le 21/04/2017 à 09:25

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Présidentielle et agriculture Les cinq propositions-clés des onze candidats pour l’agriculture

Les onze candidats à la Présidentielle 2017 présentent des programmes pour l'agriculture radicalement différents. (©TNC)

Les onze candidats à la Présidentielle 2017 présentent des programmes pour l'agriculture radicalement différents. (©TNC)

A quelques heures du premier tour de l’élection présidentielle 2017, que retenir des programmes agricoles des onze candidats en lice ? Et s’il ne fallait retenir que les cinq propositions principales – ou singulières – de leur programme pour les départager ?

Vous n’êtes pas encore certain du nom que vous allez glisser dans l’urne dimanche prochain ? Et si le programme des candidats pour l'agriculture, et donc pour votre activité, était finalement déterminant ? Pour vous aider à faire votre choix, voici, pour chaque candidat, les cinq promesses agricoles qu’il faut retenir.

Nathalie Arthaud, la cancre

Difficile de trouver cinq mesures au programme agricole de la candidate. Ceci dit, les quatre (et non cinq) propositions suivantes résument bien ce programme.

  • Réorienter la politique agricole et les activités agricoles pour « satisfaire les besoins de tous, sans sacrifier personne sur l’autel du profit, ni les petits producteurs de denrées agricoles, ni les consommateurs ;
  • Opérer l’expropriation des grands groupes capitalistes et des banques par les travailleurs ;
  • Pas un salaire, pas une retraite en dessous de 1 800 € net ;
  • Poursuivre la recherche pour mieux cerner les risques encourus dans l'usage des néonicotinoïdes.

François Asselineau, le « Frexit » personnifié

François Asselineau décline l'ensemble de son programme agricole autour d'une promesse : sortir, dès le début du quinquennat, de l'Union européenne.

  • Remplacer la Pac par une « politique nationale agricole », après sortie de l’Union européenne et abandon de l’euro ;
  • Réguler les spéculations sur les produits alimentaires à destination de l’homme et des animaux en réglementant les marges de la filière ;
  • Assurer, pour les agriculteurs, un prix minimum de viabilité en dessous duquel la grande distribution ne pourra pas descendre ;
  • Assurer aux ménages un budget alimentaire ne dépassant pas 15 % de leur budget global ;
  • Favoriser l’émergence de techniques nouvelles en système agro-sylvo-pastoral telles que la permaculture ou l’agroforesterie.

Jacques Cheminade, l’anti-« finances »

Remarqué lors de l'élection présidentielle de 2012, par sa promesse d'une grande conquête spaciale, Jacques Cheminade se pose comme le candidat voulant lutter contre l'ennemi financier.

  • Lutter contre les « verrous financiers » qui empêchent les agriculteurs de vivre correctement de leur métier en combattant l’oligopole des quatre grandes centrales d’achat et en interdisant aux banques de proposer à leurs clients des placements spéculant sur le prix des matières premières agricoles ;
  • Sortir de l’Union européenne et entamer des discussions avec les Etats européens pour substituer au système monétariste actuel une vraie Europe des peuples et des patries, et engager le retrait de l’euro devenu le relais de la mondialisation financière ;
  • Arrêter d’accumuler les normes et réglementations « écologiques » ou « climatiques » formatées pour l’agrobusiness, qui livrent nos producteurs à la concurrence de pays plus laxistes et leur imposent plusieurs heures de paperasserie par semaine ;
  • Organiser un moratoire et une restructuration de la dette des agriculteurs que les banques ont « poussés au crime », et rétablir en même temps des prix planchers garantis ;
  • Faire de l'exploration spatiale une sorte de fer de lance de la recherche et du développement des nouvelles technologies, y compris pour le secteur agricole.

Nicolas Dupont-Aignan, le protectionniste

Le candidat de Debout la France axe son programme sur la préférence communautaire et l’exception agriculturelle à tous les échelons.

