le 15/11/2017 à 07:25

  • Imprimer
  • Envoyer à un ami

Etats généraux de l’alimentation Producteurs, transformateurs et distributeurs signent la « charte d’engagement »

Autour de Stéphane Travert et Benjamin Griveaux, les 18 signataires de la charte d'engagement pour une équitable répartition de la valeur, réunis au ministère de l'agriculture le 14 novembre 2017. (©TNC)

Autour de Stéphane Travert et Benjamin Griveaux, les 18 signataires de la charte d'engagement pour une équitable répartition de la valeur, réunis au ministère de l'agriculture le 14 novembre 2017. (©TNC)

Au ministère de l’agriculture mardi 14 novembre 2017, Stéphane Travert a réuni 18 organisations et syndicats pour qu’ils signent la charte d’engagement « pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition ». Cet engagement politique résultant du premier chantier des Etats généraux de l’alimentation vise à rendre loyales les négociations commerciales en cours, en attendant une révision de la loi courant 2018.

« Enfin ! » comme l'a rappelé Jérémie Decerle, président de Jeunes Agriculteurs, aussitôt après avoir apposé sa signature. Mardi 14 novembre 2017, 18 représentants des agriculteurs, de l’industrie agroalimentaire, de la coopération agricole et de la distribution ont, à l’invitation du Ministre de l’Agriculture, signé une « charte d’engagement pour une relance de la création de valeur et pour son équitable répartition au sein des filières ».

Cette charte constitue une « nouvelle étape » au premier chantier des Etats Généraux de l’Alimentation. En attendant la loi promise par Emmanuel Macron le 11 octobre 2017 à Rungis permettant de rééquilibrer les contrats commerciaux dans la chaîne alimentaire, le Ministre de l’Agriculture avait proposé à tous les acteurs de s’engager pour des négociations commerciales loyales « dans l’esprit des EGA et de cette future loi ».

Accompagné de Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat auprès du Ministre de l’Economie et des Finances, Stéphane Travert a fait de cette signature un rendez-vous quasiment aussi solennel que l’intervention d’Emmanuel Macron à Rungis, un moment « historique » diront même le ministre et certains signataires.

Une signature « historique » ? Pas vraiment…

Historique ? En fait pas vraiment. Certes, Stéphane Travert s’est félicité d’avoir réuni tous les acteurs. La plupart des signataires l’ont d’ailleurs justement félicité pour son opiniâtreté à tous les réunir autour d’un même document. « Il ne manque personne autour de la table. » Pourtant, certains pourront regretter que, en aval des filières, les entreprises des marchés de gros et de détail, de même que les acteurs de la restauration collective privée, n’aient pas été associés à la démarche.

Par ailleurs, et c’est encore le Ministre qui le dit, « cette charte n'invente rien sur le fond : elle traduit de manière concrète et dans l'attente d'étapes à venir, l'état d'esprit nouveau qui a marqué la première phase » des Etats généraux. « A défaut d'être un document juridiquement opposable, c’est un engagement politique et moral de votre part. » Les plus sceptiques connaissent bien l’adage : les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent.

En attendant la loi promise pour le premier semestre 2018

Parmi les distributeurs, Michel-Edouard Leclerc n’a d’ailleurs pas manqué de rappeler, après avoir signé le document, qu’il n’était pas favorable à cette démarche. Le patron du groupe éponyme « aurait préféré une inversion du processus » en se servant d’abord d’une montée en gamme des produits agricoles et agroalimentaires pour « justifier une rémunération plus digne des producteurs ». Comme si une « digne rémunération » des producteurs n’allait pas de soi…

Aussi, une telle signature est-elle « historique » alors qu’elle ne vise qu’à faire respecter temporairement un juste retour de la valeur ajoutée aux agriculteurs ? La charte voulue par le ministre et les agriculteurs est là en attendant la loi promise par Emmanuel Macron au premier semestre 2018. Les agriculteurs, qui subissent depuis bientôt dix ans la logique destructrice de la LME, en attendent beaucoup.

Reste à savoir si, dans le cadre des négociations commerciales entre GMS et leurs fournisseurs, qui ont officiellement débuté le 1er novembre, cette « charte d’engagement » sera sur la table des « box » de négociation. Et surtout si elle sera respectée.

TNC