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le 22/07/2016 à 14:00

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Interview Marc Lipskier, avocat d'affaires et vice-président de l'association France Blocktech

Marc Lipskier

Marc Lipskier

Avocat d’affaires, Marc Lipskier a fondé en janvier 2009 le cabinet BAMBOO & BEES dédié aux entreprises innovantes et aux technologies. Membre fondateur de l’association France Blocktech, dont il est le vice-président en charge des questions juridiques et réglementaires, il a accepté de répondre à nos questions sur le phénomène « blockchain » et son potentiel dans le monde agricole.

1/ En quoi le secteur agricole serait –il concerné par la blockchain, qui est au final une technologie de stockage et de transmission d’informations ouverte, transparente, décentralisée ? Et pour répondre à quels besoins ?
Commençons par deux cas d’usage des blockchains dans le monde agricole. Le premier exemple est celui d’une blockchain australienne dénommée « Provenance » . Cette blockchain était initialement destinée à lutter contre la fraude aux étiquettes de bouteille de vin en assurant une traçabilité de bout en bout depuis la vigne jusqu’au verre du consommateur. Elle permet maintenant d’assurer la traçabilité de la supply-chain de toutes sortes de produits, alimentaires ou non alimentaires.
Deuxième exemple, celui d’un contrat intelligent (« smart contract ») d’assurance sécheresse qui fonctionnerait de la manière suivante. Les parcelles agricoles assurées sont identifiées par leurs coordonnées géographiques. Si, sur ces parcelles, de données objectives (soit des données issues de base de données publiques comme Météo France, soit des données émises par des capteurs installés sur ces parcelles) permettent d’établir que pendant telle période de temps, disons 30 jours, la température constatée a été supérieure à telle gradient constituant une sècheresse, alors, la prime d’assurance convenue est automatiquement versée à l’agriculteur assurée. Des contrats de ce genre sont actuellement en cours de développement par les grandes compagnies d’assurance.
A partir de ces deux cas d’usage, on découvre deux fonctions essentielles des blockchains. Tout d’abord les blockchains constituent un système fiable, sécurisé et décentralisé de traçabilité. Ensuite les blockchains permettent de créer des contrats qui s’exécutent automatiquement au cas où les conditions du contrat sont remplies.
Plus généralement, les blockchains constituent une technologie de stockage et de transmission d’informations à coût minime, sécurisée, transparente, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Par extension, une blockchain (littéralement une « chaîne de blocs ») désigne une base de données sécurisée et distribuée (car partagée par ses différents utilisateurs), contenant un ensemble de transactions dont chacun peut vérifier la validité. Une blockchain peut donc être assimilée à un grand livre comptable public, anonyme et infalsifiable. Pour ce qui concerne précisément le monde agricole, notamment le monde agricole français, très spécifique, les blockchains, en offrant une traçabilité sécurisée, sont de nature à réduire l’éventualité des scandales alimentaires de ces dernières années. Par ailleurs, les blockchains sont également un moyen de certifier la qualité des produits. Elles peuvent donc constituer un avantage concurrentiel. Enfin, l’automatisation des smart contracts peut jouer positivement sur la trésorerie des exploitations.
 
2/ Quels conseils donneriez-vous aux agriculteurs pour mieux appréhender ce phénomène très « virtuel » au premier abord ?
Tout d’abord d’être curieux. Très curieux. Le monde des blockchains connaît actuellement un fantastique bouillonnement. Il rappelle l’apparition de l’Internet grand public au début des années 90. Les choses bougent chaque jour et partout dans le monde. Les agriculteurs peuvent tester les solution qui apparaissent, jouer avec. Pourquoi ne pas commencer par tester la blockchain « Provenance » ou d’autres du même genre ? Ensuite, d’être imaginatifs pour voir comment les blockchains pourraient favoriser le développement du monde agricole ou, plus simplement, résoudre tel ou tel problème précis du monde agricole. Les blockchains ne sont pas une panacée ; mais leur potentiel et la variété de leurs applications est faramineux.
Le développement des blockchains est actuellement poussé par le monde de la finance. Mais je ne suis pas certain, c’est un euphémisme, que Goldman Sachs soit la mieux placée pour répondre aux besoins des agriculteurs. Enfin, d’être entrepreneurs en choisissant d’emblée de créer des blockchains pour les agriculteurs. Curieux, imaginatifs et entrepreneurs, les agriculteurs le sont par nature ! J’ai donc confiance qu’ils sauront s’emparer rapidement du sujet des blockchains avec pragmatisme et dynamisme.
3/ En France, comment nous préparer à mieux utiliser cette technologie pour ne pas la subir ?
En l’utilisant, sans attendre que ont utilisation soit imposée par la rue de Varenne, par Bercy ou par Bruxelles ! Si les agriculteurs créent leur(s) propre(s) blockchain(s), ils seront en mesure d’en imposer l’utilisation à telle ou telle autorité plutôt que l’inverse.

Saf agr'iDées