  • Renouer avec la Pac et ses trois volets : préférence communautaire, prix garantis et quotas. « L’Europe doit protéger son marché et n’autoriser que les importations ne faisant pas obstacle à la réalisation de sa politique d’indépendance alimentaire, en instaurant un mécanisme de droits de douane variables. Si nous ne sommes pas entendus, nous rétablirons une politique agricole nationale. »
  • Instaurer et maintenir au sein d’un tunnel « maximum-minimum » des prix garantis pour les grandes productions agricoles telles que les céréales, le lait ou les viandes, grâce à une régulation adaptée des productions et des marchés ;
  • Restructurer la dette des agriculteurs surendettés en créant un fonds par lequel l’Etat serait prêteur en dernier ressort et inciter les banques à financer leurs projets ;
  • Rémunérer les services écosystémiques rendus par les agriculteurs dans les zones à handicap naturel mais aussi les pratiques traditionnelles de production ou d’élevage qui contribuent à l’entretien des milieux naturels ;
  • Créer et promouvoir un label unique « Fait en France » pour soutenir une agriculture à la fois moderne et respectueuse du sol et de la terre et favoriser les agriculteurs français, notamment ceux qui se tournent vers l’agriculture biologique ou les circuits courts.

François Fillon, le libertaire

François Fillon, dont le programme agricole est le plus proche des revendications du syndicalisme majoritaire, souhaite redonner de la liberté aux agriculteurs.

  • Simplifier drastiquement le droit des entreprises agricoles pour laisser les agriculteurs choisir librement la forme juridique de leur entreprise ;
  • Abroger par ordonnance toutes les normes ajoutées à la réglementation européenne ;
  • Fonder la Pac 2020 sur la gestion des risques et sur le soutien à l’investissement, en ne s'interdisant aucun mode d'intervention et en maintenant à l’euro près le budget actuel ;
  • Lancer un plan de méthanisation en levant les freins qui ralentissent son développement ;
  • Relancer des programmes de recherche et d’innovation pour l’agriculture de demain, notamment ceux concernant les nouvelles biotechnologies et l’agriculture 3.0.

Benoît Hamon, l’agro-écologique

Sur le fond, le candidat désigné du Parti socialiste entend poursuivre la voie conduite par Stéphane Le Foll et François Hollande autour de l'agro-écologie.

  • Faire de l’agro-écologie le moteur de l’agriculture de demain, avec des soutiens majorés pour les projets biologiques ou agro-écologiques, la promotion de la création de labels, et 50 % de produits bios d’ici 5 ans dans la restauration collective publique ;
  • Retirer du marché les produits phytosanitaires les plus dangereux, remplacer progressivement les pesticides par des solutions alternatives et interdire les antibiotiques en préventif ;
  • Réformer la Pac pour lutter contre la volatilité des prix par l’introduction d’une combinaison d’outils (aides contracycliques, mécanismes assurantiels ciblés), avec prise en compte du critère du nombre d’actifs et plafonnement des aides à 150 000 €/UTH et dégressivité des aides ;
  • Faire du programme « 4 pour 1 000 » une priorité pour réorienter les flux financiers disponibles pour le changement climatique, au bénéfice des sols ;
  • Remettre en cause le monopole de l’agro-industrie dans le domaine des semences et des variétés végétales et permettre l’entrée sur le marché de petits opérateurs.

Jean Lassalle, le campagnard

Le député-maire béarnais se pose comme le candidat des campagnes et du terroir. ll axe l'essentiel de son programme agricole sur la revitalisation des territoires ruraux.

  • Faire des campagnes une grande cause nationale, en y affectant un budget de 3 Mds€ prélevés sur le budget de la Pac ;
  • Changer le mode de rémunération des agriculteurs pour rémunérer moins les volumes et plus les personnes, y compris les conjoints d’exploitants ;
  • Restaurer  des  quotas  laitiers  en  bovins,  ovins  et  caprins  pour  rendre  de  la prévisibilité aux éleveurs ; de même si nécessaire dans d'autres productions ;
  • Faire de l’enseignement « des pôles d'innovation » et renouveler les programmes pour les orienter davantage vers la production biologique et le terroir ;
  • Remettre les coopératives agricoles sous la responsabilité directe des exploitants.

