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le 16/06/2016 à 09:00

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AGROALIMENTAIRE Les entreprises agroalimentaires face à leurs marchés présents et futurs

Saf agr'iDées

Saf agr'iDées

Il est toujours intéressant de comparer. Et lorsque l’on s’interroge sur les différences entre les entreprises de l’agroalimentaire (IAA pour Industries Agroalimentaires) et celles des autres secteurs, plusieurs traits apparaissent.

A l’une des extrémités de la chaîne, la production agricole est fluctuante, incertaine, et à l’autre, la consommation est plutôt stable en volume et en prix. Les marchés sont donc soumis à rude épreuve puisque tant bien que mal il faut faire entrer, dans la filière, ce qui est produit dans le champ. Le stockage joue un rôle de tampon, mais il a une capacité limitée. Autre fait marquant, une partie de l’agroalimentaire est, au moins en France, attachée au concept de terroir ou plus généralement aux traditions. Les agriculteurs comme les industriels ont su valoriser au mieux les productions d’un territoire. Ce concept de valorisation n’est pas partagé dans les autres industries qui cherchent à satisfaire les consommateurs, sans cet ancrage historique. On dit souvent que les IAA poussent leurs produits vers le consommateur (« push »), alors que les autres secteurs sont en mode « pull » (on attire le consommateur vers le produit). De nouvelles entreprises font leur apparition dans certains secteurs des IAA en mode « pull ». Au Japon, Toshiba produit ainsi par exemple des salades à la demande : car son mode de production n’est pas soumis aux aléas climatiques. Elle peut récolter de manière flexible, en fonction de la demande.
Entre le producteur et le consommateur, on trouve quelques goulots d’étranglement dans des flux rapides associés à des produits périssables. Les rayons des supermarchés ne sont pas extensibles ! Les choses vont probablement changer : les places de marché du futur pourront mieux connecter l’offre avec la demande. On anticipe une «ubérisation» des filières.
La guerre pour une part de l’estomac du consommateur se joue entre des acteurs très différents. La similitude entre les constructeurs automobiles n’est pas de même amplitude que celle entre un maraicher qui vend sur un marché local directement aux consommateurs et un géant de l’agroalimentaire qui dispose de moyens marketing importants. De plus en plus de Français pensent en termes de protéines : les viandes et produits dérivés, comme la charcuterie, sont maintenant en concurrence avec des produits végétaux, et demain probablement avec de la viande fabriquée sans animal (avec des cellules souches) ou bien des steaks à la farine d’insectes. On peut également ajouter à cette diversité, celle des sources d’approvisionnement. On n’est plus entre nous ! Les vins de bourgogne sont concurrencés par les vins du Nouveau Monde.
Autre élément important, le consommateur est aussi, encore un peu, un producteur : il construit son repas à partir de produits alimentaires. Ce n’est pas le cas des autres secteurs où le travail des consommateurs n’est pas requis. Mais, il le restera de moins en moins.
S’il existe des différences entre les IAA et les autres industries, il existe aussi des différences entre les pays. Les Danois ont appris à faire coopérer tous les acteurs de leurs filières en partant à l’assaut des marchés internationaux. Ce n’est pas le cas de la France où la collaboration entre les acteurs est moindre…On parle d’ailleurs plutôt de « coordination » en France et moins de « collaboration / coopération ».
Assurément, mon point de vue est que les filières agricoles et agroalimentaires sont au début de révolutions qui vont profondément transformer les marchés et les moyens de les servir. Avec quelles stratégies et quelles conséquences ? Le think tank Saf agr’iDées s'est penché justement sur le sujet le 9 juin prochain lors de la table-ronde organisée à l’occasion de son Assemblée Générale.

Olivier FOURCADET - Saf agr'iDées