le 13/09/2017 à 19:25

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Valorisation du lait Que font les éleveurs qui s'en sortent ?

La France produit 24 millions de litres de lait par an pour plus de 60.000 exploitations laitières comptabilisées mais, face à la plongée des prix au niveau mondial, les éleveurs cherchent à trouver d'autres solutions pour valoriser leur production.

Un label de qualité

45 fromages, 3 beurres et 2 crèmes bénéficient d'une Appellation d'origine protégée (AOP) en France. Selon le Conseil national des AOP laitières (Cnaol), 18.000 fermes laitières françaises sont engagées dans cette démarche, ce qui a représenté 233 018 tonnes de produits laitiers AOP commercialisés en 2015. Ces appellations, reconnues depuis 1992 sur le plan européen, font aujourd'hui partie de toutes les discussions internationales.

« C'est même le nerf de la guerre dans les discussions sur le TIPP » (Traité de libre échange entre l'Europe et les Etats-Unis), assure Michel Lacoste, président du Cnaol. Cette reconnaissance a également permis aux éleveurs laitiers d'obtenir une dérogation au droit de la concurrence pour continuer à réguler leur production et ainsi maintenir leurs prix, alors même que les quotas laitiers disparaissaient, « dans un objectif de maintien de la qualité », selon Michel Lacoste. Cela reste toutefois une niche à l'aune de la production française. Les AOP laitières « ne représentent que 12 à 13 % de la production nationale. La plupart de ces appellations ne produisent que quelques dizaines de tonnes par an, la plus importante étant l'appellation comté qui produit 60.000 t/an », selon Michel Lacoste.

S'adresser aux consommateurs

Face aux difficultés qu'ils rencontrent avec les industriels, certains éleveurs laitiers ont décidé de créer leur propre marque et de s'adresser ainsi aux consommateurs, quitte à négocier directement avec la grande distribution.

La première marque de lait équitable, Faire France, lancée en 2013 au sein de l'Association des producteurs de lait indépendants (APLI), regroupe aujourd'hui 500 éleveurs associés à qui elle rétrocède sa marge à la fin de l'année. Mais pour recevoir cet appoint, les éleveurs doivent avoir fait 2 jours d'animations dans les magasins qui distribuent le lait équitable, explique le président de la marque, Jean-Luc Pruvot. Il décrit une « aventure humaine formidable » avec des rencontres enrichissantes aussi bien dans le monde de la grande distribution qu'avec les consommateurs. Aujourd'hui, « on évolue avec le consommateur », explique Jean-Luc Pruvot dont la marque a développé sa gamme pour répondre à leurs demandes.

L'ambition de « Faire France » est d'atteindre les 10 millions de litres de lait vendus en 2017, avec une rémunération de 45 centimes le litre, prix auquel les éleveurs « vivent correctement de leur métier ».

Lancée il y a 10 mois, la marque « C'est qui le patron » a pour sa part atteint les 20 millions de litres vendus, « là où on rêvait d'en vendre 5 ou 7 », s'amuse Nicolas Chabanne, à l'origine de ce projet collectif. De 21 producteurs de la Bresse en difficulté lancés dans cette initiative, on « arrive aujourd'hui à 200 familles » d'éleveurs. La clé du succès : pas de pub, mais un cahier des charges établi après un sondage auprès des consommateurs, qui ont même décidé le prix de vente : 99 centimes le litre, dont 39 centimes pour l'éleveur.

Le succès de ces deux précurseurs a poussé des éleveurs dans toute la France à se regrouper pour lancer leur propre marque dont « cœur de Normandy » dans la Manche la semaine passée.

Le bio

L'élevage bovin laitier bio a connu un essor important, car le lait bio se vend plus cher que le lait standard, avec 1.097 producteurs spécialisés engagés sur la seule année 2016, soit une hausse de 29 % sur un an, portant le nombre total de producteurs de lait, bio et en conversion, à 3.054. Après la période de conversion de deux ans du conventionnel au bio, « la filière attend donc un développement de l'ordre de 30 % de la collecte de lait bio d'ici 2018 », selon l'Agence bio.

AFP