le 08/11/2017 à 07:25

  • Imprimer
  • Envoyer à un ami

Lait biologique Viser l’autonomie fourragère

Afin d'atteindre les 60 % d'autonomie alimentaire en agriculture biologique, il faut trouver un équilibre entre le potentiel de ses sols, le chargement animal et ses attentes en termes de production. (©Terre-net média)

Afin d'atteindre les 60 % d'autonomie alimentaire en agriculture biologique, il faut trouver un équilibre entre le potentiel de ses sols, le chargement animal et ses attentes en termes de production. (©Terre-net média)

Encore plus quand on est en phase de conversion, l’autonomie fourragère est cruciale pour les élevages bovins en agriculture biologique.

Le cahier des charges de l’agriculture biologique fixe à 60 % le minimum d’autonomie alimentaire. Plus qu’une contrainte, l’autonomie alimentaire est primordiale pour l’équilibre économique. C’est ce qu’ont expliqué les associations Inter Bio Bretagne et Pays de la Loire, lors d’une conférence au Space. Pour atteindre cette autonomie alimentaire, il faut trouver un équilibre entre le potentiel de ses sols, le chargement animal et ses attentes en termes de production. « En moyenne, il faut partir sur la possibilité de produire 5 000 litres de lait par hectare de SFP », chiffre Stéphane Boulent, de la Chambre d’agriculture de Bretagne. C’est une moyenne, car chaque exploitation est plus ou moins sensible aux aléas climatiques, donc aux variations de production fourragère, selon la nature de ses sols, la présence de zones inondables… « Il faut raisonner son système pour avoir suffisamment de capacités d’adaptation en cas de turbulences », recommande Eric Madeline, de l'Idele.

Plusieurs pistes sont à explorer pour augmenter ses ressources fourragères : optimiser le pâturage ; implanter une flore variée pour obtenir un fourrage le plus équilibré possible et pour que, selon les années, les plantes adaptées à la sécheresse ou au contraire à une forte pluviométrie, prennent le dessus, donner toute leur place aux légumineuses ; opter pour des cultures à double fin, fourrages ou vente, comme des céréales qui pourront être ensilées immatures ou vendues ; valoriser les intercultures. La diversité de l’assolement favorise globalement l’autonomie. Il faut aussi être prêt à adapter son troupeau à ses ressources, à ce que sa surface peut produire. Par exemple, en renouvelant moins, en adaptant la période des vêlages. Quand le manque de fourrages exige de réduire les besoins, il faut être prêt à anticiper des réformes ou à passer en monotraite.

Stocker pour sécuriser

Des témoignages d’agriculteurs, il ressort la nécessité d’avoir suffisamment de stocks fourragers, quitte à vendre les bonnes années. Certains choisissent de s’équiper pour améliorer leur autonomie fourragère. « Il y a quatre ans, j’ai construit un séchoir en grange, explique Brice Le Crunff, éleveur dans le Morbihan. Il me permet d’avoir en stock une demi-année de la consommation fourragère de mon troupeau. Je préfère stocker que de devoir acheter, car le fourrage bio est très cher. D’autant plus quand c’est une année difficile ».

Stratégie similaire pour Dominique Thomas, éleveur laitier dans une zone du Finistère bien arrosée avec un potentiel de sols à 12-15 tonnes de matière sèche. « J’ai un séchoir en grange depuis 2005. J’étais alors en conventionnel. Le foin séché me permet d’avoir une production régulière tout au long de l’hiver ». Ce système lui semble tellement efficace qu’il va installer un séchoir plus grand à la prochaine installation de son fils. « Ainsi, on restera autonomes avec nos 100 ha d’herbe pour 100 vaches ».

Des données techniques confortées par l’analyse économique du CER Bretagne, qui montre que le coût alimentaire est le premier facteur expliquant les écarts de revenu. Pour le quart des élevages les plus efficaces au regard de critères économiques, le coût alimentaire est de 45 € les 1 000 litres, avec 420 kilos de concentrés distribués par vache et par an. Pour le quart des élevages le moins efficace, le coût alimentaire grimpe à 94 €/1 000 litres et la distribution de concentrés à 730 kg. Le résultat courant s’en ressent directement : 209 €/1 000 litres pour les éleveurs au plus faible coût alimentaire contre seulement 70 € pour les moins efficaces. « Le seul poste d’alimentation explique un tiers de l’écart de revenu », souligne le CER Bretagne. Il faut d’autant plus maîtriser ce coût alimentaire par une meilleure autonomie fourragère en période de conversion quand les achats d’aliments et de fourrage se font au prix du bio mais que le lait est encore vendu en conventionnel.

« Même en période climatique difficile, les éleveurs les plus autonomes gardent leur revenu, souligne Eric Madeline. Les systèmes avec beaucoup de prairies permanentes produisent moins mais font moins défaut dans les années difficiles ». Les systèmes les plus autonomes sont aussi les plus résilients en cas de déficit fourrager. « Il faut être capable d’absorber tous les trois, quatre ans une année plus difficile », recommande Eric Madeline.

TNC