Marine Le Pen, la patriote

La candidate du Front national veut sortir de l'Union européenne et axe son programme sur le patriotisme agricole.

  • Sortir de l’actuelle Union européenne, et appliquer le patriotisme économique aux produits agricoles français notamment au travers de la commande publique ;
  • Transformer la Pac en Politique agricole française (Paf) et garantir le montant des subventions dont les critères seront fixés par la France, avec l’objectif de soutenir le modèle français des exploitations familiales ;
  • Fixer, au bout de deux ans, des prix minimums garantis par l’État, produit pas produit, après négociation avec les syndicats, pour que les agriculteurs puissent vivre de leur agriculture et non pas des aides ;
  • Rompre avec le modèle économique fondé sur la mondialisation sauvage des échanges et le dumping social, sanitaire et environnemental, en défendant une véritable écologie consistant à produire et consommer au plus près et retraiter sur place, et en interdisant l’importation des produits agricoles et alimentaires qui ne respectent pas les normes de production françaises ;
  • Faire de la protection animale une priorité nationale : défendre le bien-être des animaux en interdisant l’abattage sans étourdissement préalable.

Emmanuel Macron, le centriste

Emmanuel Macron expose un programme plutôt centriste, alliant investissements et défense d'une agriculture plus respectueuse.

  • Engager un plan d’investissement de transformation agricole sur 5 ans de 5 Mds€. Les financements seront réservés à des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement et le bien-être animal, et aux projets de transformation privilégiant les circuits courts ;
  • Organiser  un Grenelle de l’alimentation avec les représentants des agriculteurs, des industries de transformation, de la distribution et des consommateurs, afin de définir un partage équilibré de la valeur ;
  • Réformer la Pac par la mise en place d’outils de régulation adaptés à chaque filière, et des outils de gestion des risques efficaces et adaptés ;
  • Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs en proposant un prêt d’honneur à la personne sans demande de garantie d’un montant de 50 000 € maximum avec un différé de 2 ans ;
  • Rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux qu’ils rendent, à hauteur de 200 M€ par an, dans le cadre de la Pac.

Jean-Luc Mélenchon, le révolutionnaire

Le candidat de la France insoumise entend instaurer une 6e République, et renégocier le cadre et les règles européennes pour mieux protéger les agriculteurs.

  • Refonder la politique agricole commune pour garantir l’autosuffisance alimentaire, la relocalisation et l’agriculture écologique et paysanne ;
  • Développer l’agriculture biologique, proscrire les pesticides chimiques, instaurer une agriculture diversifiée et écologique (polyculture-élevage, permaculture, etc.) et promouvoir les arbres fruitiers dans les espaces publics ;
  • Réduire par 10 l’artificialisation des terres ;
  • Favoriser les circuits de proximité, la vente directe, la transformation sur place et plafonner les marges de la grande distribution par un coefficient multiplicateur limité pour garantir des prix rémunérateurs aux producteurs ;
  • Refuser les OGM, bannir les pesticides nuisibles, en commençant par une interdiction immédiate des plus dangereux (glyphosate, néonicotinoïdes, etc.).

Philippe Poutou, le « tout bio »

Le candidat du Nouveau parti anticapitaliste se focalise sur la production biologique d'une part, et s'oppose à l'industrialisation de l'agriculture.

  • Réaliser la conversion agricole vers le « tout biologique » d'ici à dix ans ;
  • Réorientation des aides vers les paysans vertueux d’un point de vue environnemental avec un plafonnement en nombre d’hectares, et aussi en faveur des zones difficiles pour maintenir l’agriculture sur tout le territoire ;
  • En finir avec les élevages industriels, le respect du bien-être animal et la réduction de la consommation de viande ;
  • Réduire l’irrigation en grandes cultures ;
  • Instaurer le scrutin intégralement proportionnel pour toutes les élections professionnelles, notamment en agriculture.

TNC