le 03/11/2017 à 07:25

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Cema Richard Markwell: « L'Europe peut devenir le leader de l’agriculture numérique »

L'agriculture numérique, un avenir pas si lointain avec Agri-tech 2030. (©TNC)

L'agriculture numérique, un avenir pas si lointain avec Agri-tech 2030. (©TNC)

L’Europe est bien placée dans la course à l'agriculture numérique ou Farming 4.0. Mais avant que cette mutation se réalise, de nombreux freins doivent encore être levés. Lors du sommet de l’association des constructeurs européens de machines agricoles, plusieurs fabricants et intervenants de la Commission européenne ont évoqué le nouveau programme Agri-tech 2030 visant à accélérer les mutations de l’agriculture en Europe.

« Le digital progresse très vite », a déclaré Richard Markwell, président du Cema (Association européenne des constructeurs de machines agricoles), en ouverture du sommet bisannuel de organisation. En effet, le Farming 4.0 se développe de manière extrêmement rapide. Pour preuve : le Big data, l’internet des objets et l’intelligence artificielle ont été primés, à plusieurs reprises, sur les salons d’automne. De même, « les médailles d’or et d’argent de l’Agritechnica récompensent principalement des automatisations, des machines connectées et des technologies numériques », a ajouté le spécialiste.

Cependant, de nombreux obstacles sont encore sur la route de cette mutation numérique de l’agriculture : problème d’accès au haut débit dans les zones rurales, absence de formation des utilisateurs, etc. Mais surtout très peu de dispositifs permettent d’échanger des informations entre les machines d’une même exploitation, à part la plateforme numérique créée par John Deere en 2015, puis quelques mois plus tard le système 365 Farmnet de Claas et plus récemment le projet DKE regroupant une dizaine d’agroéquipementiers.

La Commission européenne à Bruxelles, où se tenait la conférence, dispose d’une enveloppe de 6 milliards d’euros dans le budget BCO-ESIF pour développer le haut débit en zones rurales pour la période 2014-2020. À travers le règlement général sur la protection des données, qui devrait entrer en vigueur d’ici mai 2018, elle encadre légalement les échanges de données. Elle peut aussi travailler sur l’acquisition des compétences numériques dans le cadre de la formation initiale ou professionnelle. En revanche, elle ne peut rien devant le manque d’interopérabilité des systèmes entre eux. Toutefois les fabricants de matériel agricole bénéficient d’une aide de 300 millions d’euros pour mener des programmes de recherche et développement sur les produits et plateformes de l’agriculture numérique, explique Khalil Rouhana, directeur général de la DG connect à la Commission européenne.

Une fois que les données circuleront librement entre elles, il restera les difficultés liées à la connaissance des algorithmes décisionnels qui, pour le moment, n’est pas encore très poussée.

Qui va payer la note ?

Et un frein de taille : le coût d’acquisition de ces équipements supplémentaires. Les marques ne consentiront certainement pas à réduire leurs marges au profit de la partie software, indispensable au Farming 4.0. C’est pourquoi les entrepreneurs, qui rentabilisent plus facilement des machines sophistiquées, seront les premiers à utiliser ces nouvelles technologies. Et ils pourront le valoriser auprès de leur client comme un élément de différenciation, voire de conseil agronomique.

Ainsi, l’agriculture 4.0 est sûrement une voie d’avenir pour améliorer la valeur ajoutée en agriculture. Harry Smit, analyste expert en agriculture de la Rabobank, le confirme avec un calcul simple : « Si la majorité des hectares était gérée via un système d’agriculture de précision augmentant les rendements de 5 %, cela représenterait 10 milliards d’euros de valeur ajoutée supplémentaire au niveau mondial. »

Pour que l’Europe soit à la pointe sur le Farming 4.0, le Cema lance un ambitieux programme, nommé Agri-Tech 2030, avec trois objectifs principaux :

- maximiser la contribution des constructeurs pour bâtir une agriculture productive, compétitive et de haute qualité ;

- aider l’Europe à être en première ligne sur l’agriculture digitale ;

- renforcer l’industrie européenne pour confirmer son leadership dans la fabrication de matériels perfectionnés.

« Si nous travaillons tous ensemble, l’Europe peut devenir leader de l’agriculture numérique », conclut Richard Markwell.

Les changements sont d’ores et déjà initiés. L’agriculture saura s’adapter comme elle l’a toujours fait, reste à savoir à quelle échéance elle y parviendra.

TNC

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