Mais entre 20 % comme actuellement et 100 % d'approvisionnement local, nous pouvons travailler ensemble pour améliorer les choses. »

Faire avec la multiplicité des centres de décision

Outre sa priorité originelle du renouvellement des générations, JA entend travailler à la mise en place de son projet « Agridistrib », en partenariat avec les chambres d'agriculture et Coop de France. Ce projet consistera, selon le nouveau président du syndicat, en une plateforme d'approvisionnement gérée et alimentée par les agriculteurs, pour fournir la restauration hors domicile.

Pour ce chantier, comme pour les autres lignes directrices de son projet de mandature, qui seront « dévoilées plus tard », le syndicat devra jongler avec la multiplication des centres de décision. La rue de Varenne, où siège le ministère de l'agriculture, n'est plus - depuis longtemps - l'épicentre du pouvoir politique. Quels que soient les dossiers, Jeunes agriculteurs, comme les autres syndicats, doivent redoubler d'efforts pour obtenir des avancées à Bruxelles, mais aussi à Paris, dans les conseils régionaux et départementaux. C'est, pour les années à venir, toute la difficulté de JA et du syndicalisme, après des années de « cogestion » simplifiée.

TNC