le 01/12/2017 à 07:25

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Conversion biologique Entre motivation et crainte : trois éleveurs témoignent sur leur passage au bio

Le passage à l'agriculture biologique en élevage laitier suscite beaucoup de questions. Dans le cadre des « bios pratiquent », trois éleveurs ont témoigné de leurs craintes et motivations. (©TNC)

Le passage à l'agriculture biologique en élevage laitier suscite beaucoup de questions. Dans le cadre des « bios pratiquent », trois éleveurs ont témoigné de leurs craintes et motivations. (©TNC)

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Trois éleveurs de Mayenne ont témoigné lors d’une journée porte ouverte sur leur conversion bio en cours ou achevée. Quelle complémentation pour les veaux ? Comment faire du maïs bio ? Quels résultats économiques ? Quel aliment de production ? De nombreuses questions ont raisonné dans la tête de ces agriculteurs qui ne regrettent pas leur décision aujourd’hui.

Dans le cadre des « bio pratiquent » organisés par le réseau des producteurs biologiques des Pays de la Loire, trois éleveurs convertis ou en cours de conversion ont témoigné de leur parcours. Entre motivations et craintes pour franchir le cap de l’agriculture biologique, ces retour d'expériences résonnent comme une aide précieuse pour ceux qui hésitent encore !

« Les vaches nourrices s'occupent des veaux »

Stéphane Buffet, installé depuis 2006 dans le nord de la Mayenne, exploite aujourd’hui 40 ha et dispose pour son troupeau de Normandes d’une référence de 300 000 litres. Il s’est orienté vers le bio en 2016 car son système ne lui plaisait plus. Pourtant, deux problématiques le rebutaient : élever les veaux et cultiver du maïs bio. Le cap est pourtant franchi : les terres sont bio depuis février 2017 et les animaux le seront en avril 2018. La conversion non simultanée permet à l’éleveur de finir progressivement ses stocks de maïs qui étaient encore trop importants pour convertir les deux ateliers en même temps.

Une formation sur les vaches nourrices l’a convaincu : il attribue désormais trois veaux pour une vache, les laisse une semaine en stabulation pour les habituer puis les met au champ. Cela permet de faire pâturer des veaux dès leur plus jeune âge tout en respectant le cahier des charges de l’AB qui impose trois mois avant le sevrage. Aucune complémentation n’est nécessaire pour ces veaux.

Concernant le maïs, Stéphane a tout simplement préféré arrêter. Il est désormais remplacé par du méteil (blé, orge, avoine et pois) récolté en grain et mis en boudin. L’assolement est plutôt simple : 4 ha de méteil et le reste (36 ha) en pâtures. Le méteil est semé dans les prairies les plus abîmées et la parcelle choisie tourne tous les ans. L’exploitation dispose d’un noyau de 25 ha de pâtures directement accessibles par les vaches. Il a alors créé 25 paddocks et y fait du pâturage dynamique. Le chargement d’1,6 UGB va cependant devoir être revu à la baisse pour assurer une autonomie alimentaire. Il constitue un stock d’enrubannage en fonction de l’avancement de l’herbe de ses prairies (multi-espèces : RGA, RGH, brome, fétuque, trèfle violet, trèfle hybride, trèfle blanc, lotier, minette). Aujourd’hui, avec une production de 18 litres, l’éleveur perçoit 400 €/1 000 litres grâce aux taux (36 de TP et 45 de TB) et aux aides de conversion (30 €/1 000 l). Il ne craint pas de voir son revenu baisser car il estime avoir réduit de nombreuses charges (aliment et fioul principalement).

« Je ne croyais plus en la chimie »

Bertrand Guyard exploite 200 ha et produit 700 000 litres à Brécé (53). Installé depuis 1990, diverses rencontres avec des agriculteurs bio et sa motivation à réduire sa part de chimie l’ont amené à se convertir en 2008. Il a choisi une conversion simultanée car son système était déjà fortement axé sur le pâturage. 60 ha sont directement accessibles aux vaches laitières avec 54 ha de pâtures pour 120 vaches (soit 45 ares/vache). Cela permet à l’éleveur de fermer son silo pendant deux mois l’été. Il a aussi supprimé définitivement les tourteaux de sa ration au vu des prix exorbitants (respectivement jusqu’à 750 € et 1 000 € pour des tourteaux de colza ou soja bio).

Lors de la conversion, seul l’assolement a changé (désormais : 68 % de prairies, 7 % de maïs, 10 % de méteil ensilé et 15 % de mélo). Le passage à l'AB implique selon l'exploitant plus de travail dans les cultures mais moins en élevage car les animaux semblent moins fragiles. L'éleveur confie : « réussir une conversion bio, c'est faire le lien entre le sol et l'animal pour produire du lait en toute autonomie ». Il croise aussi ses Normandes avec des Jersiaises en IA sexées. Cela permet d’obtenir des animaux plus petits avec des taux et moins de problèmes d’aplombs. « Les animaux s’adaptent au système », explique l’éleveur. Les vaches déclarent par exemple moins de mammites et lorsqu’il le faut, elles sont principalement soignées avec des huiles essentielles ou de l’homéopathie.

Bertrand estime avoir totalement réussi sa conversion à l’AB grâce à un changement de raisonnement tout en maintenant voire augmentant sa marge globale. Avec une production de 5 300 litres/VL, 44 et 37 de taux, l’exploitant vend son lait au prix de 530 €/1 000 litres. Il explique cependant qu’il faut savoir intégrer quelques investissements lors de la conversion notamment dans de l'achat de matériels pour l’herbe.

« Le bio est un challenge technique »

Le troisième éleveur ayant témoigné à cette journée est Anthony Buchard. Il est installé depuis 2000 à Larchamp (53) sur 77 ha et 440 000 litres. Convaincu par son système mais pas du tout par le bio, il n’imaginait pas un jour se convertir. Et pourtant ! En constatant les dégâts potentiels des produits phytosanitaires sur la santé mais aussi les résultats économiques des exploitations bio, l’éleveur a changé d’avis. « J’avais le sentiment d’être au bout du système conventionnel et le besoin d’un nouveau challenge technique », confie-t-il.

Avec une conversion non simultanée engagée depuis le mois de juin 2017, ses objectifs sont de réduire la charge de travail tout en maintenant les résultats économiques. Cependant, depuis l’entrée en conversion, la charge de travail s’avère plutôt chronophage (mise en place du système pâturant, alimentation des vaches, conduite des génisses au fil, etc.). Heureusement, cela ne déplait pas à l’agriculteur qui s’est orienté vers une production exclusive de fourrages. La rotation a alors été revue : prairie temporaire pendant 8 à 10 ans suivie d’un maïs puis d’un mélange céréalier. Les 65 vaches laitières prim’holsteins sont désormais en croisement trois voies (Normande x Holstein x Rouge scandinave) dans le but d’obtenir des animaux rustiques, qui valorisent bien les fourrages, sans problèmes de pattes et qui produisent des taux.

Anthony émet cependant quelques points de vigilance pour ceux qui hésitent encore : « il faut identifier son nombre de vaches saturant, anticiper l’alimentation des génisses, accepter de produire moins et prévoir un bâtiment de stockage pour tous les fourrages et le matériel ». L’éleveur s’interroge déjà sur son système à venir : pourquoi pas demain embaucher de la main d’œuvre, passer à un système tout foin (pas d’herbe fermentée), passer en monotraite, faire des cultures de ventes… De nombreuses questions restent sans réponse.

TNC