le 27/07/2016 à 07:25

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Interdiction des néonicotinoïdes Mathieu Archambeaud : « Cela pourrait avoir l’effet inverse de celui recherché »

Pour Matthieu Archambeaud, « cette décision semble être avant tout politiqueà l'approche de l'élection présidentielle. » (© Matthieu Archambeaud)

Pour Matthieu Archambeaud, « cette décision semble être avant tout politiqueà l'approche de l'élection présidentielle. » (© Matthieu Archambeaud)

Agronome spécialiste de l'agriculture de conservation et animateur du site www.agriculture-de-conservation.com, Matthieu Archambeaud souhaite « relativiser l'impact » des néonicotinoïdes, notamment lorsqu’ils sont utilisés comme traitement de semences. Il craint en outre, suite à leur interdiction, « une possible utilisation répétée de produits pulvérisés », qui ne seront pas forcément moins nocifs pour la faune auxiliaire.

« Mon propos n'est pas de défendre les néonicotinoïdes, ni de nier leur dangerosité. Néanmoins, je souhaite relativiser leur impact, notamment lorsqu'ils sont utilisés comme traitement de semences. Si l'application par pulvérisation peut effectivement avoir une incidence négative sur les auxiliaires des cultures et la santé humaine, il n'en est pas de même pour les traitements de semences, employés à très faible dose, sans nébulisation et dont l'action est limitée à l'environnement immédiat des graines.

Comme il n'existe pas, pour l'instant, d'alternative satisfaisante pour protéger les semis en cas de forte pression des ravageurs, l'interdiction pourrait avoir l'effet inverse de celui recherché, avec une possible utilisation répétée de produits pulvérisés, dont il n'est pas certain qu'ils seront moins nocifs pour la faune auxiliaire. Lorsqu'on choisit de retirer une solution technique, il faut veiller à ce que d'autres leviers soient disponibles, surtout avec les aléas climatiques à répétition et la conjoncture économique difficile que connaît actuellement le secteur agricole.

Si la stratégie à long terme de nos élus est d'interdire progressivement toute la chimie, il faudra remettre des barrières douanières pour que les agriculteurs subissent moins les marchés mondiaux, mais aussi faire en sorte que les consommateurs soient également protégés des denrées importées. Les parlementaires ne se sont intéressés qu'à un élément isolé, symbolique, sans le remettre dans son contexte et sans analyser la complexité d'un système de production agricole.

Sans compter que cette décision semble être avant tout politique à l'approche de l'élection présidentielle. Les élus ont cédé à une campagne idéologique menée par des lobbies, où encore une fois l'agriculture dite conventionnelle est opposée à la production biologique, alors qu'il existe d'autres voies intermédiaires qu'il faudrait encourager et dont fait partie l'agriculture de conservation des sols. »

TNC