le 09/11/2017 à 12:25

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Glyphosate Un herbicide controversé massivement utilisé

Source d'inquiétudes pour ses effets sur la santé et l'environnement, le glyphosate, objet d'un vote jeudi pour le renouvellement de son autorisation dans l'UE, est un herbicide massivement utilisé à travers le monde.

C'est l'herbicide « le plus fréquemment utilisé, à la fois dans le monde et dans l'UE », selon la Commission européenne. Ce désherbant « à large spectre » a été classé comme « cancérogène probable » en mars 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence dépendant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Mais en novembre 2015, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a estimé « improbable » qu'il présente un danger cancérogène pour l'homme, et l'Agence européenne des produits chimiques (Echa) est allée dans le même sens en 2017. Un nombre croissant d'organisations militent pour son interdiction. En Europe, France, Autriche, Italie et Belgique refusent qu'il soit autorisé dix autres années, la France plaidant pour une sortie du glyphosate d'ici trois ans.

Utilisation mondiale décuplée

Commercialisé depuis 1974 par Monsanto sous le nom de Roundup, son usage a explosé dans le monde à partir du milieu des années 90 quand la firme américaine s'est mise à vendre des semences génétiquement modifiées pour résister à son action. Son utilisation mondiale a été multipliée par près de 15 entre 1994 et 2014 pour s'établir à environ 826.000 tonnes, selon un travail de l'universitaire américain Chuck Benbrook, publié en 2016 dans la revue Environmental Sciences Europe. Le brevet détenu par Monsanto est tombé dans le domaine public en 2000. Aujourd'hui, il est produit sous des noms divers par de nombreuses firmes.

Interdit au Sri Lanka

Soupçonné de provoquer une nouvelle maladie des reins parmi les habitants des zones de production de riz, l'herbicide a été interdit au Sri Lanka en juin 2015 suite à une promesse électorale du président Maithripala Sirisena. Mais la communauté scientifique sri-lankaise souligne l'absence d'étude associant directement le glyphosate à cette « maladie rénale chronique » et les producteurs de thé font campagne pour une levée de l'interdiction.

Au Salvador, il a fait partie d'une liste de 53 produits pour l'agriculture interdits en 2013. Mais l'interdiction a ensuite été levée pour cet herbicide et dix autres produits, tandis qu'une commission était instaurée pour en évaluer les risques.

Au Brésil, la justice a demandé en 2015 à l'Agence nationale de surveillance sanitaire (Anvisa) d'évaluer « en toute urgence » sa toxicité en vue d'une éventuelle interdiction. Celle-ci ne se prononcera pas avant 2019. Le puissant lobby agricole brésilien voit d'un mauvais œil une éventuelle restriction.

Restrictions locales, partielles

Au Royaume-Uni, le gouvernement est favorable à la poursuite de son utilisation, mais plusieurs communes ont arrêté de l'utiliser ou le prévoient : Hammersmith et Fulham à Londres, Edimbourg en Ecosse, Brighton (sud) ou encore le comté des Cornouailles (sud-ouest). En Italie, son usage est interdit depuis 2016 dans les zones fréquentées par la population comme les parcs, terrains de sport, aires de jeux pour enfants...

En France, son utilisation par les collectivités dans les espaces ouverts au public est interdite depuis le 1er janvier 2017.

Aux Pays-Bas, il est interdit de l'utiliser sur les revêtements et l'asphalte depuis 2016, ce qui a entraîné une réduction du taux de l'herbicide dans les eaux de surface et eaux souterraines.

Aux Etats-Unis, l'Agence de protection de l'environnement (EPA) continue de le classer comme « probablement pas cancérogène pour l'homme » et le pays en utilise plus de 125.000 tonnes par an (chiffre 2014, cité par Chuck Benbrook), mais la Californie l'a classé comme cancérogène. Certaines villes américaines bannissent l'herbicide de leurs espaces verts.

En Argentine, plus de 300 millions de litres de glyphosate sont déversés chaque année sur 28 millions d'hectares de cultures. La commune de El Bolsón en Patagonie est la seule à avoir décrété l'interdiction totale de l'herbicide et des cultures transgéniques. Certaines provinces limitent son épandage près des zones d'habitations ou prévoient de le faire.

AFP